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COUPS DE GUEULE


Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /2010 20:32
La revue Cassandre Hors Champ lance un appel pour un débat public sur la cutlure.
On signe !

Cassandre.jpg
Impossible absence


L’absence actuelle de vrai débat public sur la place de l’art et de la culture dans notre société est un symptôme historique extrêmement inquiétant.
Elle annonce, pour la première fois depuis la Libération, le risque d’abandon d’une part fondamentale de l’histoire de notre pays.
Une part de notre histoire dont est issue la valeur accordée aux choses de l’esprit, à travers notre littérature, notre théâtre, les arts et leur circulation, dans la vision du monde que nous partageons et la place que nous avons su leur donner dans notre vie réelle. Cette absence fait planer la menace d’une défaite devant l’invasion délétère de l’esprit marchand imposée par ce que l’on nomme « globalisation ».
Les politiques qui refusent l’ordre néolibéral doivent le comprendre : non seulement la culture - au sens le plus large du mot -, est un enjeu fondamental de civilisation, mais c’est aussi pour eux un atout politique majeur.
Comme le dit le grand dramaturge Edward Bond, « que nous resterait-il aujourd’hui des Grecs s’ils ne nous avaient laissé une philosophie, un théâtre, une mythologie, des temples, des statues ? » Autrement dit un immense arrière-plan artistique et culturel créé à partir d’outils symboliques : une langue, des codes, des signes qui nous relient à une mémoire commune, à une volonté d’être ensemble et de rencontrer l’autre, de se frotter à l’inconnu, qui nous constituent en tant qu’êtres pensant, rêvant, imaginant, désirant, créant, construisant l’improbable avenir.
Ce sont ces outils qui nous permettent de nous penser, de nous ressentir, autrement qu’en tant que consommateurs ou marchands…
Notre histoire récente fut traversée de soubresauts où cette aspiration - ce désir collectif, parfois confus, souvent éclatant et vibrant - s’est manifestée. Des outils ont été construits avec le Conseil National de la Résistance. C’est ce que l’on appelle «le service public de la culture ». Il ne s’agit, en réalité, de rien d’autre que la manifestation concrète, politique, d’une volonté de donner à l’esprit sa vraie valeur dans la collectivité.
Ce service public, qui en France fut incarné par un ministère de la Culture, est en passe d’être démantelé.
Deux événements peu commentés, font figure de symptôme.
Au moment précis où plusieurs études alertent sur la désaffection de la lecture parmi les jeunes Français, la direction du Livre du Ministère a été supprimée l’automne dernier ; celles du théâtre, de la musique, de la danse et des arts plastiques ont depuis subi le même sort.
Dans le cadre d’une révision générale des politiques publiques qui veut tout soumettre, y compris l’inquantifiable, à la «rationalité économique », l’ensemble des directions artistiques sont réduites à une Direction générale de la création artistique, coincée entre une Direction des patrimoines et celle des médias et des industries culturelles.
On peut craindre que l’art ne soit plus la priorité de ce ministère...
La même rationalité économique a présidé aux débats du Forum d’Avignon : « économie et culture », présenté comme un «Davos de la culture ». Le symbole est fort. Au moment où la « crise » prouve l’inanité des dogmes néolibéraux qui dominent l’Europe, la culture devient l’ultime nappe phréatique où puiser, au service d’intérêts qui lui sont totalement étrangers.
Quel crédit porter à une « économie créative » initiée par des dirigeants d’entreprises comme Nicolas Seydoux, Didier Lombard et Axel Ganz ? Que peut véhiculer une telle « culture », réduite et instrumentalisée par les impératifs d’une «économie de la connaissance ? »
Dans l’Europe néolibérale, un faisceau de signes innombrables converge vers la destruction de ce que nous appelons l’humain. Brutalité d’une main, propagande de l’autre, encouragement général à cesser de penser et échanger. Cet encerclement qui concerne tous les aspects de nos vies tend à faire de chacun un individu dénué de sens collectif. On peut s’inquiéter de ce qu’il adviendrait d’une civilisation déjà très altérée par un individualisme stérile, une fois amputée ce qu’il lui reste de capacité à utiliser le symbole comme moyen d’échange et de construction d’une richesse culturelle commune.
À leur échelle, de nombreuses collectivités territoriales, avec des politiques qui prennent en compte différents niveaux de l’action artistique et culturelle et pallient les désengagements de l’État, tentent de résister à ce rouleau-compresseur. Comment pourront-elles agir demain, face à un gouvernement qui risque de les priver de toute marge de manœuvre en leur déniant la compétence culturelle ?
Il est temps de l’affirmer : nous avons ici des valeurs essentielles à défendre et à promouvoir.
Ces valeurs, ne doivent pas, sous peine d’effacement, se soumettre à la tyrannie du chiffre. Voici un débat public qui mérite vraiment d’être ouvert !

