COUPS DE GUEULE


Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 16:15

Tout le monde aura sans doute suivi la polémique provoquée par le ministre de l'intérieur à propos de la "civilisation" supérieure qui serait la nôtre. Exemple, cette lettre qui circule désormais...

 

Lettre à M. Guéant monsieur le ministre de l'Intérieur, de l'Outre-Mer, des Collectivités territoriales et de l'Immigration. Le crachat et le rêve français, par Amine El Khatmi
 
Monsieur le ministre,
La sous-direction de l'accès à la nationalité française du ministère que vous dirigez vient de signifier à madame S.Boujrada, ma mère, le classement de son dossier et un refus d'attribution de nationalité.
« Vous ne répondez pas aux critères », est-il écrit dans un courrier sans âme que l'on croirait tout droit sorti de l'étude d'un huissier ou d'un notaire.
Ma mère est arrivée en France en 1984. Il y a donc vingt-huit ans, monsieur le ministre, vingt-huit ans ! Arrivée de Casablanca, elle maîtrisait parfaitement le français depuis son plus jeune âge, son père ayant fait le choix de scolariser ses enfants dans des établissements français de la capitale économique marocaine.
Elle connaissait la France et son histoire, avait lu Sartre et Molière, fredonnait Piaf et Jacques Brel, situait Verdun, Valmy et les plages de Normandie, et faisait, elle, la différence entre Zadig et Voltaire ! Son attachement à notre pays n'a cessé de croître. Elle criait aux buts de Zidane le 12 juillet 1998, pleurait la mort de l'abbé Pierre.
Tout en elle vibrait la France. elle sentait la France, sans que jamais la flamme de son pays d'origine ne s'éteigne vraiment. Vous ne trouverez trace d'elle dans aucun commissariat, pas plus que dans un tribunal. La seule administration qui pourra vous parler d'elle est le Trésor public qui vous confirmera qu'elle s'acquitte de ses impôts chaque année. Je sais, nous savons, qu'il n'en est pas de même pour les nombreux fraudeurs et autres exilés fiscaux qui, effrayés à l'idée de participer à la solidarité nationale, ont contribué à installer en 2007 le pouvoir que vous incarnez.
La France de ma mère est une France tolérante, quand la vôtre se construit jour après jour sur le rejet de l'autre. Sa France à elle est celle de ces banlieues, dont je suis issu et que votre héros sans allure ni carrure, promettait de passer au Kärcher, puis de redresser grâce à un plan Marshall qui n'aura vu le jour que dans vos intentions. Sa France à elle est celle de l'article 4 de la Constitution du 24 juin 1793 qui précise que «tout homme - j'y ajoute toute femme - né(e) et domicilié(e) en France, âgé(e) de 21 ans accomplis, tout(e) étranger(e) âgé(e) de 21 ans accomplis, qui, domicilié(e) en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse un(e) Français(e), ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard, tout(e) étranger(e) enfin, qui sera jugé(e) par le corps législatif avoir bien mérité de l'humanité, est admis(e) à l'exercice des droits de citoyen français». La vôtre est celle de ces étudiants étrangers et de ces femmes et hommes que l'on balance dans des avions à destination de pays parfois en guerre.
Vous comprendrez, monsieur le ministre, que nous ayons du mal à accepter cette décision. Sa brutalité est insupportable. Sa légitimité évidemment contestable. Son fondement, de fait, introuvable. Elle n'est pas seulement un crachat envoyé à la figure de ma mère. Elle est une insulte pour des millions d'individus qui, guidés par un sentiment que vous ne pouvez comprendre, ont traversé mers et océans, parfois au péril de leur vie, pour rejoindre notre pays. Ce sentiment se nomme le rêve français. Vous l'avez transformé en cauchemar. Malgré tout, monsieur le ministre, nous ne formulerons aucun recours contre la décision de votre administration.
Nous vous laissons la responsabilité de l'assumer. Nous vous laissons à vos critères, à votre haine et au déshonneur dans lequel vous plongez toute une nation depuis cinq ans. Nous vous laissons face à votre conscience.
Quand le souffle de la gifle électorale qui se prépare aura balayé vos certitudes, votre arrogance et le système que vous dirigez, ma mère déposera un nouveau dossier.
 
