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CONTRELETTRE

Couv-CL--copie-1.jpgSuite à la lettre de mission adressée à la ministre de la culture et de la communication par le Président de la République, une contre lettre citoyenne est disponible. Vous pouvez la télécharger sur le site des Editions de l'Attribut


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undefinedJean-Gabriel Carasso
art, culture et éducation
au coeur d'une passion

90 minutes d'entretien
avec Emile Lansman


"Nos enfants ont-ils droit à l'art et à la culture?
 
(Manifeste pour une politique de l'éducation artistique et culturelle)
Editions de l'attribut. 2005


"Théâtre, éducation, jeunes publics : un combat...
peut en cacher deux autres !
Editions Lansman. 2000



"Graines de théâtre"
Dessins de Jean Denys Phillipe
Editions Lansman. 1998



"Philippe Avron, passeur d'humanité"
un documentaire de 85' et trois spectacles
co-réalisation avec Jac Chambrier
Philippe Avron 2007



"Les Deux voyages de Jacques Lecoq"
Trois heures d'images sur l'école internationale Jacques lecoq
co-réalisation avec Jean-Noel Roy
On Line Productions et CNDP/Scéren 2007



"100 ans de laïcité"
Interviews, images d'archives, cabaret...
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La Ligue de l'enseignement 2005



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Vendredi 4 avril 2008
Souvenez-vous, il y a quelques mois. L'époque était à la démocratie participative. Chacun était invité à dire son mot... C'est décidé, je continue. Il m'arrive d'écrire quelques notes sur la culture et ses politiques, qui pourraient se trouver réunies prochainement dans un livre. J'ai décidé de tenter l'expérience : mettre à votre disposition au fur et à mesure quelques passages rédigés. Pour avoir votre avis, vos commentaires éventuels... Voici le premier coup de clavier...

Vive la démocratisation culturelle !

« La démocratisation culturelle est un échec ! » Cette affirmation est une des denrées les mieux vendues sur le marché des idées simplistes sur la culture et des politiques culturelles. Espérée depuis Malraux, voulue par d’innombrables acteurs de la création et de la diffusion artistique, relayée par de très nombreux élus et responsables territoriaux depuis les années 50, la politique de « démocratisation » serait « objectivement » la cause de toutes nos difficultés.  Le thème est repris à gauche comme à droite. Exemples. « Les politiques culturelles mises en oeuvre depuis la création du ministère de la culture en 1959 ont rompu avec les ambitions démocratiques issues du front populaire et de la libération. Ces politiques publiques n’ont eu aucun impact en matière de démocratisation. C’est le constat établi, pour une longue période - de 1973 à 1998 -, par l’observation de la progression des pratiques culturelles des classes populaires, en particulier celles des employés et des ouvriers. A la lecture de ces données, on sait aujourd’hui que l’objectif de démocratisation d’André Malraux et de ses successeurs ne fut qu’un mythe. Il faut donc faire porter la critique sur les principes fondateurs d’une politique d’Etat dont les effets de redistribution sociale n’ont pas été concluants. » écrit Philippe Livar  (La Forge). Argument de gauche ! « Les acquis de cette politique sont considérables : une offre artistique foisonnante, des musées et des monuments rénovés, un cinéma rivalisant avec la production internationale. Ces succès ne doivent cependant pas faire oublier les lacunes et les ratés : un déséquilibre persistant entre Paris et les régions, une politique d'addition de guichets et de projets au détriment de la cohérence d'ensemble, une prise en compte insuffisante des publics, et surtout l'échec de l'objectif de démocratisation culturelle. De fait, notre politique culturelle est l'une des moins redistributives de notre pays. Financée par l'argent de tous, elle ne bénéficie qu'à un tout petit nombre » affirme Nicolas Sarkozy, Président de la République dans sa « lettre de mission »  à Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication. Argument de droite ! Cherchez la différence !
Bien d’autres textes et prises de position de responsables politiques, institutionnels, universitaires, journalistes, professionnels… reprennent en chœur les mêmes arguments. Et puisque « l’échec » est avéré, pourquoi ne pas jeter ensemble le bébé et l’eau du bain ? Et la baignoire avec !