Pour signer cet appel, c'est ici

Les premiers signataires :

Danielle Mitterrand (Présidente de la fondation France-Libertés)
Stéphane Hessel (diplomate, ancien déporté et grand résistant ayant contribué à la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme)
Roland Gori (psychanalyste, professeur des universités, initiateur de l’Appel des Appels)
Bernard Lubat (musicien multi-instrumentiste, chanteur, fondateur du festival d’Uzeste et de la Cie Lubat)
Marcel Gauchet (historien, philosophe, directeur d’études à l’EHESS, rédacteur en chef de la revue Débat)
Nicolas Frize (compositeur, membre de la LDH)
Bernard Stiegler (philosophe, directeur de l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou)
Valérie de Saint-Do (co-directrice de Cassandre/Horschamp)
Nicolas Roméas (directeur et fondateur de Cassandre/Horschamp)
Barbara Cassin (philosophe, philologue, directrice de recherche au CNRS)
Philippe Meirieu (professeur en sciences de l’éducation, responsable pédagogique de la chaîne Cap TV, directeur de collection chez ESF Editeurs)
Bernard Bloch (metteur en scène, comédien, directeur artistique du Réseau (théâtre), membre fondateur de la coopérative artistique de production CAP Etoile)
Robin Renucci (comédien, réalisateur, fondateur de L’ARIA Association des Rencontres Internationales Artistiques)
Julien Blaine (poète et performeur, fondateur de la revue Doc(k)s, des Rencontres internationales de poésie de Tarascon et du Centre international de poésie de Marseille)
Jean-Gabriel Carasso (auteur, réalisateur, responsable de l’Oizeau rare, association de recherches culturelles)
Philippe Avron (auteur interprète)
Robert Abirached (écrivain, historien, critique théâtral, ancien directeur du théâtre et des spectacles au ministère de la culture)
Françoise Fanfelle (Moissac - Infirmière retraitée)
Samuel Wahl (journaliste)
Pépito Mateo (conteur, acteur et écrivain)
Olivier Perrot (Plasticien photographe - Vitry sur Seine)
Édith Rappoport (ancienne conseillère à la DRAC Île-de-France)
Bruno Boussagol (Metteur en scène)
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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 13:54

Hier 9 décembre, journée nationale de la laïcité, débat public à la Mairie du XXè arrondissement à Paris. 150 à 200 personnes venues entendre divers orateurs sur le thème de la laïcité, fondement de la République. Interventions de bonne tenue et puis débat avec la salle… Et là, ça se gâte ! Tout arrive : les mosquées qui débordent de fidèles dans les rues, les mères musulmanes qui accompagnent les sorties scolaires avec un voile sur la tête, la demande faite aux enseignants de ne pas faire de contrôles les jours de fêtes religieuses… Les uns réclament une laïcité quasi intégriste : hors de toute préoccupation religieuse, quelle qu’elle soit. Les autres en appellent à tenir compte de la réalité des religions : après tout, les vacances scolaires sont bien organisées autour des fêtes religieuses catholiques…

Le débat devient totalement affectif, émotif, agressif, baignant dans l’atmosphère délétère de confusion provoquée par les discours du Président de la République sur l’importance du fait religieux, par le vote suisse sur les minarets, par le débat lancé sur l’identité nationale…

J’avoue n’avoir jamais connu une telle atmosphère de sous-entendus haineux, de rejet de l’autre, de confusion et d’exclusion. Gare !

