Rencontre avec Bernard Stiegler

Publié le par JGC

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J’avais entendu parler de Bernard Stiegler, philosophe. J’avais lu, ici ou là, quelques textes de lui, mais jamais je n’avais eu l’occasion de l’entendre exposer pendant près de deux heures son analyse des bouleversements du monde et des conséquences de cette évolution sur la pensée et la vie sociale. Voilà qui est fait depuis avant-hier. Chapeau l’artiste !

Il déroule devant nous une pensée limpide sur la marchandisation du monde, la prolétarisation des individus (c’est-à-dire la perte du savoir et du savoir faire, de la capacité ), sur l’automatisation et ses conséquences immenses sur la vie des hommes. Il nous invite à distinguer entre la pulsion et le désir (socialement établi), pour nous mettre en garde contre le capitalisme compulsifqui nous assaille, à grands coups de marketing. Il nous suggère de porter la plus grande attention aux évolutions technologiques - Internet notamment - qui, depuis toujours, façonnent le monde et les relations entre les humains et les sociétés. Attention à porter à la fois aux aspects positifs et aux dangers de la chose, inspiré par le pharmacon, ce concept qui nous rappelle que dans le poison… se trouve le remède ! Il prône la curiosité  (prendre soin) au monde, plutôt que « l’incuriosité » ; le savoir d’achat plutôt que le pouvoir d’achat ; le travail plutôt que l’emploi ; bref, il nous rappelle que l’être humain mérite mieux que sa réduction à la bête marchande, producteur ou consommateur de biens divers, plus ou moins nécessaires… Au consumérisme triomphant, il oppose l’économie de la contribution. Il nous indique enfin combien le monde des arts et de la culture porte une responsabilité spécifique dans cette période incertaine : analyser le monde qui change (discerner), notamment à travers les œuvres, et mobiliser pour une nouvelle critique, au sein même de la création artistique («chaque œuvre véritable est en soi une critique»). Et travailler, bien sur, à l’élévation (les élèves) plutôt qu’à l’abaissement des esprits, thème repris fortement par notre ami Robin Renucci. J’ai noté enfin combien le temps (la durée) est indispensable au travail véritable d’une œuvre. Ce que l’on nomme la fréquentation d’une structure ou d’une œuvre (relire, revoir, réentendre…) est indispensable à son appropriation véritable. Nous sommes bien loin des tour-opérateurs culturels, de la culture du résultat statistique, du nombre de spectateurs « touchés»…)

PS : je partage ces réflexions, non exhaustives, pour la seule nécessité de fixer ces quelques notes…J’imagine qu’elle feront écho chez quelques lecteurs !

 

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Bonnes fêtes à tous, si on ne se retrouve pas d'ici là !

Publié dans COUPS DE COEUR

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LALLIAS Jean-Claude 20/12/2012 17:35


La pensée de Bernard Stigler est stimulante car elle invite à peser (penser) notre rapport aux évolutions accélérées de notre société numérique et marchande. Il y a pour tous ceux qui
réfléchissent aux questions d'art et d'éducation à traduire ces réflexions en actions et en projets qui placent la durée et l'approfondissement au centre de leur démarche.