Bref, il serait urgent d’en finir définitivement avec cette illusion démocratique qui affirmait naïvement vouloir « élargir le cercle des connaisseurs » en aménageant des espaces culturels, en présentant des œuvres artistiques et en mobilisant les publics par une « action culturelle » aussi ringarde qu’inutile. Il convient dorénavant « d’éduquer » ce peuple qui, malgré tous les efforts consentis, rechigne à s’abreuver aux fontaines des institutions culturelles, pourtant toujours plus nombreuses, mises à sa disposition. Vive l’éducation artistique et culturelle ! désormais unanimement encensée. Hormis ce slogan d’absolu consensus et de malentendus profonds (qui confond l’éducation et les enseignements, les pratiques artistiques et l’histoire des arts), les potions magiques suggérées sont aussi multiples que les médecins qui se penchent sur le malade. Pour en finir avec « la crise », avec le «malaise » ou avec « l’impasse», il faut résolument « réformer », « refonder », « métamorphoser », « diversifier », «décentraliser », « privatiser »… la culture et ses politiques. Le plus radical des remèdes étant suggéré par notre Grand Timonier, dans sa lettre historique à sa collaboratrice ministre : « … Il est décidé d'abandonner les politiques qui ne marchent pas au profit de politiques qui marchent… » Sommet de complexité intellectuelle ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Il suffisait d’y penser !
Allons à l’essentiel. Tordons le cou à cette affirmation. Non, la « démocratisation culturelle » française, menée depuis une cinquantaine d’année, n’est pas un « échec ». Elle constitue même un grand succès pour les très nombreux acteurs qui s’y sont engagés. Des années cinquante à aujourd’hui, la France de la culture s’est profondément transformée. Les offres culturelles les plus diverses se sont répandues sur le territoire. Quelle ville n’a pas actuellement son centre culturel, son théâtre, son musée, son (ses) festival(s), son centre d’art contemporain… ? Quelle région se trouve dépourvue de compagnies, d’orchestres, d’ensembles chorégraphiques… ? Combien sont-ils les « professionnels » de la profession qui ont accompli dans ces domaines (et qui accomplissent) des parcours (parfois des « carrières) difficiles, dignes et respectables ? Ils seraient trop nombreux, dit-on aujourd’hui, qui grèvent paraît-il les budgets des Assedic ou les subventions publiques qu’il faudrait réduire d’urgence ! Un «échec », cet aménagement du territoire, ce développement considérable de professions associées aux actions culturelles ? Et les publics : ces millions d’individus qui fréquentent les lieux et les spectacles, les expositions et les concerts, plus nombreux que ceux des stades de football, quantité négligeable ? Un « échec » que d’arriver à les mobiliser autour de phénomènes artistiques parfois « non identifiés », complexes, difficiles, incertains ? L’honnêteté et le respect du travail accompli poussent à reconnaître que tout cela n’était pas gagné d’avance, ni même que cela soit acquis définitivement.
La « démocratisation culturelle » était un projet humaniste et politique, un espoir partagé, une utopie collective essentielle sans laquelle tout cela n’aurait sans doute jamais été réalisé. Il se pourrait, d’ailleurs, que cette notion serve encore un moment de point d’appuis (ou de point de fuite), justifiant pour beaucoup de nos concitoyens les financements publics qui sont accordés aux politiques culturelles.
Car quoi ! Imaginons que cette perspective soit définitivement abandonnée. Terminée, la préoccupation de «l’exigence artistique pour le plus grand nombre ». Enterré, l’espoir de « conquête » ou « d’élargissement » des publics. Table rase sur tout ce qui a été construit depuis tant d’années. On ferme les musées, les bibliothèques, les scènes nationales… Un responsable politique pourrait écrire alors à sa ministre : « La démocratisation culturelle, c'est… veiller à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public... Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu'elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions. » Pour faire du chiffre, les musées, par exemple, seront gratuits. Mais pourquoi pas les théâtres, les concerts, les expositions, les cinémas ? Mieux, réhabilitons le « théâtre obligatoire » comme le suggérait Karl Valentin, là au moins les statistiques seraient valorisantes ! Et pour l’élitisme, voyez ARTE et France Culture ! Ce sera bien suffisant. Le populisme en lieu et place du populaire, l’audimat en guise d’évaluation, la «culture du résultat » comme seul critère de soutien et le tour est joué ! Nous y sommes !