Je ne vous salue pas, monsieur le ministre.
 
Amine EL KHATMI, 23 ans, étudiant en droit (master 2), Français

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 10:16

Il y a des livres que je tiens à garder dans ma bibliothèque, sur lesquels il m'arrive de revenir de temps en temps...

Il y a des livres que je lis avec plaisir mais sur lesquels je ne m'attarde pas....

Il y a des livres qui s'entassent dans des caisses, pour que je les donne un jour...

Il y a des livres qui servent à caler une armoire...

Il y aura désormais les livres dont je veux me débarasser au plus tôt..

C'est bien simple, celui que j'ai acheté hier, je vous l'offre !

Et en plus, je paie le port si je dois vous l'expédier.

Il n'est pas question que l'on découvre un jour que j'ai dépensé 21€ pour une telle oeuvre littéraire...

Des phrases comme : " en traversant la cour de l'Elysée, avec les pieds crissant sur les graviers et avec un soleil de plomb..." sont d'une telle puissance littéraire qu'elles me rapellent mon prof de français en seconde qui nous disait "attention aux clichés ".

Bref l'oeuvre dont il est question ici est écrite sous la plume (ou sous la dictée?) d'un ministre, et pas n'importe lequel, celui de la culture et de la comminication.

Il s'appelle "Le désir et la chance".

Avant même la fin de son mandat, l'auteur se livre à un bilan complet de son passage rue de Valois, cirant les pompes de la plupart de ses amis et collaborateurs, glorifiant son action et sa capacité à se fondre dans un costume qui ne lui était pas destiné... Affligeant !

Le premier (la première) qui en fait la demande poliment, je lui expédie le livre, dédicacé par le prochain ministre !

Exceptionnellement, il n'y aura même pas la photo du livre dans cet article. Pas la peine de faire de la pub !

Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 14:26

Festival-Avignon-2010.jpgCela avait été annoncé dès le mois d’avril par le ministre de la Culture, c'est fait : le Conseil d’administration du Festival d’Avignon vient de désigner officiellement Olivier Py comme prochain directeur, à partir de 2014. Il prendra ses fonctions en janvier 2013. Trois voix seulement se sont opposées à ce processus de nomination : le représentant de la Région et celui du Département, collectivités territoriales méprisées, et le metteur en scène Jean-Pierre Vincent.* Une abstention.

Nous avions écrit ici ce que nous pensions de cet événement dès l’éjection brutale et injuste du directeur de l’Odéon. Nous avions ensuite signé un texte collectif paru début juillet dans Libération, à l’ouverture du Festival. La décision prise récemment dans une relative discrétion, en tout cas sans provoquer de débat public significatif, marque à mes yeux une rupture  sans précédent dans l’histoire de ce festival.

En vérité, on pourrait dire : Avignon, c’est fini ! Je m’explique.

Depuis sa création, le Festival d’Avignon est bien plus qu’un simple festival de théâtre : il est le cœur battant d’une aventure humaine, artistique, civique, symbolique, qui structure la vie culturelle française, et au-delà. Il est chargé d’une histoire considérable, d’un investissement humain sans pareil, à la fois des artistes, des responsables professionnels, des militants associatifs, des éducateurs, des publics, qui s’y retrouvent chaque année pour y célébrer l’idée même d’un certain théâtre public partagé. Au-delà des querelles - elles furent nombreuses au fil des décennies - sur les spectacles programmés, sur l'ampleur de la manifestation, sur les directeurs successifs, sur les orientations esthétiques… un certain consensus n’a cessé de se manifester autour du Festival, sans jamais provoquer de véritable rupture dans le continuum d’Avignon. Les conditions de la désignation d’Olivier Py tranchent radicalement avec cette histoire, pour la première fois dans la vie du Festival.

