ENTRE ART ET CULTURE

Publié le par JGC

Mon ami ep2c poursuit sur son blog une réflexion intense sur la chose artistique. Un des thèmes de sa réflexion porte sur distinction, à ses yeux discutable, entre art et culture. Je lui avais promis d'y revenir ici. J'y reviens donc !

Plus de 50 ans que l'on parle et que l'on développe en France des actions culturelles, des politiques culturelles, que l'on diffuse des produits culturels, que l'industrie culturelle connaît un essor sans précédent, que les emplois culturels, nous dit-on, seraient plus nombreux que ceux de l'automobile, etc... La culture, sous ces différentes appellations, est ainsi mise à toutes les sauces. Un sociologue aurait, me dit-on, formulé 117 définitions de ce mot !
En vérité, c’est pour échapper à la difficile définition de la chose artistique, que l’on se réfugie de la sorte dans la chose culturelle. Imagine-t-on aujourd’hui un ministre des arts ? Un adjoint au maire chargé des affaires artistiques ? Un directeur régional des arts ? Même Malraux n’a pas osé le faire ! Et pourtant ! J’avance que l’art, c’est la chose. La culture, c’est le rapport à la chose. Je m’explique.

L’art est une activité humaine archaïque, qui consiste à formuler (mettre en formes) un discours symbolique à l’aide de matériaux les plus divers (mots, images, sons, mouvements…) Cette activité est de l’ordre du langage (tous les arts sont des langages, si tous les langages ne sont pas des arts !) Est artiste celui (celle) qui s’adonne à cette activité, un temps, une saison, une vie, selon. Certains peuvent passer des années à la recherche et à la formulation de langages artistiques, dans la littérature, la musique, les arts plastiques… Il s’agit d’une activité verticale, tendue entre l’approfondissement de la recherche et l’élévation de la forme (ce que l’on appelle parfois « la création »). Il est de la plus haute importance que les sociétés favorisent la présence de ces artistes en leur sein, les aident à se former, à chercher, à produire des œuvres (que l’on évitera de confondre avec des produits), à les diffuser, à transmettre leurs savoirs faire… Ils sont à la fois singuliers et universels, en partie portes paroles des populations qui les environnent. En ce sens, une politique artistique est parfaitement légitime. Mieux, elle est indispensable à toute société démocratique.

La culture est autre chose : elle n’est en rien production de langages ou approfondissement des formes, mais indique le rapport que chacun d’entre nous pouvons entretenir (ou non) à ces formes symboliques. La culture n’est pas une échelle à escalader (le fameux « accès à… »), ni une valise à remplir (l’érudit n’est pas forcément cultivé !), c’est une attitude, une aptitude et souvent un travail, une expérience singulière du rapport à la forme. Ce rapport peut être plus ou moins étroit, plus ou moins fréquent, plus ou moins complexe selon le milieu, l’histoire, la géographie, la situation sociale, etc. Il peut être individuel ou collectif, unique ou partagé… En ce sens, la question culturelle est une question horizontale, tendue entre la sensibilisation, l’éducation, la formation, d’une part, et d’autre part la diffusion des œuvres et leurs médiations.

Si cette hypothèse est fondée, alors, effectivement, il importe de distinguer de manière radicale ce qui relève d’une politique artistique (on dirait aujourd’hui « aide à la création »), de ce qui relève d’une politique culturelle (sensibilisation, diffusion, médiation). Tout l’enjeu des politiques nouvelles est de trouver l’équilibre le plus pertinent entre ces deux dimensions, dialectiquement liées. A les séparer artificiellement, on creuse bien entendu un fossé imaginaire, mais à ne pas voir la distinction, on entretient la confusion la plus vive. A mes yeux dommageable.
Si les choses étaient plus claires, les artistes ne sentiraient pas menacés par le développement culturel, on cesserait de prétendre que c’est le glissement de l’art à la culture, puis de la culture au culturel, qui serait la cause de tous nos maux… Le champ de la réflexion (et de l’action) serait ouvert à la mise en place de projets «artistiques et culturels» les plus divers, notamment dans les domaines de l’éducation, des pratiques amateurs, de l’éducation populaire… Les responsabilité culturelle du politique (des politiques) et des médias de masse, ne se confondrait plus avec la seule quantité de l’offre présentée (d’institutions, de programmes…) mais insisterait sur la qualité du développement culturel véritable des populations… Les critère d’évaluation porteraient aussi sur ces deux dimensions…

Conclusion pratique : je plaide pour une véritable politique artistique et culturelle, pour un ministère des arts et de la culture, pour une éducation artistique et culturelle, pour une responsabilité artistique des artistes, pour une responsabilité culturelle des médiateurs, des enseignants, des élus… Pour un développement artistique et culturel durable… Vaste chantier ! Cela vaut bien quelques programmes en cours, n’est-ce pas ?



PS /Sur l'éducation artistique et culturelle, le Forum permanent organise le jeudi 15 mars au Théâtre de la Colline une interpellation collective des candidats aux élections présidentielle. L'information est ici.


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