Les idées nauséabondes que l’extrême droite a développées depuis plusieurs décennies sont en train de devenir sinon majoritaires du moins totalement « décomplexées ». Les responsables politiques qui attisent ce débat de manière incontrôlée, irresponsable et manipulatrice, jouent avec le feu. Il se peut qu’un jour ils s’y brûlent eux-mêmes !

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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /2009 18:50

qui fait le tour du monde... Vaut mieux qu'un long discours !
Hier, une manifestation a été fortement réprimée à Téhéran
et pour la première fois me semble-t-il, aucun média n'était autorisé,
ni téléphone portable, ni internet.
Silence, on réprime !
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Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /2009 00:48


Les directeurs du « 104 » à Paris, lieu emblématique de la politique culturelle de la ville, viennent de jeter l’éponge en ne demandant pas le renouvellement de leur mandat. Ils estimaient avoir besoin, en plus des 8 millions d’euro injectés par la Ville, de 2 millions d’euro supplémentaires pour mener à bien leur projet. Compte tenu des baisses de recette de la municipalité, dues en grande partie à l’effondrement du marché immobilier, (est-ce la seule raison?) celle-ci s’est refusée à toute augmentation et n’en prévoit pas en 2010. Exit donc les directeurs, et avec eux un projet qui ne semble n’avoir jamais trouvé sa place véritable dans cet endroit particulièrement difficile à faire vivre.

 

J’étais pour ma part fort dubitatif, depuis le départ de ce projet, sur la mise en place de cette structure imposante, forcément budgétivore, tiraillée entre la recherche d’une modernité artistique internationale, une implantation plus que difficile dans son environnement territorial, et la nécessité de trouver des ressources commerciales indispensables pour faire fonctionner la machine. A vouloir trop en faire, le risque était grand, bien entendu, d’aller dans le mur. Nous y sommes !

A vrai dire, je ne pensais pas que cela irait aussi vite, mais la crise est venue révéler plus rapidement ce qui se cache en général par des augmentations régulières de subventions : l’inadaptation d’une structure et d’un projet aux réalités sociales et économiques d’un territoire. Pas la peine d’être grand clerc pour avoir imaginé une telle issue. Je sais que nous sommes nombreux à l’avoir prédit.

 

Et maintenant ?

 

Deux options principales s’offrent aux décideurs.

 

La première sera de rechercher au plus vite (s’il n’est déjà choisi !) un nouveau directeur du lieu, qui soit un gestionnaire, sorte de grand intendant qui aura pour mission de ne pas réclamer d’augmentation de budget et de faire au mieux avec les moyens du bord. Il conservera à l’évidence une part d’action artistique et de travail culturel, sans laquelle tout cela n’aurait plus aucun sens, mais il sera condamné à valoriser l’espace par la multiplication des locations et autres événements de toute nature – cela a déjà commencé - qui permettront de conforter autant le budget général que l’image de la structure. Rien de neuf dans ce paysage ! On fera naviguer le navire par petit vent…

 

Nous en suggérons une seconde, plus improbable mais tellement plus excitante,  qui serait de prendre acte de la fausse route empruntée par ce premier projet et d’en imaginer une autre, radicalement différente mais fondamentalement indispensable pour Paris : créer un véritable lieu artistique et culturel majeur tourné vers l’enfance et la jeunesse, l'offrir à la population parisienne, tout en lui donnant une dimension nationale et internationale.

Plusieurs projets de ce type ont existé :

Ce fut un temps la proposition de Jack Lang d’un « Théâtre national des enfants », qui resta éphémère.