Le coup de force politique mis ouvertement en œuvre, plus de trois ans avant l’échéance, quelques mois avant une élection présidentielle majeure, pour imposer à la hussarde la nomination d’un directeur, sans débat, sans appel à projet, sans évaluation d’un travail en cours qui doit se dérouler encore pendant deux ans… est une démarche scandaleuse et profondément méprisante pour le Festival, pour son public, pour son histoire, pour ses actuels responsables et pour l’idée même que l’on se fait de la démocratie. En d’autres temps, j’en suis certain, la révolte aurait grondé : j’imagine Paul Puaux face à une telle situation ! Mais voilà, les temps ont changé : le pouvoir ose tout et la plupart des participants au CA ont acquiescé ou se sont couchés ! Ce faisant, la majorité des membres du Conseil d’administration ne se sont pas seulement déconsidérés, ils ont abaissé le Festival lui-même, dont ils ont la charge morale autant que financière. De plus, ils ont semble-t-il bafoué leurs propres statuts qui prévoient un appel à candidature pour le renouvellement de la direction. Et que dire du nouveau directeur qui, s’inscrivant dans ce qu'il faut bien appeler une manipulation politique grossière, aura à porter à jamais le fardeau des conditions de sa nomination. Jean-Pierre Vincent aurait déclaré : « c’est une casserole qu’Olivier Py traînera toute sa vie ». Je partage ce point de vue.

J’entend déjà les objections, qui ne manqueront pas : “cela a toujours été comme ça…” “les nominations sont toujours politiques…” etc. Quand bien même cela serait (en partie) exact, est-ce une raison pour amplifier cette pratique et la porter à un tel niveau d'arrogance ? N'y a-t-il pas eu un vrai débat en 2006 et plusieurs candidatures, dont celle de celui aujourd’hui arbitrairement désigné ? La "République irréprochable" s'accomode-t-elle d'un tel cynisme ? Ne peut-on vraiment imaginer une autre manière de faire  ?

Bref, un futur directeur bardé de soupçons, un conseil d’administration aux ordres, une direction affaiblie pour les deux années à venir (à la manière de Raymond Domenech à la Coupe du monde de foot en Afrique du Sud, connaissant déjà le nom de son successeur !)... que reste-t-il du Festival d'Avignon ? Bien entendu, un festival continuera en Avignon, car une machine de cette ampleur, avec les enjeux économiques qu'elle porte désormais, ne s’arrêtera évidemment pas. On y verra peut-être même quelques bons spectacles.

Mais le Festival d'Avignon, lui, c'est fini ?

À moins que...


La presse en parle

 

* J'avais écrit dans une première version de ce texte qu'il s'était abstenu : erreur, il s'est opposé à cette décision. Mea culpa !

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 22:00

Souvenez-vous, c'était il y a quelques mois. Notre ministre de la culture avait trouvé le slogan miracle qui allait définitivement marquer son passage rue de Valois : "En finir avec la culture pour tous... Vive la culture pour chacun !" Cela sonnait un peu boite de com, étude marketing, slogan publicitaire.... On ne pensait pas si bien dire. Voici la dernière publicité d'une grande marque de boisson gazeuse, la même à qui TF1 vend du temps de cerveau disponible. La boucle est bouclée !coca.jpg

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 18:10

Nous avons parlé récemment de la fermeture du Théâtre de la Digue à Toulouse. La machine de liquidation est en route, notamment en ce qui concerne le fonds documentaire exceptionnel qui s'y trouve. On réagit !

vente-aux-encheres.jpg

Merci de bien vouloir lire cet appel, le signer si vous en êtes d'accord, et le faire circuler cette pétition à toute personne ou organisme de votre connaissance, sensible à cette initiative et soucieuse d'impulser une puissante dynamique à ce message.

Le Bureau des Compagnies de Théâtre
151, route de Blagnac
31200 Toulouse


Toulouse 12 novembre 2011

PETITION pour la conservation dans le domaine public du fonds documentaire de la bibliothèque du Théâtre de la Digue, mis en vente aux enchères publiques le 29 novembre prochain.

