Au théâtre, hier soir

Publié le par JGC

« Tous au théâtre » proposée vendredi soir sur France 2 . Affligeant ! Et malheureusement, significatif ! De l’époque, du « service public » de la télévision, et peut-être même du théâtre ! Résumé de la chose : deux heures durant, « les amateurs de spectacle vivant et férus de théâtre sont servis : Laurent Ruquier et Jean-Luc Moreau proposent de rendre hommage aux comédiens et aux pièces phares de la saison. Sur la scène du théâtre des Variétés, les animateurs ont réuni les acteurs actuellement à l'affiche, notamment Pierre Arditi, parrain de cette deuxième édition et présent sur scène aux côtés de Clotilde Courau et Bernard Murat dans «Faisons un rêve» de Sacha Guitry. Line Renaud, Michel Sardou, Patrick Chesnais, Mélanie Thierry, Philippe Torreton et de nombreux autres artistes participent à différents sketchs et chansons qui évoquent la passion des planches… » Voilà pour la présentation. Dans les faits, se succèdent de brefs entretiens, quelques extraits et quelques gags supposés drôles dans la salle… A pleurer !
Affligeant de bonne volonté – faire aimer le théâtre, quel qu’il soit, au plus grand nombre – mélanger pour cela les genres, les styles, les qualités – on parlera de Claudel autant que de spectacles solos les plus commerciaux – est  la fausse bonne idée même qui prétend, comme dans les Molières, que «la grande famille du théâtre» serait unie dans sa diversité, mériterait d’être mieux connue (ou reconnue) et que le «service public» de la télévision se doit de lui «rendre hommage»… Foutaise ! Ce genre d’émission ne fait que développer une image superficielle et complaisante du travail théâtral, de son exigence, de son éthique et de sa nécessité, pour n’en faire qu’un catalogue de plaisirs faciles, parfois franchement indigents.
Mais l’époque est ainsi. Qui ne valorise que les parcours individuels, les têtes d’affiches, les « pièces phares » au détriment des aventures d’équipes, du sens, du travail avec les publics, de la recherche artistique… Le résultat, la notoriété, le rire gras avant le parcours artistique, l’authenticité, la démarche… Et l’on s’interroge sur la présence, par exemple, d’Olivier Py, venu présenter en trois minutes «Le Soulier de satin» de l’Odéon, pour affirmer en plus que le spectacle est complet. Pure promotion individuelle et institutionnelle en somme. Gagnera-t-il un spectateur de plus, qui passerait d’Agnès Soral bêtifiante à Jeanne Balibar ? Foutaise, vous dis-je ! Mais peut-être le théâtre lui-même (une part du moins) en est-il là ? A chercher (vainement) à élargir son public par les moyens les plus éculés du racolage télévisé ? Parions qu’il n’y gagnera rien. Au contraire, son « image » en sera plus affaiblie que jamais, toujours à la traîne d’un humour forcé et d’une efficacité facile imposée par ce genre d’émission (et tant d’autres). Quant au « service public » de la télévision, il se caricature lui-même ici, alors que l’on pourrait attendre qu’il accompagne les efforts des artistes, des enseignants, des médiateurs pour permettre l’accès à la plus grande qualité artistique. Nous en sommes loin, ce genre d’émission contredit, en vérité, l’essentiel du travail éducatif mené tout au long de l’année par tant d’énergies véritables. Que faire ?
Mes amis, restez cachés ! Metteurs en scène, comédiens, équipes théâtrales authentiques, gardez-vous de cette tentation illusoire. Réfugiez-vous dans le secret des salles de spectacles, sous vos chapiteaux ou sur vos tréteaux. Ne vous montrez jamais dans ce genre d’émission. Vous y gagnerez, à tous les coups, de la morale, de l’estime, de la justesse. Et même du public !


Publié dans COUPS DE GUEULE

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