Entendons-nous : à l’évidence, les politiques culturelles de ces cinquante dernières années n’ont pas eu que des succès. Bien des éléments peuvent, doivent être modifiés, adaptés, développés dans l’approche et la mise en œuvre de ces actions. Mais prétendre à l’échec absolu est une aberration. Ou alors, le même raisonnement devrait être appliqué à bien d’autres domaines de la vie publique : « l’échec » de l’Ecole républicaine (malgré le budget de l’éducation nationale, il reste des illettrés et tous ne sont pas ingénieurs à la sortie…) Vite, favorisons l’autorité, les fondamentaux, le travail, le mérite… et l’école privée ! Mais aussi « l’échec » du système public de santé (malgré le trou de la sécu, il reste des gens malades, parfois même des morts…) Ou encore, « l’échec » de la politique des transports (il reste des embouteillages dans les villes, des accidents sur les routes…), de la politique économique (il reste des chômeurs), de la politique sociale (il reste des smicards), de la politique de sécurité (il reste des agresseurs…), de la politique d’immigration (il reste des clandestins et des immigrés non intégrés…) J’en passe ! Cinquante années n’ont pas été suffisantes pour résoudre définitivement touts ces problèmes. Certains poussent le raisonnement et dénoncent en réalité « l’échec »… de la démocratie elle-même ! Il est vrai que ce système est dangereux. Incertain ! Il ne répond pas au principe de précaution, amène parfois les « socialo-communistes » au pouvoir. Pire : la plupart des dictateurs n’ont-ils pas été « démocratiquement » élus ? Vite, instituons, comme le propose Guy Bedos, un « permis de vote » (il y a bien un permis de conduire, un permis de chasse, un permis de séjour, un permis de travail…) ? Elire un dirigeant n’est-ce pas plus important que de tirer un lapin ?
Mais revenons à nos moutons culturels !

Le rappel qui vient d’être fait ne nous exonère pas, loin s’en faut, de voir le monde tel qu’il est. Bien sûr, il y a « crise » des politiques publiques de l’art et de la culture, au sens où l’entendent les chinois dans la définition de ce mot : «danger et espoir ». Bien entendu, le projet de « démocratisation », tel qu’il a été développé dans notre pays, a trouvé ses limites, principalement sur la composition sociologique des publics. A l’évidence, le monde a changé, change (et changera) : l’urbanisme, le chômage de masse, la mondialisation, les industries culturelles, les nouvelles technologies… n’existaient pas dans les années cinquante. Il importe donc d’adapter le projet aux conditions nouvelles de sa réalisation. Mais n’est-ce pas le principe même de toute action ou politique artistique et culturelle, que de se plier aux évolutions de l’art comme aux conditions nouvelles de sa création et de sa diffusion ? « Il n’y a de crise au théâtre que lorsque le théâtre n’exprime pas la crise » écrivait Eugène Ionesco. Nous pourrions paraphraser en affirmant : « il n’y a de crise culturelle que lorsque la politique n’exprime pas la crise… de la culture!» Mais de quoi s’agit-il ? De quelle « crise » parlons-nous ? Et quelles pourraient être les pistes nouvelles à explorer ? Puisque le débat est ouvert sur ces questions, ajoutons-y notre grain de sel !
(A suivre)
Merci de ne considérer ce texte que comme une première ébauche.
Les commentaires sont bienvenus.
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Mardi 25 mars 2008
Les artistes, les responsables culturels, se trouvent en permanence sommés de justifier leur existence, plus encore lorsqu’ils revendiquent quelques deniers publics pour mener leurs actions. Cette injonction est particulièrement vive aujourd’hui, dans notre pays. Le hasard fait que nous parvient à cet instant une « Charte des responsabilités des artistes » éditée au Brésil. Texte latino-américain à valeur universelle, contribution au débat. Il commence ainsi :
charte.jpg
“Le vrai devoir de l’artiste c’est celui de sauvegarder le rêve”, nous dit Modigliani. Et le rêve, dans un monde devenu marchandise, se rend lui-même mercantile. Rêve de consommation, d’un avoir en tant
que synonyme de bonheur. Bien loin du rêve préconisé par Modigliani. Rêve d’artiste, d’un art qui entraîne le dévoilement d’un monde et la création d’un autre, comme le souhaitait Octavio Paz. C’est bien dans ce monde de plus en plus disproportionné, rempli d’inégalités et dépourvu de charmes, que l’artiste se doit de relever le défi de son réenchantement. Ce qui veut dire tout mettre en oeuvre afin de transformer la société par le truchement de l’art, en cherchant à faire marcher ensemble Don Quichotte et Sancho Pança: un rêve bien ancré sur le réel. L’art c’est le lieu par excellence de la subjectivité et de la création, en procurant la possibilité à tous ceux qui s’en approchent de changer leur vision du monde.
Serait-il possible de rêver d’un monde poétiquement habitable? Un monde qui ne serait plus aride? Un monde dégagé de la violence et des fondamentalismes, où les hommes s’entre-tuent? Un monde qui ne se laisse pas faire par l’âpreté du gain, du profit, et où la liberté et la paix soient le patrimoine le plus prisé de la vie? Un monde qui ne rende pas le prochain, ni soi-même, une “chose”? Nous indiquons les chemins,  mais nous n’avons pas de réponses toutes faites…."


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Jeudi 7 février 2008
- Vous semblez vous tenir très informé de l'actualité politique française. Quel regard portez-vous sur notre nouveau président ?