Le Bureau des Compagnies de Théâtre, association loi 1901 ayant pour objectif de valoriser la création dramatique, vient d’apprendre que le fonds documentaire de la bibliothèque du Théâtre de la Digue est mis en vente aux enchères publiques le 29 novembre prochain.
Suite à la dissolution de l’ATMP (association dirigeant le théâtre), prononcée par son Conseil d’Administration composé d’élus des deux collectivités du Conseil Régional Midi-Pyrénées et de la Mairie de Toulouse en juin dernier, les biens et les meubles de l’association ont été mis en liquidation y compris l’intégralité du fonds documentaire de sa bibliothèque consacrée au théâtre. Il s’agit de plus de 20 000 ouvrages et documents consacrés au théâtre, dont certains ne sont plus édités.
La Mairie de Toulouse s’est portée acquéreur du fonds, mais la mise en liquidation de l’association donne juridiquement tout pouvoir au liquidateur. Le fonds est mis en vente aux enchères publiques comme le veut la procédure.
Nous n’avons donc aucune garantie fiable concernant la conservation de l’intégralité de ce fonds dans le domaine public. Nous craignons sa dispersion et son morcellement, autrement dit sa disparition.
C’est pourquoi le Bureau des Compagnies de Théâtre lance un appel à signature pour la conservation dans le domaine public de ce fonds précieux et unique en France. Une valeur documentaire indispensable aux acteurs, metteurs en scène, étudiants et curieux de théâtre qu'ils soient amateurs ou professionnels.
Cet appel à signature est un appel à la mobilisation citoyenne contre ce qui semble être un symptôme de l’époque : l’indifférence face aux enjeux de mémoire et d’avenir que représentent la création artistique, la culture et ici la conservation d’un patrimoine littéraire et d’archives.

Pour signer la pétition envoyer votre Nom, Prénom, Profession, suivis de la mention « je signe » à petition.bibliotheque.theatrale@gmail.com


Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 00:31

Le texte ci-dessous est publié ce mardi 5 juillet dans Libération (page Rebonds) Une grêve de la distribution limitera sa lecture. Merci donc de faire suivre largement...

libe.jpg

 

Le 65e Festival d'Avignon s'ouvrira prochainement dans un profond malaise, né des conditions dans lesquelles le futur directeur a été désigné par le ministre de la culture. Soyons clairs : Olivier Py, par son travail d’artiste et son engagement, mérite évidemment de pouvoir être candidat à la direction du Festival d’Avignon. Mais voilà ! D'évaluation, de réflexion, d'analyse du travail accompli par l'équipe en place, il n'est absolument pas question. Moins encore d’observation du contexte artistique et culturel du moment, ni d'une projection à cinq ou dix ans sur ce que devrait devenir le Festival. Sur un coup de tête ministériel, Olivier Py a été débarqué de l'Odéon, sur un autre coup de tête - envers de la même médaille - il fut désigné pour Avignon. C'est ce que l'on appelle "l'autorité de l'Etat !" : circulez, il n'y a plus rien à voir ! Et que la fête commence !

La fête, vraiment ?

Avignon est une aventure humaine collective hors du commun.

Avignon est un événement artistique et culturel qui appartient autant à son public, aux nombreux partenaires qui s'y investissent (associations, mouvements éducatifs, collectivités...) qu'aux artistes invités et aux professionnels qui y travaillent.

Avignon appartient surtout à son histoire, à son éthique, faisant de ce festival, depuis sa création par Jean Vilar, le phare symbolique d'une certaine idée du théâtre public et de la place de cet art dans le processus démocratique auquel nous aspirons.

Avignon est enfin le lieu-même du débat public sur les relations entre la culture et la démocratie.

Dès lors, sauf à trahir l'esprit même du Festival, la désignation d'une nouvelle direction appelle une "démocratie exemplaire", c’est-à-dire un processus cohérent et responsable de réflexion sur les enjeux et, seulement après, le choix de la (ou des) personnes susceptibles de répondre aux attentes à travers leur propre projet. Bref, un débat démocratique !

