Je ne passerai pas à la télé !

Publié le par JGC

 

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Petite histoire singulière...

Je reçois, il y a peu, un coup de fil… « Bonjour, c’est pour l’émission de France 2, animée par Guillaume Durand. Nous invitons mercredi prochain le Ministre de la culture, Frédéric Mitterrand et Michel Drucker. Nous cherchons des interlocuteurs qui accepteraient de leur poser quelques questions. Votre éditeur nous a parlé de vous… »

Pourquoi pas ! Les occasions sont rares de débat public sur les questions de la culture, l’aventure m’intéresse autant qu’elle m’amuse. Je donne mon accord…

« Pourriez-vous nous indiquer en quelques mots les questions que vous souhaiteriez leur poser ? Ils ne les connaîtront pas avant l’émission ».

Soit ! Je demande quelques heures de réflexion.

Illico, j’appelle quelques amis pour affiner les questions que je souhaite soulever, afin de vérifier la pertinence et la justesse de mes propos. J’affine, je rédige et j’expédie.

Silence radio quelques heures, puis… nouveau coup de fil.

« Finalement, nous avons changé d’orientation, nous préférons un jeune homme pour poser des questions sur Internet… »

Et voilà comment, je ne passerai pas à la télévision !

Mais quelles étaient ces questions ? Je ne voudrais pas avoir travaillé pour rien, je vous les livre donc en exclusivité.

 

Voici le message expédié :

« Cher monsieur,

Comme suite à notre conversation téléphonique voici quelques réflexions sur les questions que je pourrais aborder avec vos invités, Frédéric Mitterrand et Michel Drucker.

 

A Frédéric Mitterrand,  je proposerais les trois questions suivantes :


1 / Quelle éducation artistique à l’école ?

Depuis près de 40 ans, avec des enseignants engagés dans des démarches d’éducation nouvelle, avec des artistes intervenants en milieu scolaire, des projets en partenariats, des formations dans les IUFM, les Universités d’été… nous avons défriché le terrain de ce que l’on appelle « l’éducation artistique à l’école »

De très nombreuses expériences et aventures ont été menées partout en France, avec le plus grand succès, alliant des ateliers de pratique artistique par les jeunes eux-mêmes, des relations aux œuvres (visites de musées, de lieux du patrimoine, de spectacles vivants…) et une réflexion (historique, technique, philosophique…) sur ces expériences.

En 2007, le Président de la République a fait de ce thème de l’éducation artistique une priorité… et demandé à ses ministres de mettre en œuvre une politique dynamique dans ce domaine.

Or, la décision principale qui a été prise et mise en œuvre, c’est un enseignement de l’histoire des arts, désormais obligatoire de la maternelle à l’université.

En même temps, une réduction des horaires à l’école primaire, a eu pour conséquence de réduire le temps disponible pour ce type d’activité…

Aujourd’hui la réforme des lycées remet en cause une part de ce travail…

Les formations autour de ces sujets dans les IUFM ont pratiquement disparues…

Nombre de praticiens vivent ces décisions comme une trahison de leurs engagements.

Pour le dire simplement, c’est comme si l’on décidait supprimer désormais le sport à l’école pour le remplacer par… à l’histoire des sports !

« Asseyez-vous, on va vous raconter l’histoire du football ! Et après vérification des connaissances acquises, certains auront le droit d’aller sur le stade frapper dans un ballon ! »

Pendant longtemps, le ministère de la culture a été en pointe sur cette exigence de qualité dans les projets d’éducation artistique, sur la présence des artistes dans ces activités, sur le rapport des enfants et des jeunes à la création contemporaine (et pas seulement au patrimoine et au passé)…

Comment pouvez-vous influencer votre collègue de l’éducation nationale, pour que des temps, des espaces, des moyens véritables soient consacrés à ces activités artistiques comme élément majeur de la scolarité, comme cela existe par exemple dans la plupart des pays anglo-saxons ?