- Depuis des mois, il s'étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue.
Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas. Des panégyristes, il en a plus que Trajan.
Une chose me frappe pourtant, c'est que dans toutes les qualités qu'on lui reconnaît, dans tous les éloges qu'on lui adresse, il n'y a pas un mot qui sorte de ceci :
Habilité, sang-froid, audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien gardé, mesures bien prises.
Fausses clés bien faites.
Tout est là.
Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue.
Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.

- Derrière cette folle ambition personnelle, décelez-vous une vision politique de la France, telle qu'on est en droit de l'attendre d'un élu à la magistrature suprême ?

- Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse.
Ce sont des envies de dictateur.
La toute-puissance serait fade si on ne l'assaisonnait de cette façon.
Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit, et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve si énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve quelque surprise.
On se demande : comment a-t-il fait ?
On décompose l'aventure et l'aventurier. On ne trouve au fond de l'homme et de son procédé que deux choses :
La ruse et l'argent.
Faites des affaires, gobergez-vous, prenez du ventre ; il n'est plus question d'être un grand peuple, d'être un puissant peuple, d'être une nation libre, d'être un foyer lumineux ; la France n'y voit plus clair.
Voilà un succès.

- Que penser de cette fascination pour les hommes d'affaires, ses proches ? Cette volonté de mener le pays comme on mène une grande entreprise ?

- Il a pour lui désormais l'argent, l'agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si facilement d'un bord à l'autre quand il n'y a à enjamber que la honte.
Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités.
Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l'argent ; c'est ignoble, mais c'est excellent ; un scrupule en
moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux !
On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte.
Une foule de dévouements intrépides assiègent l'Élysée et se groupent autour de l'homme.
C'est un peu un brigand et beaucoup un coquin.
On sent toujours en lui le pauvre prince d'industrie.

- Et la liberté de la presse dans tout ça ?

- (Totor pouffe de rire, ndlr) Et la liberté de la presse ! Qu'en dire ?
N'est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ?
Cette presse libre, honneur de l'esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle ?

Victor Hugo, Napoléon le Petit, extraits du pamphlet républicain contre Napoléon III.
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Jeudi 19 avril 2007


Le 16 mars 2007 au Théâtre des Bouffes du Nord, la revue Cassandre organisait une « prise de paroles » autour de l’Appel lancé sur la culture. Nous y avons participé. Les textes des interventions sont disponibles ici.

Marie-José Mondzain, philosophe, fit une intervention remarquée. Extraits.


" Chacun d’entre nous essaye de faire avec ses moyens, là où il est.
Ça commence avec le voisinage, ça se poursuit dans le lieu de travail, ça se continue dans des moments de transmission de la culture, et mieux encore, dans des œuvres d’arts. (…) ça se joue dans des petits gestes. Une sorte de force des choses faibles, des petites choses, du tissu associatif.
(…) Nous sommes très nombreux à être seuls. Donc nous ne sommes pas seuls. On est très nombreux à se questionner et à faire ce qu’on peut. Ce constat est majeur par rapport à la question à envoyer à la future présidence : « Et vous, qu’est-ce que vous allez faire ? » (…) Ce n’est pas ce que nous allons demander à ceux qui vont prendre le pouvoir qui est important, c’est ce que nous allons leur opposer, chaque jour, chaque heure, à chaque moment, de force de résistance, en tant que créateur, enseignant, cuisinière, mère de famille. Qu’importe. La capacité d’exercer sa liberté est donnée à chacun. Elle n’est pas réservée aux artistes.

(…) Malheureusement, le mot culture est en train d’en prendre un sacré coup.
Lorsqu’on dit, d’un commun accord, que le mot « culture » n’apparaît pas dans la campagne,
je dis : « Mais bon dieu, on ne parle que de ça ! » Le mot culture est devenu celui derrière lequel, dans cette campagne, veut se dissimuler l’effondrement du politique.
On ne fait pas appel au «milieu» de la culture ou de l’art. On fait appel à des artistes, ou autoproclamés comme tels, courtisans ou partisans, et on leur demande d’accompagner cet effondrement du politique. C’est terrible. Il faut reprendre les mots.
Qu’on puisse faire comme je l'ai entendu ce matin à la radio, le compte rendu d’un débat qui a eu lieu sur l’expression « éducation artistique et culturelle », je me dis : mais attendez, « éducation culturelle », ça veut dire quoi ? Il y a une éducation non culturelle ? Qu'est ce qu'une éducation qui ne serait plus culturelle ?
L’éducation consiste à construire la culture. Qu’est-ce que c’est qu’un programme d’« éducation culturelle » ? On s’habitue à dire des choses qui ne veulent rien dire. Lorsqu’on ne veut plus rien dire, on cache un vide. C’est le vide politique. Éducation, art, culture, sont des enjeux d’une extrême gravité. Ce n’est pas en jonglant avec des substantifs et des adjectifs, comme « politique culturelle», qu’on s’en sortira.