Rien de tout cela dans la décision à la hussarde adoptée en réponse à une panique née des réactions médiatico-politiques à l'éviction du directeur de l'Odéon.

Ce n'est plus une nomination, c'est un hold-up ! Le débat public est confisqué !

Ceci démontre le manque total de respect du ministre pour ce qu’est ce Festival, pour ce quʼil représente dans lʼhistoire culturelle du pays et surtout pour son public, fidèle, dont nous faisons partie depuis de nombreuses années.

Nous appelons les spectateurs, les partenaires, les artistes et le conseil d'administration, chargé de veiller aux destinées du Festival, à exiger un vrai débat public sur l’avenir du Festival. Pour notre part, nous  sommes prêts à y participer.

Lucile Bodson

Jean-Gabriel Carasso 

François Deschamps

Jean-Claude Lallias

 Emile Lansman

Philippe Meirieu

 

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Jeudi 23 juin 2011 4 23 /06 /Juin /2011 18:04

la-digue.jpg

Il y avait un théâtre à Toulouse, nommé "Théâtre de la Digue", lieu historique de la décentralisation théâtrale dans cette région, puis instrument de soutien à de très nombreuses compagnies et artistes. Il comportait une bibliothèque théâtrale de premier ordre, plus de 25000 titres. En 2004, il fut interdit de recevoir du public pour des raisons de sécurité. Un projet de rénovation avait été réalisé, presque mis en oeuvre, puis suspendu.Le ministère de la culture cessa de subventionner... puis la Région Midi-Pyrénées... aujourd'hui c'est la Ville qui jette l'éponge. La Digue saute ! Toujours triste de voir disparaître un tel lieu, à la fois symbolique et actuel. Nous avions participé à la réflexion sur son devenir à l'occasion d'une étude, suggérant d'en faire une "tête de réseau" régional, "Maison du théâtre" d'un style nouveau... Les temps sont à d'autres considérations. La Région annonce un autre projet régional. Le bâtiment appartient à Etat et serait mis en vente par les domaines. « Il ne sera pas livré à un promoteur et  sa vocation restera la même » affirme le directeur régional des affaires culturelles. Bizarre, bizarre !

Lire la lettre du directeur : "Requiem pour la Digue"

 

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Lundi 6 juin 2011 1 06 /06 /Juin /2011 23:18

Vient de me parvenir cette information concernant un procès d'un autre âge, fait notamment à mon ami Carlos Fragateiro, militant du théâtre et de l'éducation, ex directeur du Théâtre national Dona Maria II de Lisbonne. Information confirmée de vive voix, à faire connaître...Image-5.jpg

 

L’auteur Margarida Santos Fonseca, l’homme de théâtre Carlos Fragateiro et le scénographe José Manuel Castanheira (tous deux anciens directeurs du Théâtre National Dona Maria II à Lisbonne au Portugal)  sont accusés par les neveux de Fernando Silva Pais (1905-1981) de diffamation et d'insulte à la mémoire du défunt. La plainte a été déposée en 2008 par Carlos Alberto Silva qui demeure à Zurich, et Berta Maria Pais Ribeiro da Silva Mano qui vit au Portugal, suite à un spectacle créé au Théâtre National Dona Maria II en 2007, A Filha Rebelde (Une Fille rebelle). Le ministère public ne soutient pas l’accusation. Le procès a débuté le 3 mai 2011 à Lisbonne dans l’indifférence générale. Il a repris le 7 juin.
 
Fernando Silva Pais a été le dernier directeur de la PIDE (Polícia Internacional e de Defesa do Estado) devenue en 1969 avec Marcelo Caetano la DGS (Direcção Geral de Segurança). La PIDE était sous Salazar (1889-1970) puis sous Caetano la police politique qui a persécuté, torturé et tué de nombreux opposants au régime. Lors de la Révolution des Oeillets en 1974, le quartier général de la PIDE-DGS fut l’un des derniers points de résistance de l’ancien régime. Fernando Silva Pais est mort en 1981, 6 mois avant l’achèvement d’un procès devant le Tribunal militaire de Lisbonne, où il a été accusé d’être notamment coresponsable sur le plan moral de l’assassinat prémédité dans un piège monté par la PIDE en Espagne en 1965 du général Humberto Delgado, opposant de Salazar.