Ce fut ensuite l’idée envisagée pour le Théâtre de la Gaieté Lyrique, qui s’est embourbée dans un projet infaisable et jamais terminé.

Ce fut également l’idée proposée pour la reconversion du Palais de Porte Dorée, lorsqu’il fut question d’en finir avec le Musée des Arts Africains et Océaniens : en faire un « Beaubourg de l’enfance », lieu de création artistique, de diffusion culturelle et de formation des éducateurs, à deux pas du Bois de Vincennes, du zoo et de l’Aquarium si fréquenté par les familles. En vain !

Ce fut enfin la proposition que nous avions portée pour le Théâtre du Rond-Point : en faire le « Carrefour des arts, carrefour des âges », lieu de tous les arts de la scène en direction de l’enfance et des familles. Sans succès !

 

Aujourd’hui, avec le « 104 », une nouvelle opportunité se présente, qu’il faudrait saisir avec audace : réaliser à Paris la « Cité des arts et de l’enfance », telle qu’elle n’existe nulle part au monde.

Consacrer l’ensemble des moyens, des énergies et des partenariats (ils seraient nombreux sur un tel projet) à interroger par la pratique tout ce qui touche à la création artistique en direction de l’enfance et des familles : quelles formes, quelles techniques, quels contenus, quels publics, quelles médiations ?

A l’heure où partout se développent des activités de ce type, pourquoi ne pas faire de Paris à la fois la vitrine internationale et le centre expérimental de ces activités tournées vers l’enfance, dans tous les domaines artistiques : arts plastiques, cinéma, musique, danse, théâtre, littérature, marionnettes, cirque, nouvelles technologies… J’en passe !

On imagine tout ce qu’un tel projet pourrait mobiliser comme créativité, mais également comme publics, à la fois de proximité et plus largement de la capitale, de la région et d’ailleurs…

On imagine les commandes faites aux artistes, les aides à la création, les manifestations originales autour de ce thème…

On imagine tout le travail possible avec les étudiants, les enseignants, les éducateurs, les parents, sur l’indispensable médiation qu’ils pourraient y exercer…

On imagine combien les dimensions scolaire, sociale, éducative, viendrait se mêler aux préoccupations artistiques…

On imagine les stages et ateliers de formation, indispensables aux jeunes enseignants et aux animateurs des centres de loisirs, réalisés avec les artistes eux-mêmes…

On imagine une « télévision du 104 » réalisée par les enfants eux-mêmes, devenus à la fois journalistes et réalisateurs, fonctionnant en permanence sur Internet…

On imagine le Festival International de l’Enfant Spectateur et Acteur (FIESTA !) qui marquerait au « 104 » un temps fort biennal…

On imagine…

 

De l’audace Monsieur Delanoë, de l’audace Monsieur Girard…

 

Aujourd'hui l’Etat prétend faire de « l’éducation artistique et culturelle » une priorité nationale sans faire preuve du moindre esprit créatif, se réfugiant principalement dans un « enseignement de l’histoire des arts » qui a toutes les chances de démobiliser une grande part des enseignants et des enfants. La Ville de Paris  ne pourrait-elle  se montrer véritablement inventive, ambitieuse, tournée vers l’avenir, soucieuse de la construction culturelle de l'enfance et de la jeunesse ?


  Il faut faire du « 104 »

la Cité des arts et de l’enfance !

 

 

A tous ceux qui partagent ce projet, nous proposons de signer et de faire signer ici ce message .

Dès que nous aurons atteint les 104 signatures, nous l'adresserons  au Maire de Paris et à son adjoint à la culture.

A vos claviers ! Le débat est ouvert. Vos commentaires sont bienvenus.