Rancière a dit quelque chose de très intéressant : que la démocratie n’est pas l’exercice du pouvoir. Ce qui se joue en ce moment de la politique concerne l’exercice du pouvoir. Et l’art concerne l’exercice de la liberté. Ce qui se joue dans ces deux exercices est incompatible, et cette incompatibilité est capitale pour construire la richesse de la culture.
La culture est le mode sur lequel les oeuvres de l’art parviennent à ceux à qui elles sont offertes, de sorte qu’elle leur rend le possible exercice de leur liberté.
La culture est le mode sur lequel on permet aux oeuvres, qui ne sont pas faites pour exercer un pouvoir, d’atteindre ceux qui veulent se réapproprier leur capacité d’agir là où ils sont.
Ça peut être une façon pour les uns, de permettre à d’autres de devenir aussi artistes.
Mais ce n’est pas la seule question. L’art ne permet pas à chacun de devenir créateur.
Par la voie de la culture et du partage du sensible, c'est-à-dire d’un partage de l’émotion et du sens (les deux registres présents derrière le mot « sensible »), l’art permet de se réapproprier quelque chose qu’on nous enlève chaque jour d’avantage : la capacité d’inaugurer quelque chose, d’être, d’agir. D’être la cause de nos actes, de ne pas être l’effet d’un désir qui n’est pas le nôtre.

(…) la mercantilisation et l’effondrement du politique, le fait que les oeuvres deviennent des marchandises, que les noms des artistes vont être gérés comme des marques, les oeuvres comme des brevets, tout cela provient du fait que le monde économique se substitue à la vie collective.
Il faut redire avec insistance qu’il n’y a pas de politique culturelle. La culture est un geste politique.

(…) L’éducation artistique, c’est savoir si, quand on s’adresse à des enfants depuis l’école maternelle, on les met en situation de s’approprier leur capacité inaugurale à agir.
(…) Ce qu'il faut, c'est leur permettre de se réapproprier la parole, pour construire un langage. Que la construction de ce langage permette le partage de ce qu’on aime et de ce qu’on n’aime pas. Sur cette base – apprendre à écouter, prendre le temps de voir – on peut aller vers les grands rendez-vous du regard, de l’oreille, du corps. L’éducation ne doit être ni artistique ni culturelle. Elle est politique. Elle construit des sujets qui peuvent se parler et s’écouter, pour partager, dans un cheminement qui respecte les sensibilités, les origines de chacun, pour aller vers ces catégories que nous appelons - sans défaillir – universelles.

(…) Cette campagne présidentielle ne met pas en jeu des enjeux culturels, elle se sert de la culture. Les principaux candidats ont fait des choix néo-libéraux, et nous savons qu'à des titres différents et avec des ruses variées, ils traiteront l’art et la culture comme des marchandises. Nous sommes partis pour nous battre longtemps, et nous ne devons pas lâcher. Il y a quelque temps, Stéphane Hessel et son groupe de résistants avaient fait circuler sur internet un très beau témoignage. C’était au moment des luttes des lycéens et des étudiants au sujet des contrats de précarité. On voyait cette vidéo où ces gens qui ont en moyenne 80 ans, disaient : « Battez-vous, luttez, parce que créer c’est résister, penser c’est résister, résister c’est penser et c’est créer. Si vous ne résistez pas, que vous ne créez pas et que vous ne pensez pas, alors ce que nous avons fait contre le nazisme n’a plus aucun sens. Nous, les vieux, qui allons mourir, on vous demande de préserver le sens de ce que nous avons fait à ce moment ».

Quelques images de la rencontre sont ici.
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Dimanche 24 décembre 2006
La fin d'année est propisce aux rangements. Dans le cadre de ce grand mouvement de clarification, je retrouve incidemment le texte ci-dessous, un des premiers que j'ai rédigé, qui fut publié dans la revue de l'ATAC (Association technique pour l'action culturelle, aujourd'hui disparue) dans le début des années 70... (Ceux qui pourraient me dire la date exacte me rendraient service). Les mots d'auourd'hui ne sont plus ceux-là, mais les contradictions ont-elles pour autant disparu ? Je vous laisse le soin d'en juger...