José Pedro Castanheira et Valdemar Cruz, journalistes à Expresso, ont écrit en 2002 un ouvrage d’investigation consacré à la fille unique de Fernando Silva Pais, A Filha Rebelde (Une Fille rebelle). Rebelle à l’idéologie de son père, Annie Silva Pais a quitté en 1965 son mari (qui était l’ambassadeur suisse à la Havane), sa famille et ses amis pour devenir un protagoniste de la révolution cubaine dirigée par Fidel Castro et Ernesto Che Guevara. Notamment l’histoire dit qu’Annie Silva Pais a fait connaissance avec Che Guevara dans un bal, où ils ont dansé ensemble, scène qui a inspiré l’atmosphère générale du spectacle...
C’est l’écrivain Margarida Santos Fonseca (née en 1960) qui a écrit une adaptation de cet ouvrage d’investigation pour le Théâtre national. Le spectacle A Filha Rebelde a été mis en scène en 2007 par la metteuse en scène espagnole Helena Pimenta, avec l'actrice Ana Brandao, dans le rôle d'Annie Silva Pais. Un court passage de ce spectacle évoque la responsabilité de Fernando Silva Pais dans  la mort de Delgado en 1965. C’est ce passage qui est incriminé par la famille qui fait valoir que Silva Pais n’a pas été condamné pour ce crime. La famille veut aussi obtenir une condamnation criminelle de plusieurs passages du texte, celui notamment où Annie en parlant avec ses amies à Cuba dit que son père est le chef d’une police terrible qui peut torturer et tuer les gens seulement en raison de ce qu’ils pensent...
 
Alors que l’ouvrage était sorti en 2002 sans qu’aucune plainte ne soit déposée, le spectacle en 2007 a entraîné la plainte de la famille. Le théâtre est donc visé.
 
Au-delà de l’atteinte à la création artistique et à la liberté d’expression, qui sont mis en cause de façon inacceptable, ce procès relève d'une tentative de blanchir l'image de celui qui fut le chef de la PIDE à une sinistre période de l’histoire portugaise.

 

Le théâtre assis au banc des accusés!
 
« Les yeux d’Helena Pimenta, aujourd'hui directrice de la Compañía Nacional de Teatro Clásico (CNTC) en Espagne, brillaient d'excitation quand, à Madrid, je lui ai demandé de mettre en scène La Fille Rebelle. Je me souviens de son enthousiasme à l’idée de pouvoir parler des atmosphères de Cuba, du Portugal de Salazar et de la Révolution du 25 avril, pacifique et tolérante.
Nous avons rapidement trouvé ensemble la métaphore d'une ancienne salle de bal, lieu dans lequel Annie Silva Pais a rencontré Che Guevara.
Les 33 scènes qui composent le spectacle ont été faites et scandées dans une chorégraphie permanente accompagnée par un orchestre cubain avec  des acteurs tels que Vitor Norte interprétant le rôle de Silva Pais, Lidia Franco pour celui d’Armanda Silva Pais, Ana Brandão pour celui Annie Silva Pais ou Rui Quintas dans le rôle de Che Guevara, qui ont dansé tous ensemble.
Je croyais à un délire quand m’est parvenue l’annonce d'une procédure criminelle. J'ai appelé le journaliste José Pedro Castanheira qui m’a confirmé cette information. Ainsi depuis le 3 mai 2011 nous nous sommes trouvés  là devant la cour de justice. Le théâtre assis au banc des accusés!
La plainte est fondée sur certains mots et expressions du texte à propos de Ferdinando Silva Pais (directeur de la PIDE), passages qui auraient dû être censurés selon la volonté des plaignants.
Je n’ai pas encore réalisé ce qui doit être jugé, si c’est le texte, le spectacle ou l'histoire.
Ce matin-là du 3 mai 2011, j’avais rêvé qui je trouverai à la porte du tribunal une grand agitation et une grande indignation. Mais non. Seuls certains collègues et amis sont venus. Deux journalistes. Une journée normale, banale! Et l'interrogatoire s’est poursuivi pendant six heures. Le procès a continué le 12 et le 27 mai,  et va se poursuivre le 1er et le 7 Juin. Comme si de rien n’était…
La censure et la peur sont quelques-unes des racines de la longue dictature au Portugal. Tant d'années. Et ce fut ainsi, comme un virus infectant les générations successives, dont on peut toujours sentir la présence.
Mais, comme ce procès, rien de tout cela ne semble susciter un quelconque intérêt. Presque tout le monde est occupé ou diverti par la télévision, les élections, le FMI ...Toutes choses importantes ... cela semble clair.
Et la liberté d'expression?! Qui s'en soucie? »
José-Manuel Castanheira
 
