Critique, jugement, évaluation…

Publié le par JGC



Vu samedi dernier « Les Ephémères » du Théâtre du Soleil, entrée à 15h, sortie à 23h. Un spectacle déroutant, attachant, irritant, déprimant et pourtant fascinant… Des « tranches » de vie, souvenirs ravivés par las acteurs de moments traumatisants, émotions à vif. Difficile de parler de ce travail artistique complexe. Je m’interrogeais sur la manière de rassembler quelques arguments, de traiter du sens, du risque, de l’émotion, du jeu, de l’espace, de l’aventure majeure de ce Soleil qui n’en finit pas de briller… quand je suis tombé, ce matin, sur la « critique » du journal le Nouvel Observateur. Affligeante ! Et significative. La journaliste y raconte l’espace, le dispositif, les horaires, les entrées et sorties, la forme, la musique… pour conclure « C’est plus qu’un grand spectacle : un moment de vie, prenant comme le temps qui passe, l’instant qui s’évanouit. » Elle a aimé. Soit ! Mais encore ?

Qu’apprend-t-on de ce texte. Rien, en vérité. Une description et un bref jugement, mais encore ? A quoi sert la critique artistique ? Qu’en aurait dit, par exemple, Bernard Dort, qui fut un grand ami du Soleil et fin dramaturge ? Qui nous aidera, par le regard et le commentaire, à nous faire une idée plus claire de ce à quoi nous avons assisté ? Décidément, l’art de la critique artistique, théâtrale en particulier, se perd. Et c’est dommage, pour le théâtre lui-même.


En vérité, on confond allègrement la critique, le jugement et l’évaluation. Le jugement, chacun y est apte, il est de l’ordre de la subjectivité. J’aime, j’aime pas ! Ça me touche, ça me laisse indifférent, ça m’exaspère… La critique est plus difficile, il s’agit d’argumenter, de lire, de saisir, d’analyser, d’aider ceux-là même qui se sont exprimé à saisir ce qu’ils ont produit. Miroir de la pensée, la critique devrait être une véritable réflexion (le miroir aussi, réfléchit !) L’évaluation, enfin, devrait être un processus de co-réflexion entre l’intérieur et l’extérieur, entre les acteurs et ceux qui les entourent, pour tenter d’atteindre, dans un mouvement de débat dialectique, une part de vérité assumée par chacun. Rien à voir, on le comprend, avec les caricatures d’évaluation que l’on nous propose ici et là.


A ce propos, signaler la réflexion fort pertinente sur le sujet de l’évaluation des politiques culturelles, produite et rédigée par le Doc Kasimir Bisou. C’est le texte le plus clair que j’aie lu sur ce sujet et vous le recommande, pour peu que cette question de l’évaluation, (qui ne manquera d’encombrer tous les débats à venir), vous intéresse.
Il est ici.

PS : EP2C me signale le programme de José Bové, pour ceux qui le cherchent.
Il est écrit notamment:

"Changer la donne du partage des connaissances et des cultures. Mettre fin aux inégalités scolaires, ouvrir à toutes et à tous les arts et œuvres de l’esprit ; permettre à chacun-e de maîtriser toutes les technologies de communication ; développer une démocratie culturelle associant citoyens et professionnels ; promouvoir le principe d’exception culturelle pour tous les peuples, afin de protéger la diversité culturelle en la mettant à l’abri des règles du marché."

La suite est ici.


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