VIVE LA CREANIMATION

(lettre ouverte à certains camarades professionnels et quelques autres)

Trop, c'est trop! Je craque.
On le croyait sorti par la porte ... Le voilà qui revient.
Par la fenêtre.
On le croyait devenu raisonnable.
Sinon raisonnable, du moins modeste. Ou tolérant.
Mais non.
Il est de retour.
Agressif plus que jamais.
(Mais pourquoi donc ?)
Je le retrouve partout,
de réunions en colloques, de séminaires en discussions de bistrot ...
Le «Créateur» est parmi nous.

Il y a quelque temps, un vieux débat nous animait (!).
Vous souvenez-vous ?
C'était en quelle année déjà ?
Il y avait ceux de la CREATION
et ceux de l'ANIMATION.
Les CULTURELS et les SOCIAUX-CULS
les ARTISTES ... et les BOYS-SCOUTS
(à moins que ce ne soient des «instits»  ou des «curés» ... )
Chacun campait irrémédiablement sur ses positions, traitant l'autre d'élitiste
ou de réactionnaire, de populiste
ou d'irresponsable ...
J'en passe.
C'était la guerre.

Puis, vint le temps de la nuance.
On convint ici et là (ici ou là), que l'on avait peut-être exagéré.
Qu'après tout, les choses pouvaient sans doute (dialectique oblige) co-habiter.
Que l'opposition entre les deux pratiques n'était pas forcément définitive.
On procéda donc à une paix temporaire.
D'autant plus aisée que quelques crédits venaient permettre aux uns et aux autres d'affirmer leurs identités.
De l'os unique à partager, nous passions au repas, frugal mais spécifique, pour chacun.
De quoi apaiser le chenil.

Naïf. J'y ai cru.
Moi qui pratiquait tantôt une forme, tantôt l'autre.
Et souvent les deux à la fois, quand ce n'était pas une troisième, mêlant dans un même projet des aspects de CREATION (je veux dire de parole propre à notre groupe) et d'ANIMATION (la parole d'un autre groupe), j'avais baissé  ma garde.
Relâché l'attention.
Le combat n'avait-il pas cessé?
N'en étions-nous pas à des notions nouvelles de «développement» ou «d'intervention culturelle»,
qui devait permettre de travailler sur des objectifs différents (en tout cas différemment exprimés) ?

C'est-à-dire de découvrir (de CREER) des FORMES d'action novatrices ?

Naïf. J'y ai cru.

Mais voilà que quelques réunions nous rassemblent à nouveau, ici et là, pour débattre des orientations, de tel ou tel projet ministériel.
Colloquer, réfléchir?
Stupeur.
Ça repart.
La guerre n'est pas finie.
Ils sont toujours là. ,
Les «Créateurs» sont parmi nous.

Naïf, toujours, je m'interroge.
Mais qu'ont-ils donc de différent de moi ?
Qui les a fait «Créateurs»?
Quand le sont-ils devenus  ?
Comment?
Devient-on «Créateur» du jour au lendemain?
Y a-t-il une école du «Créateur»? (dirigée par Dieu le Père ?)
Une formation ? Des diplômes ?
Ou bien naît-on «Créateur»?
Est-on «Créateur» à plein temps ou à mi-temps ?
Reste-t-on «Créateur» en conduisant les camions, en préparant les demandes de subventions, en clouant les décors ?
Qui donc me dira si je suis «Créateur»?
Mes collègues ?
Mes copains ?
Mon ministère ?
Colette TRUC ou Michel MACHIN ?

Trêve de questions.
Quand ils me décrivent leur travail d'écriture, de mise en scène, de jeu théâtral,
je constate que je fais la même chose.
Si donc ils s'auto-proclament «Créateurs» en fonction de ces activités,
alors, à l'évidence, je le suis avec eux.
Et mes copains-collègues-camarades aussi.
Pleinement.
Puisque nous écrivons, réalisons, jouons des spectacles.
Quand ils décrivent encore ce qu'ils entendent par l'ANIMATION,
c'est-à-dire former, informer, proposer, animer des groupes d'individus les plus divers,
dans des formes multiples...
je m'y reconnais également.
Totalement.
Puisque nous faisons cela. Aussi.
Me voilà donc ANIMATEUR.

Mais qu'ils prétendent opposer une fonction à l'autre, voir les hiérarchiser (ils s'en défendent trop pour que cela se masque), et l'inquiétude me gagne.
Qu'ils affirment, enfin, que l'on ne saurait confondre le «Créateur» avec tout autre intervenant culturel... me voilà dans l'angoisse !
Serais-je donc un «cas» particulier, atteint de je ne sais quelle schizophrénie professionnelle ?
Ou encore, une sorte de «bâtard» culturel (on sait ce que valent les bâtards ?), qui ne pourrait jamais atteindre la «pureté» du «Créateur» ?