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Samedi 3 octobre 2009 6 03 /10 /2009 21:41

Sans doute faut-il lutter contre l’absentéisme scolaire, trouver les moyens de motiver les élèves pour qu’ils adhèrent au projet pédagogique qui leur est proposé, ne pas se satisfaire d’absences répétées et inexpliquées. C’est le bon sens même ! Faut-il pour autant s’aventurer vers les expériences qui viennent d’être mises en place à l’académie de Créteil, dans trois lycées techniques, à la demande du Haut commissariat à la jeunesse, à savoir proposer une « cagnotte » aux élèves qui serait alimentée par leur seule présence en classe ? On croit rêver !

Ainsi, les élèves seraient donc « payés » pour être là ! Non pour travailler, pour réussir, pour participer à un projet collectif, pour faire preuve d’initiative ou de créativité… Non, simplement pour être présent là où ils doivent être, à l’école ! Dans quel monde veut-on nous entraîner ? A quand le SMIC à l’école maternelle ? La prime de fin d’année pour un examen réussi ? Une échelle des salaires dans une même classe selon le niveau des élèves ? Ce n’est qu’une « expérimentation », nous dit-on, qui pourrait être étendue à 70 classes en cas d’évaluation positive.

Faut-il être perdu, désemparé, sans imagination éducative, pour s’aventurer sur de telles bases, oubliant totalement que le contrat pédagogique n’à rien à voir avec un contrat de travail, que la motivation à apprendre, c’est-à-dire à se développer soi-même (l’élève s’élève !) relève principalement d’une relation complexe qui se nomme « l’éducation » qui n’a rien à voir avec le principe de la carotte (ici la « cagnotte !). Il faut refuser avec force cette aventure douteuse. Avant même qu’elle ne commence. Halte au feu ! Expérimentation, piège à con !

 

En savoir plus ici

 

 

Une information complémentaire qui n'a rien à voir...

Ceux qui s'intéressent au théâtre et la critique théâtrale seront heureux d'apprendre qu'un nouveau site vient d'être créé qui se propose d'éditer des critiques de spectacles en ligne. Il s'intitule "AU POULAILLER". Initiative naissante à soutenir.

C'est ici :

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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /2009 11:25


Eureka ! Le Conseil pour la création artistique, mis en place par le Président de la République en janvier dernier sous la responsabilité de Marin Karmitz, vient de rendre public 10 projets qui visent, en toute modestie, à « mettre en œuvre une politique culturelle d'envergure pour le temps présent et l'avenir". Rien de moins ! Et d’ajouter dans un entretien au Monde « Ce que nous avons fait, le ministère n'aurait pas pu le faire. » Bigre ! La montagne accouche en réalité d’une compilation de souris diverses sans logique aucune, espérant naïvement « passer de l’expérimentation à la généralisation », dont nous savons pertinemment qu’il n’en sera rien ! Reprenons et donnons quelques conseils au Conseil.


1/« A la demande de Martin Hirsch, haut commissaire à la jeunesse, des créateurs de moins de 30 ans issus de toutes disciplines et de métiers d'art auront carte blanche pour intervenir dans des lieux phares (gare, usine, château, parc, monument), afin d'en réécrire l'histoire à leur façon. La manifestation aura lieu au début de l'été 2010 et reposera sur les projets présentés par huit structures : Centre chorégraphique de Toulouse, Maison de la culture d'Amiens, Subsistances à Lyon, Quartz de Brest, Maison de la culture de Grenoble, Théâtre de Chaillot à Paris, Marseille 2013, Centre Pompidou de Metz. »

Conseillons au Conseil de ne pas s’appuyer d’abord sur les structures culturelles dirigées par ses propres membres ou leurs amis proches, ni de chercher à rééditer le coup de la Fête de la Musique, grande manifestation à la gloire du Grand Dirigeant, mais d’établir avec les collectivités territoriales une véritable politique concertée d’aide à la jeunesse : éducation artistique, pratiques amateurs, aides à la création, lieux de création… Une sorte de « charte territoriale culture/éducation/jeunesse » ? Et pourquoi pas un événement spectaculaire, mais en fin de chaîne ! C’est la vieille histoire des bœufs et de la charrue.

