Vous avez dit « exemplaires » ?

Publié le par JGC

 

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Exemplaire :

  1/ Qui peut servir d’exemple.

        Vertu, piété exemplaire.

        Vie exemplaire.

2/ Qui peut servir d’avertissement.

        Châtiment exemplaire.

        Punition exemplaire.

 

Curieux texte paru hier dans un grand journal du soir sous le titre « La politique culturelle à Paris est exemplaire », co-signé par plusieurs directeurs de lieux culturels à Paris : Jean Blaise (Nuit blanche), Jérôme Delormas (la Gaîté lyrique-Nuit blanche), Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel (le Silvia-Monfort), Emmanuel Demarcy-Motta (Théâtre de la Ville), Guillaume Descamps (la Maison des pratiques artistiques amateurs), Alexia Fabre (Nuit blanche), Alain Herzog (la Gaîté lyrique), José-Manuel Goncalves (le Centquatre), François Grosjean (le Grand Parquet), Philippe Mourrat et Christine Chalas (Maison des métallos), Jean-Michel Ribes (le Rond-Point).

Outre que je tutoie certains d’entre eux (pas tous !), signe à la fois de ma petite notoriété et de leur éminente respectabilité, la notion même d’exemplarité (déjà utilisée récemment par le Président de la République lui-même, ce qui m’avait surpris) méritant débat, je me suis précipité… S’agissait-il de proposer une analyse de ladite politique afin d’en débattre avec les lecteurs de ce prestigieux journal ? Que non ! S’agissait-il d’en définir les possibles évolutions, dans le cadre de la nouvelle période politique qui s’ouvre ? Pas plus ! S’agissait-il de suggérer une « exemplarité » possible pour d’autres villes, dans le cadre de la campagne législative actuelle. Pas d’avantage ! Non… Toute cette énergie (il en faut, pour rédiger, rassembler les signatures, convaincre les récalcitrants, obtenir la publication…) n’a qu’un seul objectif : tenter d’influencer le maire de Paris afin qu’il autorise une dérogation au droit pour son adjoint à la culture. A défaut d’un ministère, dont la rumeur prétend qu’il en rêvait (lui aussi !), monsieur l’adjoint pourrait, dit-on, devenir prochainement maire du 4e arrondissement, la maire actuelle étant elle-même devenue ministre. Or le cumul d’une mairie d’arrondissement et d’un poste d’adjoint n’est pas autorisé dans la capitale. Version locale de la grande question du cumul des mandats, plus exactement version « Clochemerlesque » dont l’exemplarité est toute relative et dont le peuple des lecteurs de ce grand journal national se moque éperdument. Ailleurs, au mieux, cela aurait fait quelques lignes dans le journal local.

Questions : comment en arrive-t-on à avoir l’idée même d’une telle tribune ? Comment accepte-t-on de la signer, sans imaginer le caractère inconvenant qu’une telle « allégeance » ne manquerait pas de provoquer ? Comment peut-on même imaginer qu’une telle démarche puisse être efficace ? Comment un journal comme Le Monde se prête-t-il à une telle manœuvre ?

Moi, Maire de Paris, découvrant un tel texte, je serais d’autant plus intransigeant avec la règle… Moi, directeur du Canard enchaîné, je consacrerais deux pages de dessins humoristiques à la chose… Moi, responsable de ce modeste blog, j’hésite entre le rire et l’accablement, avec une petite dose de tristesse et d’incompréhension envers mes amis signataires. Malheureusement, la démarche me semble « exemplaire » (au sens n°2 « qui peut servir d’avertissement »), à étudier dans tous les masters de politique culturelle ou de communication, avec interrogations sur la place respective du politique et du responsable culturel, sur le rôle de la presse, sur la liberté et la responsabilité… Beaux débats !

Publié dans COUPS DE GUEULE

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