Soyons clair.
Je ne me sens à l'évidence, ni bâtard, ni schizophrène.
Et j'ai la sensation totale de n'avoir qu'une seule et même activité : le Théâtre,
qu'il soit mené par un groupe d'enfants, de malades, de syndicalistes ... ou de comédiens.
La sensation, aussi, de trouver partout le même intérêt, la même richesse, le même potentiel d'invention, de progrès et de développement.
de CREATION...

En faisant,
Et en faisant faire.

Que certains prétendent donc s'approprier le terme
(et tout ce qu'il représente de valeurs «supérieures»),
pour le réduire à leur propre travail. Voilà bien une position outrée.
Et inadmissible.

Il n'y a pas d'un côté, le «Créateurs» «venu d'ailleurs» et de l'autre le reste.
Il n'y a pas d'homme ou de femme, qui puisse s'auto-déclarer «Créateurs» à vie.
Il y a des gens qui pratiquent le Théâtre, dans des conditions et suivant des projets différents.
Ils sont donc «Créateurs» le temps de cette action.
Certains le font avec génie ...
D'autres avec talent...
D'autres avec métier avec chance ...
avec bonne volonté .
Avec obstination ...
Avec tout cela à la fois, de temps en temps.

Certains ne souhaitent le pratiquer qu'avec des acteurs professionnels et dans des institutions précises appelées THEATRES. .
C'est, bien entendu, leur droit le plus absolu.
Mais de grâce, qu'ils n'en confisquent pas pour autant les termes de «Créateur»
et de Création.

J'ai bien conscience de leur demander là un effort surhumain, qu'ils n'arriveront sans doute jamais à accomplir.

En attendant, et pour faciliter la chose, je propose donc aux autres, à tous ceux pour qui la pratique théâtrale ne forme qu'une seule et même activité,
qu'ils l'accomplissent entre professionnels ou avec des non-acteurs,
d'adopter avec moi le noble titre de CREANIMEUR, pour définir notre fonction.

Nous pourrons ainsi être ce que nous sommes.
Et faire ce que l'on fait.
Sans qu'à chaque instant, l'angoisse d'être autre chose
ne nous reprenne.

VIVE LA CREANIMATION !

Un CREANIMEUR professionnel
Jean Gabriel CARASSO


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Jeudi 14 septembre 2006
Pièce en un acte


L’Ignare :
Je ne sais rien. Rien de rien. Rien du tout.
Dites-moi, messieurs, lequel d’entre vous pourrait m’expliquer ce qu’est la culture ?

L’Instruit :
Moi ! Je sais. Puisque je suis instruit. J’ai de l’instruction, du savoir.
Donc, je sais. La Culture, c’est…

Le Cultivé :
Non ! Tu ne peux pas savoir. Tu n’est qu’instruit et non cultivé.
Comment peux-tu parler de culture, toi qui n’as que de l’instruction ?

L’Instruit :    
Mais, je sais, puisque j’ai appris. La Culture, c’est…

Le Cultivé :    
Tu pourrais accumuler tous les savoirs du monde, devenir une encyclopédie ambulante, rien n’y ferait. Et quand bien même pourrais-tu nous expliquer magistralement ce qu’est
la Culture, tu n’en serais pas, pour autant, cultivé. Il existe une différence fondamentale entre l’instruction et la culture. N’est-ce pas ?

L’Ignare :
Je ne sais pas. Qu’en penses-tu, l’Erudit ?

L’Erudit :    
Je pense qu’il a raison.
Moi qui suis à la fois instruit et cultivé, je crois pouvoir discerner la différence.

L’Ignare :
Je ne sais pas moi, mais si tu peux discerner… tu dois pouvoir expliquer. Pas vrai ?

L’Erudit :
Je peux essayer ! Disons que l’instruction, c’est l’accumulation d’une masse de connaissances, de savoirs, pratiques ou théoriques, plutôt objectifs ; on peut décrire, expliquer, traduire ce savoir.

L’Ignare :
Par exemple : il y a des gens qui savent qui fut Chopin, ce qu’est la mine, l’Armagnac, le Vercors… Ceux-là sont-ils instruits ou cultivés ?

L’Erudit :
Ça dépend ! S’ils n’ont qu’une connaissance limitée de ces éléments, superficielle, livresque, on pourrait dire effectivement qu’ils ne sont qu’instruits.