2/ « M. Karmitz, amateur d'art et collectionneur réputé, veut faire de Paris la "capitale mondiale de l'art". L'Ouest parisien en sera le symbole. Il s'agit de mettre en synergie toutes les institutions culturelles situées autour de la colline de Chaillot : Quai Branly, Palais de Tokyo, Musée d'art moderne de la Ville de Paris, Musées Guimet et Galliera, etc. 

Il existe déjà un modeste accord tarifaire entre quelques musées. Le Conseil veut aller plus loin et proposer "une offre globale" (transports, billet, parcours numérique, offre culturelle) »

Conseillons au Conseil de lever la tête et de constater qu’au-delà de l’Ouest parisien, la colline de Belleville et de Ménilmontant, loin du XVIe arrondissement, mérite autant d’offrir à ses habitants une vie culturelle active et pertinente, voire une « offre globale » entre les nombreuses structures qui s’y trouvent. Conseillons lui aussi de ne pas trop tenir compte des inclinations personnelles de ses membres : que se serait-il passé si M. Karmitz avait été passionné, par exemple, de sport automobile et collectionneur de vieilles voitures ? Les 24 heures du Mans transportées au centre de la capitale ?

3/ « Culture en commun en Seine-Saint-Denis. Le projet est ambitieux, mais il est aléatoire. Mettre en réseau les établissements culturels de Plaine Commune (Seine-Saint-Denis), y intégrer l'habitat et le loisir, expérimenter des "formes précaires, éventuellement foraines, de présence culturelle". Pour ces dernières, un appel d'offres a été lancé auprès d'architectes pour qu'ils transforment des friches du département et imaginent des nouvelles structures nomades. Le dispositif demande toutefois à être précisé, au risque de capoter. »

Conseillons au Conseil de préciser sa pensée avant de communiquer sur une telle proposition : s’agit-il de permettre à des cirques ambulants de stationner au pied des tours de nos banlieues ? De n’offrir aux habitants, eux-mêmes si souvent « précaires » que des « formes précaires » ? D’éviter les occupations illégales et autres squats artistiques, en aménageant par avance des lieux à cet effet, friches industrielles ou structures nomades ?

Il y eut un temps des « milles clubs », structures légères installées dans les quartiers par le ministère de la Jeunesse et des sports. Y aura-t-il désormais les « 1000 friches »  ? Est-ce aux architectes qu’il faut lancer un appel d’offre, ou aux artistes et porteurs de projets culturels de quartier qui pourraient avoir quelques idées sur le sujet ?

4/ « Orchestres de jeunes en quartier sensible. Dès 2010, 500 jeunes, de 7 ans à 15 ans, issus de quartiers sensibles, seront intégrés dans une quarantaine d'ensembles musicaux créés pour l'occasion et seront intensivement formés à la musique classique. Ce projet est calqué sur un modèle au Venezuela, qui a fait ses preuves. L'Orchestre de Paris et la Cité de la musique l'animeront. »

Conseillons au Conseil une ambition plus vaste et moins idéologiquement sélective. Permettre à d’autres disciplines artistiques, transversalité des arts oblige, de s’inscrire dans ce type de projet : 40 troupes de théâtre de jeunes, 40 compagnies chorégraphiques, 40 orchestres de Jazz ou de musique Orientale (il paraît que le ministre en est fan !) ? Bien des compagnies et des formations musicales seraient sans doute intéressées par une telle proposition. Mais il est vrai que les crédits d’animation sont souvent difficiles à obtenir, et que le temps passé par les artistes intermittents à ce type d’activité leur est discuté au prétexte que ce ne serait pas un temps « artistique ».