 

2/ Comment l’Etat et les collectivités territoriales peuvent poursuivre le financement de la culture ?

Le paysage artistique et culturel français s’est construit, progressivement, depuis la seconde guerre mondiale, tel un véritable château de cartes ! A la fois superbe et fragile !

L’Etat d’abord, ensuite les villes, les départements, les régions… ont organisé et financé, souvent ensemble et de manière volontariste, des équipements, des structures, des projets  (musées, théâtres, festivals…)… dans un esprit de démocratisation progressive.

Cela offre aujourd’hui un paysage très riche, très diversifié, que de nombreux pays nous envient.

Or, une grande angoisse pèse actuellement sur cet ensemble, notamment sur la capacité à venir des collectivités territoriales à poursuivre leurs engagements dans le domaine de l’art et de la culture. (Actuellement, 85% des financements publics de culture proviennent des collectivités territoriales !)

D’une part, la réforme à venir des collectivités locales risque d’enlever tout ou partie des « compétences » culturelles aux départements et/ou aux régions.

Pouvez-vous confirmer que ces inquiétudes sont infondées et qu’elles demeureront autorisées par la loi à s’investir dans ces domaines ?

D’autre part, la suppression de la taxe professionnelle risque d’enlever à nombre de collectivités les moyens de mener une politique culturelle véritable.

Exemple : j’étais très récemment à Cordemais, petite collectivité des Pays de la Loire dans laquelle se trouve une centrale électrique. Cette petite commune finance notamment un théâtre, une équipe, un festival…. grâce à la taxe professionnelle ! Le maire est extrêmement inquiet pour la suite, persuadé que très vite, il n’aura plus ces moyens et devra sacrifier, en premier lieu, les aventures culturelles.

Ailleurs, dans le département de la Seine Saint-Denis, ce sont les structures liées au livre et à la lecture qui sont menacées par un Conseil Général étranglé financièrement par les dépenses sociales (-17% pour la culture).

Dans les Côtes d’Armor, moins 20% à toutes les associations culturelles…

Partagez-vous ces inquiétudes ? Quelles garanties L’Etat peut-il apporter à ces craintes ?

Car au fond, dans un château de cartes, il suffit d’en enlever une pour que tout l’édifice s’effondre !

 

3/ Quel est aujourd’hui le rôle du ministère (et du ministre) de la culture ?

Le ministère (et le ministre) de la culture tiennent, dans notre pays, un double rôle : à la fois réel et symbolique.

Rôle réel de gestion d’un budget et d’une politique artistique, d’organisation et de direction d’une administration, de financements, de règlements, de lois, etc…

Mais aussi rôle symbolique d’orientation, de parole, d’impulsion, d’entraînement, finalement de représentation du domaine des arts et de la culture, au sein de la République.

Certains de vos prédécesseurs ont marqué fortement en ce sens leur passage :

- André Malraux bien sûr, qui fut le premier… à impulsé un développement culturel du pays

- Jack Lang, qui fut le plus longtemps en poste, a ouvert largement le champ culturel

... or, il me semble très difficile aujourd’hui de percevoir votre propre singularité dans ce domaine.

Quelle grande orientation souhaitez vous donner à la politique artistique et culturelle de notre pays, à l’heure de la grande « Bataille de l’imaginaire » et de l’individualisme triomphant ?

Vous qui êtes un homme de communication, on vous entend assez peu.

Est-ce par modestie ?

Ou par impuissance à entraîner vos collègues du gouvernement dans une grande politique d’action et de développement culturel, qui impliquerait des coopérations très fortes d’autres domaines : l’éducation, l’action sociale, la jeunesse, la ville… ?

Ou encore, plus gravement, parce que la question culturelle n’intéresse plus grand monde dans les sphères politiques ?

 

 


 A Michel Drucker, je suggère deux questions :

1/ Pourquoi toujours les mêmes à la télé ?

La télévision, dans sa dimension la plus intelligente, et notamment dans son esprit de « service public »  est un formidable outil de distractions autant que de connaissances et de cultures.