L’Instruit :
C’est vrai ! Moi je sais, j’ai appris ça…
 
L’Erudit :
Par contre, s’ils entretiennent avec ces éléments un rapport de connaissance très intime, à la fois objectif et subjectif, alors cela fera partie de leur culture. Comme l’eau et la terre servent à faire pousser la plante, Chopin pour monsieur Arnaud, la mine pour monsieur Hurstel, l’Armagnac pour monsieur Tiry ou le Vercors pour monsieur Gilman auront servi à les faire pousser, eux.
Ce sont des éléments constitutifs de leur personnalité. Ils entretiennent avec eux une relation culturelle.

Le Cultivé :
C’est vrai ! La Culture ce n’est pas la connaissance, c’est le rapport que l’on a à cette connaissance. Considère, par exemple, la Tour Eiffel. Tout le monde (ou presque) la connaît. Mais le rapport culturel que l’on entretient avec elle est très différent selon que l’on est un enfant parisien, un Emir Saoudien, un Maire de Paris, un paysan africain… ou Gustave Eiffel.

L’Ignare  :
Ça me paraît censé ! Mais alors, moi qui ne sais rien, qui ne suis pas instruit, j’ai quand même une culture ? Ne serait-ce qu’avec la Tour Eiffel ?

Le Cultivé :
Bien sûr ! Même si tu ne le voulais pas, tu serais obligé d’être cultivé.
Tout le monde entretient avec ce qu’il connaît une relation culturelle.

L’Instruit :
J’ai appris ! On appelle ça une sub-culture.

Le Cultivé :
Ah bon ! C’est nouveau ?

L’Ignare  :
Mais alors, à quoi sert de s’instruire ? de se cultiver ?
Et qu’est-ce que ça veut dire, au juste ?

L’Erudit :
S’instruire, c’est élargir le champ de ses connaissances.
Ça peut servir pour comprendre le monde… et pour le transformer.
Se cultiver, c’est élargir le champ de sa propre culture.
Ça peut toujours servir pour se comprendre soi-même… et pour se transformer.

Le Cultivé :
Mais il ne faut pas confondre, comme cela arrive souvent.

L’Ignare  :
Et toi, l’Erudit, pourquoi t’appelle-t-on comme cela ?
Parce que tu es à la fois instruit et cultivé ? C’est cela ?

L’Erudit :
Oui… et non !
Regarde le paysan africain. Il a sa propre culture, sa relation au monde, aux objets, aux symboles, à la musique… De même, l’intelligensia parisienne possède son champ culturel particulier et sa relation spécifique à ce champ. Dans le village africain comme dans la jungle de Paris, il y a des gens cultivés.

Le Cultivé :
Moi, par exemple !

L’Erudit :
Mais à Paris, il y a aussi quelques personnes qui, en plus de connaître leur propre culture, connaissent également celle de l’Afrique. Ce sont les érudits. L’Erudit est celui qui connaît la culture des autres, d’autres pays, d’autres peuples, d’autres temps. Il faut bien sûr des moyens d’information (ça coûte cher !) pour cela. Le paysan africain pourrait aussi bien être Erudit s’il en avait les moyens. Tous les individus, tous les groupes, tous les peuples sont cultivés, mais certains individus, certains groupes, certains peuples seulement sont érudits, parce qu’ils ont plus de moyens.

L’Ignare  :
Moi, je regarde plein de feuilletons américains à la télé, j’écoute plein de musique anglaise… Alors je suis érudit également ? Je connais la culture des autres…

L’Erudit :
L’Instruit :
Le Cultivé :
 (ensemble)      Non ! ! !

L’Ignare :
Je ne comprends plus rien !

L’Erudit :
On a eu tort de hurler. Ça dépend !
Connaître la production artistique d’autres peuples, ce peut être une très bonne chose… à condition que cette connaissance soit authentique, approfondie, critique. En ce sens, la musique ou le cinéma américain peuvent être très enrichissants (Le Ministre de la Culture l’a dit, alors !)
Par contre si l’on t’impose à haute dose, comme cela se fait parfois, une grande quantité de produits étrangers médiocres pour te faire croire qu’il s’agit-là de ta propre culture, alors tu ne seras pas érudit, seulement abruti. Tu vois la différence ?

L’Ignare  :
Je ne suis pas abruti . Je sais très bien que ces feuilletons sont débiles… n’empêche qu’ils m’intéressent et parfois me passionnent. Alors, que faire ?

Le Cultivé :
Le savoir !

L’Instruit :
Comme disait monsieur Belleville « le mode d’appropriation de la culture, ou de la sub-culture… » Je ne sais plus très bien. Je vais relire mes notes !

L’Erudit :
Que faire ? Agir peut-être ? Demande aux spécialistes de l’Action culturelle.
Ils doivent savoir, eux !

(Silence lourd. Brume)
Rideau

J G C
Avignon Paris 1985
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