Culture et politique : quel débat ?

Publié le par JGC

Voici plusieurs semaines que l’absence de débat sur les questions culturelles dans le débat politique… fait débat !
Ici et là, quelques bouées ont été lancées : La revue Cassandre, est à l’origine d’un Appel public qui rassemble plusieurs centaines de signatures. Arte et France culture ont récemment organisé un colloque intéressant sur le sujet. Les éditions de l’attribut suivirent au TEP, le 11 décembre dernier, après les publications de "Nos enfants ont-ils droit à l’art et à la culture ?" de votre serviteur, et de "La culture pour qui ?" de Jean-Claude Wallach. Télérama, sous la plume de Daniel Conrod, se fait écho de la problématique et la Lettre du spectacle recense quelques positions politiques. La liste n’est pas exhaustive. Les initiatives ne manquent pas pour tenter d’agiter le bocal. Et pourtant…

Pourquoi est-ce si difficile d’enclencher un débat public véritable sur ce sujet ? Quelles sont les raisons qui rendent ce thème aussi peu porteur du point de vue politique (il faudrait dire «électoral»), alors même que la question générale de la culture, au sens des valeurs partagées d’une société, n’a jamais été aussi urgente dans la période de bouleversement anthropologique qui est la nôtre ? Pourquoi la culture demeure-t-elle "l’impensé politique de nos sociétés", selon la formule de Catherine Trauman rapportée par Jean-Claude Pompougnac ?

Les raisons sont évidemment multiples. J’oserai cependant une hypothèse principale : c’est en vérité le mot même de "culture" qui n’a plus aucun sens pour notre société. Nous passons allègrement de l’art à la culture, au culturel, à la diversité et à l’exception… De l’industrie à l’anarchie la plus vive, de la démocratisation à la démocratie, de l’institution à la friche, de la consommation à l’éducation… J’en passe ! Le terme est d’une telle polysémie, les pratiques et les conceptions si différentes, que quiconque tente de s’en emparer se trouve aussitôt pris au piège du langage. Le choix est alors tragiquement limité, pour le politique, entre le silence absolu et la généralité la plus banale.
Je me dis parfois qu’il vaut mieux qu’ils se taisent…

Sur ce thème, un livre de Marc Bélit "Le Malaise de la culture / Essais sur la crise du modèle culturel français" vient à point. Cet ouvrage, très nourri, nous offre quelques réflexions utiles, rappelant notamment l'évolution des concepts au fil de ces cinquante dernières années et les conséquences de ces glissements progressifs de la "culture" au "culturel" sur les politiques et les actions elles-mêmes. Sources du "Malaise" évoqué... (A propos, Freud publiait en 1930 un ouvrage intitulé "Le malaise dans la culture". Aucun rapport ?)

Je partage l’idée que ce n’est pas "la culture" qui est en cause, ni en malaise, mais bien le discours que l’on porte sur elle. C’est la manière de concevoir (collectivement) le processus indispensable de production et d’appropriation des langages symboliques, qui doit être revisité, reformulé, revivifié au regard de nos cinquante années de politiques publiques et des bouleversements du monde et des techniques.
Cela ne pourra se faire que sur des bases clarifiées de langage, avec la participation la plus large des artistes, des médiateurs, mais également des acteurs sociaux, éducatifs, économiques, politiques...
« Il reste à penser le monde qui apparaît sous nos yeux. Il reste à faire en sorte que se fabrique, jour après jour, le partage du sensible. » note Daniel Conrod. J’ajoute : il reste à trouver l’espace, le temps et les conditions d’un débat véritable sur la « bataille de l’imaginaire » dans laquelle nous sommes plongés. La méthode me semble plus importante que les contenus, au stade où nous en sommes.

Si ce petit bout de blog peut y contribuer !


PS : Deux information du jour en écho.

1/ L’émirat d’Abou Dhabi se paye Le Louvre. Un musée du même nom sera prochainement créé là-bas pour la modeste somme de "plus de 500 millions d’euros". Après tout, Disneyland se trouve bien sur tous les continents ! A quand une Tour Eiffel au Burkina Faso, un Château de Versailles en Somalie, un Festival d’Avignon dans le grand nord québécois ? Allez… je plaisante ! (Je suis passé une fois en escale à l’aéroport d’Abou Dhabi, ouvert 24h/24h. Il est d’une architecture surprenante et significative : c’est une gerbe de pétrole en béton !)

 2/ Pour ceux qui militent en faveur d’une urgente "éducation à l’image" : un garçon de 10 ans s’est pendu accidentellement aux Etats-Unis, le soir du nouvel an, en voulant imiter la pendaison de Saddam Hussein qu’il venait de voir à la télévision. Au Pakistan, un enfant de 9 ans s’était déjà suicidé dans les mêmes conditions. Et tous ceux qui ne sont pas morts ? C’est ce que l’on appelle des "jeux dramatiques" !

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JérÎme thomas 08/01/2007 14:25

Cher Jean Gab,

bel article dans l'édito.
je rajouterais en tant qu' artiste de tournée en France. il n'est pas rare de voir sur le terrain, des directions de théatre ne plus savoir qui inviter et pourquoi.
un malaise de peur face aux carnassiers d'élus qui pensent savoir ce qui est bon pour le peuple.
et peut être un certain dégout de leur fonction par une overdose des saisons qui s'enchainent.
la consommation des spectacles est évidente, pourtant nous sommes que je sache encore en service public.
c'est cette ambiguité qui les rendent mal a l'aise.
En ce qui concerne les Cie, ce n'est même pas la peine d'en parler.
c'est dramatique.
époque merdique, c'est pas grave, mais il faut mieux le savoir.
à bientôt,

(sinon, j'ai planté mon systéme informatique, j'ai perdu mes photos, c'est pas grave non plus) on s'en sortira.
je te tel pour fixer un RV je suis sur Paris le 15 et le 16 janvier. on peux se voir.


jérôme.