Prière de relayer cette information de manifester votre soutien aux accusés.

 
Pour protester contre ce procès et soutenir Margarida Santos Fonseca, Carlos Fragateiro et José Manuel Castanheira, écrire aux destinataires suivants :
 
1.
Ministra da Cultura de Portugal
Dra Gabriela Canavilhas
Ministério da Cultura
Palácio Nacional da Ajuda
1349-021 Lisboa (Portugal)
Tel.: 213 614 500          
Fax: 213 649 872
gmc@mc.gov.pt
 
2.
Presidente da Repúblia Portuguesa
Dr Anibal Cavaco Silva
Palácio de Belém
Calçada da Ajuda, nº 11
1349-022  Lisboa (Portugal)
mail no site http://www.presidencia.pt/?action=3
 
3.
Presidente da Assembleia da República
Dr Jaime Gama
Palácio de S. Bento
1249-068  LISBOA
 
Telefones : 213919267/8/9
Fax : 213917434/26
Mail no site http://www.parlamento.pt/sites/PAR/PARXLEGA/Contacto/Paginas/default.aspx
 
4.
Bastonario da Ordem dos Advogados
Dr Antonio Marinho e Pinto
Largo de São Domingos, 14 - 1º
1169-60              LISBOA
1169-61             
Telefone:  218823550            
Fax:  218862403
cons.geral@cg.oa.pt
              
5.
Presidente da Sociedade Portuguesa de Autores
Dr Jose Jorge Letria
Avenida Duque de Loulé, 31
1069 - 153  Lisboa
geral@spautores.pt

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Samedi 16 avril 2011 6 16 /04 /Avr /2011 19:24

Lettre ouverte au (toujours) directeur du Théâtre de l’Odéon

avignon.jpg

Cher Olivier Py,

nous n’avons pas le plaisir de nous connaître. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Nous n’avons échangé aucune conversation. Je ne vous ai jamais écrit. Si je souhaite aujourd’hui vous adresser ces quelques mots publiquement, c’est pour prendre ma part au débat qui s’est engagé autour de votre éviction brutale du Théâtre de l’Odéon et l’annonce de votre nomination à la direction du Festival d’Avignon. Comme beaucoup, j’ai été choqué par la manière agressive et brutale utilisée par le ministre de la culture pour vous annoncer votre éviction de l’Odéon, manière profondément méprisante pour vous mais surtout pour le public, pour l’histoire même du théâtre de l’Odéon et pour l’ensemble de ceux qui se sont battus (et se battent encore) pour une certaine éthique du théâtre public dans notre pays. J’avais donc rédigé un premier texte sur ce modeste blog… Quand j’apprends que le même ministre, constatant le grabuge déclenché dans « la profession » et au-delà, vous propose aussitôt la direction du Festival d’Avignon dès… 2014 ! Entre le rire et l’écoeurement, mon cœur balance ! Non que vous soyez indigne de prendre la direction de ce Festival, en vérité je ne veux avoir aucun avis sur cette question, mais encore une fois pour le mépris démontré par le ministre, cette fois pour le festival lui-même, (pour lequel j’ai le plus grand attachement, pour ce qu’il est et ce qu’il représente) et aussi pour l’équipe qui en assure actuellement la direction. Une évaluation ? Une réflexion ? Un débat ? Des projets ? Des propositions ? Des alternatives ? Une rupture ? Une continuité ? Que faut-il faire d’Avignon dans la décennie qui s’annonce ? De toute cela il ne sera donc jamais question : trois ans avant l’échéance, comme on offre un sucre d’orge à un enfant pour qu’il se calme, voilà que l’on vous propose la direction d’un beau jouet. Mais le pire, c’est la suite : vous acceptez !

