Education artistique : nouvelles du front !

Publié le par JGC

Th-image2.jpg1/ Le ministère de la culture et de la communication achève aujourd'hui sa Consultation nationale sur l'éducation artistique et culturelle. L'Oizo n'a pas été invité mais a souhaité participer à la fête en postant sur le site du ministère une "contribution spontanée" que voici :

 

“Pour un pôle national de références”

(vers un “Institut national de l'éducation par l'art.”)

 Le champ institutionnel de l'éducation artistique et culturelle (EAC) se construit progressivement dans notre pays, notamment depuis les années 70. Bien des étapes institutionnelles sont venues compléter ce mouvement, qui n’aurait pu se développer sans les engagements conjugués d'artistes engagés, d'enseignants progressistes, de structures culturelles et éducatives innovantes, d’associations militantes, de collectivités territoriales volontaristes... pour dessiner le paysage complexe et diversifié que nous observons aujourd'hui.

Avec l'engagement du Président de la République et du Gouvernement, une nouvelle étape s'annonce, qui vise à la “généralisation d'un accès des jeunes à l'art et à la culture”.

Je ne reviendrai pas ici sur les nombreux écrits que j'ai eu l'occasion de publier, depuis plusieurs années autour de ce sujet, ni sur les principes et propositions qu'ils contiennent ; pas plus sur le texte commun “L’éducation artistique : c’est maintenant” publié dans Liberation (9 octobre 2012) qui reprend l’essentiel du sens que nous entendons donner à nos actions. Je suppose acquises les réflexions qui s'y trouvent, espérant qu’elles nourissent ceux qui ont aujourd’hui la responsabilité de construire la nouvelle politique annoncée.

Je voudrais m'en tenir à une seule proposition, nouvelle, qui concerne la nécessité absolue, à mes yeux, d'accompagner toute politique de développement dans le domaine qui nous occupe, par la mise en place d'un “Pôle national de références” (vers un Institut national de l'éducation par l'art).

Je m'explique !

 Qu'elles que soient les décisions qui seront prises prochainement, les dispositifs mis en œuvre, les budgets consacrés, les modes d'organisation suggérés entre les différents acteurs (État, collectivités territoriales, acteurs de terrain...) il est évident que le paysage demeurera fragmenté, multiple, diversifié, compte-tenu de la décentralisation, de l'histoire et des géographies territoriales, des engagements passés, des projets variés, des acteurs multiples concernés.

Cette diversité inévitable peut être un atout pour la qualité et l'innovation des chantiers mis en place, pour la proximité avec la création artistique, pour l’appropriation territoriale des projets... Elle peut aussi mener à la cacophonie la plus inaudible, à la perte du sens, à la fragilité d’une politique nationale, chacun s'engageant dans des actions particulières sans véritable réflexion, sans référence, sans évaluation, sans formation.  Derrière les mots d'éducation, d'art et de culture, chacun pose une définition singulière, parfois divergente. Ce danger-là existe déjà, il pourrait s'amplifier si l'on n'y prend garde, dévoyant le sens-même de ce que nous tentons d'instituer depuis tant d'années.

 C'est pourquoi je suggère la mise en place du "Pôle national de références" (Institut national de l'éducation par l'art).

 

De quoi s'agit-il ?

 Deux exemples peuvent aider à comprendre l'esprit de cette proposition.

 D'abord l'INJEP (Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire) qui fut mis en place en 1953 comme outil de coordination, de formations, de réflexions et de publications sur les actions et les politiques de jeunesse et d'éducation populaire, nées dans le sillage du Front populaire, de la guerre et de la Résistance. Dans leur très grande diversité, les actions d’éducation populaire menées par des acteurs associatifs multiples ont trouvé à l'INJEP un lieu essentiel d'évaluations, de formations d'études... Plusieurs générations de responsables, animateurs, éducateurs, ont été accueillies dans les locaux de Marly-le-roi, particulièrement bien adaptés à ces rassemblements multiples. Aujourd'hui encore, Valérie Fourneyron affirme que l'INJEP, bien qu'amputé de ce lieu historique, demeure un "élément stratégique" de sa politique d'éducation populaire.

 Second exemple : l'Observatoire des politiques culturelles de Grenoble, fondé à la fin des années 80 à l'initiative notamment de René Rizzardo. Un tel projet répondait avant tout au constat du développement progressif des politiques culturelles territoriales, de l'engagement croissant des collectivités et de la professionnalisation de ses personnels. Face à la diversité des situations, des engagements et des pratiques territoriales, l'OPC assure depuis plus de 20 ans le rôle de "pôle national de référence", par ses études, ses conseils, ses publications, ses formations, ses relations internationales...