5/ « Ecole de cinéma nomade. Une école de cinéma, installée sur une péniche ancrée au pied de cités, ouvrira en janvier 2010. Visant à créer "un cinéma de rue", elle s'adresse à une vingtaine de jeunes de 18 à 25 ans, qui, pendant un an et demi, feront un premier film. Elle sera dirigée par le cinéaste Abdellatif Kechiche et sera installée dans la péniche de son film La Graine et le mulet (2007). Les films seront proposés en salles, à la télévision, sur Internet et édités en DVD. »

Conseillons au Conseil de préciser les critères de sélection pour ceux qui pourront participer à cette aventure. Habiter près de la péniche ? Avoir un projet de « cinéma de rue » ? Et pourquoi ne pas conforter dans le même temps toutes les initiatives « d’éducation à l’image » qui sont aujourd’hui tellement fragilisées ?

6/ « Soutien au Centre Pompidou mobile. Le conseil soutient le projet du Centre Pompidou de créer un musée mobile de 1 000 m2, présentant des œuvres importantes du XXe siècle, qui sillonnera la France. L'architecte sera connu en juin 2010 et la structure ouvrirait en septembre de la même année. »

Conseillons au Conseil de préciser s’il s’agit de rééditer Les Tréteaux de France, version arts plastiques et de s’interroger sur la nature des relations que cette structure pourrait établir avec ces « nouveaux publics » espérés. Rappelons que ce n’est pas un « dispositif » de plus  qui importe, mais bien les « dispositions » de ceux auxquels on veut s’adresser !

7/ « Diffusion d'opéras dans les théâtres publics. A partir de 2010, six ou sept opéras donnés en France, mais aussi à l'étranger, seront retransmis en direct dans des théâtres publics, un peu partout en France. Le but est d'élargir les publics et "de rendre encore plus profitable l'argent des citoyens investi dans la production des spectacles ».

Conseillons au Conseil de pousser la logique de cette proposition, et de retransmettre à l’Opéra Bastille des spectacles de rue du Festival d’Aurillac ou du rap des Banlieues. Etc…

8/ « Visites virtuelles de musées. M. Karmitz pense que les institutions culturelles utilisent mal les "outils numériques" susceptibles d'attirer un public qui ne se déplace pas. Aussi une "clause numérique" va-t-elle être ajoutée au cahier des charges des lieux subventionnés. Deux sites pilotes vont donner l'exemple: la Comédie-Française va refondre son site Web et la Réunion des musées nationaux va créer un parcours virtuel à l'occasion de l'exposition Claude Monet au Grand Palais, à l'automne 2010. »

Conseillons au Conseil de distribuer gratuitement dans les quartiers défavorisés des ordinateurs et des abonnements à Internet. Il est certain que les nouveaux internautes se précipiteront en priorité sur le site de la Comédie française et de la RMN, surtout s’ils sont rénovés !

9/ « Cinémathèque de l'étudiant. 2,2 millions d'étudiants en France auront accès à une plate-forme de vidéo à la demande leur permettant de voir "des films de référence". Ni date ni coût ne sont donnés. »

Conseillons au Conseil de préciser jusqu’à quel âge nous aurons le droit d’être considérés comme étudiants ?

10/ «  Mieux diffuser la création et la pensée française à l'étranger. Le conseil prône la promotion de la pensée française via le numérique. Il financera la traduction de textes scientifiques français ».

Conseillons au Conseil de préciser ce que serait « la pensée française » aujourd’hui ! 

Et comment s’articule cette proposition avec les baisses drastiques de crédits de nombreux centres culturels français à l’étranger ?

Trêve de conseils ! Ces propositions sont affligeantes, en ce qu’elles démontrent le peu de cas fait par les membres de cette instance aux analyses, pourtant nombreuses, de la situation de la vie culturelle en France et la nécessité de faire évoluer l’action et les politiques dans ce domaine. Rien sur l’éducation, rien sur la décentralisation, rien sur la coproduction des politiques publiques, rien sur l’implication des populations aux projets culturels… J’en passe ! Un débat public sur les enjeux de l’art et de la culture dans notre pays demeure urgent. Il se passera des avis du Conseil. Il faut en finir au plus vite avec ce type de démarche « groupusculaire » !

 

Voir aussi sur ce sujet la position de Doc Kasimir Bisou reproduite ici.

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