Vous êtes l’un des représentants les plus pertinents de cette dimension télévisuelle populaire.

Je suis frappé cependant de cette pratique qui consiste, pour l’essentiel, à inviter en permanence des gens dont la notoriété est déjà faite.

On fait (re)connaître ce qui est déjà connu…

et ce faisant, on laisse dans l’ombre des pans entiers de la société – notamment du monde artistique et culturel, mais pas seulement – qui ne passent pas et ne passeront probablement jamais dans aucune émission de télévision à une heure d’écoute confortable.

Combien d’artistes remarquables, auteurs, metteurs en scène, musiciens, équipes de création… oeuvrent dans notre pays sur des terrains très divers, mais restent inconnus du « grand public » faute de la moindre  fenêtre de visibilité audiovisuelle…

J’aimerais savoir quelle est la logique qui pousse à maintenir cette situation :

 - est-ce le média télévisé qui empêche d’ouvrir à des aventures moins spectaculaires?

- est-ce le principe de l’audimat qui mène à une concurrence inévitable ?

Le « service public » de la télévision peut-il élargir le champ de ses invités ? Comment ?

Ne peut-on imaginer, par exemple, une séquence « l’inconnu du dimanche », entre JP Coffe et Anne Roumnoff, qui mettrait en lumière une aventure, une œuvre, une démarche  singulière… qui profiterait de votre talent et de votre puissance médiatique pour atteindre un large public ?


2/ Est-ce que la suppression de la publicité à la télévision publique change véritablement les choses ?

On assiste aujourd’hui à un réveil du débat sur la suppression de la publicité à la télévision.

Faut-il ou non poursuivre ce projet et supprimer totalement la publicité, y compris avant 20 heures, sur les chaînes publiques ?

Au-delà des questions de financement et de budget, et leur dimension politique, qu’en est-il de l’effet réel de cette suppression sur la nature et la qualité des programmes ?

Est-ce que cela permet (ou non) de modifier réellement l’esprit et la nature des programmes ?

Et que pensez-vous de la proposition alternative (qui avait été faite par le pédagogue Philippe Meirieu) d’interdire la publicité, 10 minutes avant et 10 minutes après les émissions pour enfants ?

Une telle mesure aurait évidemment eu un sens éducatif très fort ! J’en reviens à la préoccupation éducative….


Jean-Gabriel Carasso

L’émission passera mercredi soir sur France 2.

Sans moi.

A vos postes !

Publié dans POUR RIRE

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Catherine 07/05/2010 10:30



Forcement avec ce genre de questions on ne passe pas a la tele!!! Tout le monde le sait (a part peut-etre les fans de Druker et Patrick Sebastien et Johnny, ce genre de gens quoi!)


 



Philippe 19/04/2010 22:41



Décidement, Durand est toujours le même : du sensationnel rien que du story telliing :


Nous allons faire une manif pour que tu puisses passer @FOG où tu auras le dernier mot...


C'est de bien meilleur niveau !


L'émission la meilleure aujourd'hui restant : ONE SHOT NOT chaque jeudi soir /ARTE



JC LALLIAS 17/04/2010 18:54



M'est avis que tes questions, toutes parfaitement fondées et argumentées - ont plutôt fait peur... La télé décidément n'aime pas qu'on développe les thèmes, juste la mousse et le survol, si
possible complaisant !!!


Ils ont probablement pensé que tu en savais trop sur le sujet et que le "grand public" de cette émission devra se contenter de questions moins spécialisées. 


C'est à prendre comme un bon test : faut faire jeune et rapide, du genre "Frédo, est-ce que tu continues à faire du scooter dans Paris ?". Ca, ça intéresse tout le monde, c'est bien connu !!!

Je suis en colère que tu n'aies pas eu cette occasion : les grands médias me font hurler (sauf peut-être Taddéi qui laisse l'espace, mais il ne traite pas de ces sujets !!!).