 De ces deux exemples, on retiendra que plus les actions se  développent, plus elles se diversifient, plus elles se décentralisent, plus elles acquièrent une dimension autonome, plus il importe de disposer d'un outil de convergence, de coordination, de mise en réseau, d'évaluation et de formation qui offre à la politique engagée une référence à l'histoire, au sens commun, au dialogue des pratiques.

Au moment précis de l'histoire de l'EAC que nous vivons, il me semble indispensable d'inventer une structure de ce type.

 

Pourquoi faire ?

- Sans doute pour capitaliser les expériences formidables qui ont été menées depuis plusieurs décennies dans notre pays, pour rassembler les travaux théoriques importants qui les ont accompagnées, pour transmettre aux jeunes générations d'enseignants, d'éducateurs, d'artistes, de responsables culturels, d'élus... des savoirs, des savoirs faire, des réflexions.

- Pour offrir à tous ceux qui le souhaitent les éléments de ressources nécessaires au développement de leurs projets territoriaux... Aide à la conception, à l’évaluation...

- Pour favoriser, à partir d'une analyse conséquente des pratiques, le dialogue indispensable entre les différents acteurs engagés... Favoriser la mise en réseau transversale, notamment des associations militantes...

- Pour rendre lisible la fragmentation inévitable de la politique menée...

- Pour assurer une présence significative dans le domaine de la formation des formateurs, élément incontournable d'une politique durable...

- Pour contribuer à la production d'outils pédagogiques adaptés... Etc.

La liste n'est pas exhaustive.

 

Comment faire ?

L'outil que j’évoque ici n'existe pas, il n'a pas de modèle et implique donc un travail d'innovation et de réflexion à mener en préalable.

Je suggère donc la mise en place d'une mission d'étude et de préfiguration, limitée dans le temps, qui pourrait rendre ses conclusions dans quelques mois, pour une mise en œuvre effective à la rentrée 2014.

Cette mission pourrait être confiée à un expert, une commission spécifique ou un organisme existant, associant plusieurs personnalités venues d'horizons divers.

Son travail consisterait à formuler les objectifs précis du Pôle national, son lieu d'implantation, ses axes de travail, sa structure, son budget...

Elle pourrait aussi s’engager au plus vite dans des actions significatives de préfiguration.

 

Je suis persuadé que l'annonce d'une telle innovation, associée à l'ensemble du Plan national prévu, apporterait un surcroît de sens et de crédibilité à la politique nouvelle engagée.

Elle marquerait autant le souci qualitatif, que la volonté de sens, de cohérence et de transmission, recherché...

 


2/ Ce même jour est rendu public le projet de loi sur la "refondation de l'école" qui devrait être présenté en janvier prochain. L'éducation artistique y est évoqué en ces termes :

 

"L’éducation artistique et culturelle est un puissant levier d’émancipation et d’intégration sociale. Les initiatives ont été multiples ces dix dernières années, mais sans cohérence d’ensemble et de façon souvent contradictoire entre les objectifs affichés en matière de réduction des inégalités d’accès à la culture et de pratiques artistiques, et les réalisations en termes d’atteinte des publics d’élèves défavorisés.
Afin de réduire ces inégalités et de favoriser un égal accès de tous les jeunes à l'art et à la culture, il est mis en place un parcours d'éducation artistique et culturelle personnalisé tout au long de la scolarité des élèves.
Ce parcours doit leur permettre d’acquérir des savoirs artistiques et culturels, de pratiquer les arts, de découvrir des œuvres, des artistes, des monuments et des lieux à caractère artistique et culturel. . Ce parcours doit s’appuyer sur les apports conjugués de l’institution scolaire et de ses partenaires, collectivités locales, institutions culturelles, associations. A cette fin, il faut mieux structurer ce partenariat et travailler à une complémentarité entre les interventions sur des temps éducatifs articulés entre eux : temps scolaire, péri et extra scolaire."


 

projet loi

 

Parcours, pratique, découverte... Nous n'avons pas travaillé en vain ! On devrait pouvoir inventer de belles choses dans ce cadre, si la formation et les moyens accompagnent cette politique... A suivre donc !

 

Voir l'intégralité du texte sur Libération.fr

 

3/ Et toujours disponible, le texte collectif "L'éducation artistique : c'est maintenant !" qui a reçu à ce jour près de 500 signatures. C'est ici...

 

 

 


 

 

 

Publié dans ACTUALITES

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Patrick Leonard 07/12/2012 20:55


Très intéressant, et une réelle question en Belgique aussi, où aussi est remis en question l'enseignement supérieur artistique ...


Tellement de belles actions à mener au sein des écoles, tournées vers les élèves!