J’avoue que les bras m’en sont tombés ! J’imagine les discussions nocturnes, les messages, les textos échangés : « vas y ! » « l’occasion ne se représentera pas » et autres suggestions de même nature. Mais enfin ! Si, comme je le pense, l’éthique du théâtre public et son devenir vous importent, alors la réponse est simple : il faut refuser d’être ainsi désigné à la direction d’Avignon ! Non pour s’opposer de manière suicidaire à un ministre et un pouvoir auxquels il ne reste que quelques coups de communication pour faire croire qu’ils réfléchissent, mais pour l’honneur du théâtre public que nous défendons ensemble. Refusez cette manière de faire, proposez un véritable appel à projet (dont le vôtre, bien entendu), rendez public vos propositions, incitez au débat et à la réflexion… Vous y gagnerez en crédibilité, et surtout en honneur. Et je pense même qu’au terme de cette attitude, vous serez désigné à Avignon, largement soutenu par ceux-là même qui se sont indignés de votre éviction de l’Odéon.

Je suis, bien entendu, à votre disposition pour tenir un débat public sur cette proposition. Peut-être même en Avignon, dès l’été prochain…

Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Samedi 9 avril 2011 6 09 /04 /Avr /2011 21:13

olivier-Py.jpg

 

 

Voilà, c’est fait, il est viré ! Circulez, il n’y a rien d’autre à voir !

Voici bien longtemps que la logique, la rigueur et la transparence ne font plus partie des éléments de réflexion qui amènent l’Etat à nommer, ici ou là, tel artiste à la tête d’un établissement national. Dernier exemple donc, Olivier Py vient d’apprendre de la bouche même du ministre de la culture qu’il ne serait pas reconduit l’an prochain à la direction du Théâtre de l’Odéon. Il sera remplacé par Luc Bondy.

La question n’est évidemment pas de savoir si son bilan est positif ou pas, s’il méritait de poursuivre, quelques temps encore, la mission qui lui avait été confiée, si le Conseil d’administration avait quelques griefs à lui opposer (il semble qu’un large accord ait été exprimé il y a peu par celui-ci)… Il n’y a bien entendu aucune raison objective à cette décision, si ce n’est le fait du Prince. Je veux, j’exécute, je nomme, je licencie…

Et le suivant, sans état d’âme sans doute, heureux de cette promotion, prend évidemment le risque de se trouver remercié à son tour sans préavis et sans raison dans quelque temps. D’autant que la limite d’âge pour la direction d’un théâtre national est de 65 ans, il ne devrait donc tenir qu’un ou deux ans… A moins que la loi elle-même ne soit adaptée… Qui sait !

Disons simplement que cette manière de faire est plus que détestable, insupportable aujourd’hui. Combien de colloques et séminaires sont organisés chaque année sur le thème de « l’évaluation » des politiques culturelles, rappelant à longueur d’année que les critères de jugement, de nomination, sont parties intégrantes de la dimension démocratique d’un projet culturel et de la légitimité même de ceux qui en ont la charge. Bavardages ! Que signifie donc ce terme barbare de « démocratie » ? La culture, pour eux, c’est comme la préfectorale ! Le Pouvoir décide. Basta ! Ce n'est pas vraiment nouveau. C'est toujours aussi triste !

 

En savoir plus sur Rue 89

 

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Catégories

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés