L’art, la culture, la République.

Publié le par JGC

Petite note du dimanche soir.
A force de débattre sur le non-débat culturel dans la campagne présidentielle, il finit par se dire et s’écrire pas mal de choses. Ep2c rend compte de quelques pistes sur son blog.

Hier, nouvelle contribution dans un grand journal du matin : un entretien avec Frédéric Martel, spécialiste des industries culturelles, ancien attaché culturel aux Etats-Unis, sous le titre « Il faudrait créer des milliers de petits ministères de la culture ». Texte décapant, engagé et provocateur, particulièrement critique sur la gestion actuelle du ministère de la culture. Extraits.
« Chez nous, l'Etat, les régions et les villes continueront à jouer un rôle essentiel. Si on ne peut supprimer le ministère, on peut au moins en tracer le bilan, à l'heure où Donnedieu déclare qu'il «souhaite rester ministre de la Culture». Quelle outrecuidance : en c
ommunication, il a réussi – RDDV est un bon attaché de presse de son image –, mais en ministre de la Culture, il a totalement échoué. Son administration est désorganisée et démoralisée, son action clientéliste, ses nominations médiocres, son cabinet calamiteux. On a un ministère asphyxié, à la tête d'un système culturel fossilisé. »…
« …il faut définir un cap : décentraliser, privilégier la fiscalité sur la subvention, casser le catéchisme culturel français reflétant le consensus des élites, permettre une réappropriation citoyenne de la culture, valoriser la diversité réelle des cultures, favoriser toutes les autonomies. En un mot : en finir avec une culture sous tutelle. »
 Lire tout le texte.

Derrière ces propositions, en écho aux interventions très riches tenues au Théâtre des Bouffes du Nord, notamment par Patrick Champagne et Marie-José Mondzain lors de la prise de parole organisée par la revue Cassandre (publication à venir), j’entends en vérité une même question : « Quelle peut-être aujourd’hui une politique artistique et culturelle républicaine, adaptée aux changements du monde, soucieuse de diversité, de lien social, de laïcité, résistante aux forces du marché et à l’impérialisme de l’imaginaire ? »
J’écris « républicaine » pour ne pas écrire « nationale » ou « de l’Etat ». Car à l’évidence, quel que soit le mode d’organisation et de répartition des rôles et des compétences entre les différents ministères, entre l’Etat et les collectivités territoriales, c’est de la République dont il s’agit, à savoir une certaine idée (et une pratique certaine) de quelques valeurs communes et essentielles. Ces valeurs sont largement partagées, par des responsables politiques, des élus territoriaux, des professionnels de l’art, des citoyens, des associations… Encore faut-il trouver les modes de « co-production » des politiques publiques, à peine ébauchées aujourd’hui. Ce pourrait être le grand chantier des années à venir… Faut-il pour cela en finir avec toute idée de "service public" et s'approcher au plus près du modèle américain tel que nous le propose l'auteur de ce texte? Difficle à croire. Et pourtant, un grand courant d'air serait salutaire !
En vérité, le débat sur « l’identité nationale », lorsqu’il n’est pas instrumentalisé au profit d’idéologies nauséabondes, recouvre-t-il autre chose que la nécessité, en cette période de mutation, de formuler le sens-même de la République ? C’est-à-dire ce qui nous rassemble dans une diversité en mouvement ?
Bonne nuit !

PS : voir aussi " pour une nouvelle politique culturelle : 25 propositions " par Frédéric Martel


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