FLASH BACK...

Publié le par JGC

La fin d'année est propisce aux rangements. Dans le cadre de ce grand mouvement de clarification, je retrouve incidemment le texte ci-dessous, un des premiers que j'ai rédigé, qui fut publié dans la revue de l'ATAC (Association technique pour l'action culturelle, aujourd'hui disparue) dans le début des années 70... (Ceux qui pourraient me dire la date exacte me rendraient service). Les mots d'auourd'hui ne sont plus ceux-là, mais les contradictions ont-elles pour autant disparu ? Je vous laisse le soin d'en juger...


VIVE LA CREANIMATION

(lettre ouverte à certains camarades professionnels et quelques autres)

Trop, c'est trop! Je craque.
On le croyait sorti par la porte ... Le voilà qui revient.
Par la fenêtre.
On le croyait devenu raisonnable.
Sinon raisonnable, du moins modeste. Ou tolérant.
Mais non.
Il est de retour.
Agressif plus que jamais.
(Mais pourquoi donc ?)
Je le retrouve partout,
de réunions en colloques, de séminaires en discussions de bistrot ...
Le «Créateur» est parmi nous.

Il y a quelque temps, un vieux débat nous animait (!).
Vous souvenez-vous ?
C'était en quelle année déjà ?
Il y avait ceux de la CREATION
et ceux de l'ANIMATION.
Les CULTURELS et les SOCIAUX-CULS
les ARTISTES ... et les BOYS-SCOUTS
(à moins que ce ne soient des «instits»  ou des «curés» ... )
Chacun campait irrémédiablement sur ses positions, traitant l'autre d'élitiste
ou de réactionnaire, de populiste
ou d'irresponsable ...
J'en passe.
C'était la guerre.

Puis, vint le temps de la nuance.
On convint ici et là (ici ou là), que l'on avait peut-être exagéré.
Qu'après tout, les choses pouvaient sans doute (dialectique oblige) co-habiter.
Que l'opposition entre les deux pratiques n'était pas forcément définitive.
On procéda donc à une paix temporaire.
D'autant plus aisée que quelques crédits venaient permettre aux uns et aux autres d'affirmer leurs identités.
De l'os unique à partager, nous passions au repas, frugal mais spécifique, pour chacun.
De quoi apaiser le chenil.

Naïf. J'y ai cru.
Moi qui pratiquait tantôt une forme, tantôt l'autre.
Et souvent les deux à la fois, quand ce n'était pas une troisième, mêlant dans un même projet des aspects de CREATION (je veux dire de parole propre à notre groupe) et d'ANIMATION (la parole d'un autre groupe), j'avais baissé  ma garde.
Relâché l'attention.
Le combat n'avait-il pas cessé?
N'en étions-nous pas à des notions nouvelles de «développement» ou «d'intervention culturelle»,
qui devait permettre de travailler sur des objectifs différents (en tout cas différemment exprimés) ?

C'est-à-dire de découvrir (de CREER) des FORMES d'action novatrices ?

Naïf. J'y ai cru.

Mais voilà que quelques réunions nous rassemblent à nouveau, ici et là, pour débattre des orientations, de tel ou tel projet ministériel.
Colloquer, réfléchir?
Stupeur.
Ça repart.
La guerre n'est pas finie.
Ils sont toujours là. ,
Les «Créateurs» sont parmi nous.

Naïf, toujours, je m'interroge.
Mais qu'ont-ils donc de différent de moi ?
Qui les a fait «Créateurs»?
Quand le sont-ils devenus  ?
Comment?
Devient-on «Créateur» du jour au lendemain?
Y a-t-il une école du «Créateur»? (dirigée par Dieu le Père ?)
Une formation ? Des diplômes ?
Ou bien naît-on «Créateur»?
Est-on «Créateur» à plein temps ou à mi-temps ?
Reste-t-on «Créateur» en conduisant les camions, en préparant les demandes de subventions, en clouant les décors ?
Qui donc me dira si je suis «Créateur»?
Mes collègues ?
Mes copains ?
Mon ministère ?
Colette TRUC ou Michel MACHIN ?

Trêve de questions.
Quand ils me décrivent leur travail d'écriture, de mise en scène, de jeu théâtral,
je constate que je fais la même chose.
Si donc ils s'auto-proclament «Créateurs» en fonction de ces activités,
alors, à l'évidence, je le suis avec eux.
Et mes copains-collègues-camarades aussi.
Pleinement.
Puisque nous écrivons, réalisons, jouons des spectacles.
Quand ils décrivent encore ce qu'ils entendent par l'ANIMATION,
c'est-à-dire former, informer, proposer, animer des groupes d'individus les plus divers,
dans des formes multiples...
je m'y reconnais également.
Totalement.
Puisque nous faisons cela. Aussi.
Me voilà donc ANIMATEUR.

Mais qu'ils prétendent opposer une fonction à l'autre, voir les hiérarchiser (ils s'en défendent trop pour que cela se masque), et l'inquiétude me gagne.
Qu'ils affirment, enfin, que l'on ne saurait confondre le «Créateur» avec tout autre intervenant culturel... me voilà dans l'angoisse !
Serais-je donc un «cas» particulier, atteint de je ne sais quelle schizophrénie professionnelle ?
Ou encore, une sorte de «bâtard» culturel (on sait ce que valent les bâtards ?), qui ne pourrait jamais atteindre la «pureté» du «Créateur» ?

Soyons clair.
Je ne me sens à l'évidence, ni bâtard, ni schizophrène.
Et j'ai la sensation totale de n'avoir qu'une seule et même activité : le Théâtre,
qu'il soit mené par un groupe d'enfants, de malades, de syndicalistes ... ou de comédiens.
La sensation, aussi, de trouver partout le même intérêt, la même richesse, le même potentiel d'invention, de progrès et de développement.
de CREATION...

En faisant,
Et en faisant faire.

Que certains prétendent donc s'approprier le terme
(et tout ce qu'il représente de valeurs «supérieures»),
pour le réduire à leur propre travail. Voilà bien une position outrée.
Et inadmissible.

Il n'y a pas d'un côté, le «Créateurs» «venu d'ailleurs» et de l'autre le reste.
Il n'y a pas d'homme ou de femme, qui puisse s'auto-déclarer «Créateurs» à vie.
Il y a des gens qui pratiquent le Théâtre, dans des conditions et suivant des projets différents.
Ils sont donc «Créateurs» le temps de cette action.
Certains le font avec génie ...
D'autres avec talent...
D'autres avec métier avec chance ...
avec bonne volonté .
Avec obstination ...
Avec tout cela à la fois, de temps en temps.

Certains ne souhaitent le pratiquer qu'avec des acteurs professionnels et dans des institutions précises appelées THEATRES. .
C'est, bien entendu, leur droit le plus absolu.
Mais de grâce, qu'ils n'en confisquent pas pour autant les termes de «Créateur»
et de Création.

J'ai bien conscience de leur demander là un effort surhumain, qu'ils n'arriveront sans doute jamais à accomplir.

En attendant, et pour faciliter la chose, je propose donc aux autres, à tous ceux pour qui la pratique théâtrale ne forme qu'une seule et même activité,
qu'ils l'accomplissent entre professionnels ou avec des non-acteurs,
d'adopter avec moi le noble titre de CREANIMEUR, pour définir notre fonction.

Nous pourrons ainsi être ce que nous sommes.
Et faire ce que l'on fait.
Sans qu'à chaque instant, l'angoisse d'être autre chose
ne nous reprenne.

VIVE LA CREANIMATION !

Un CREANIMEUR professionnel
Jean Gabriel CARASSO


Publié dans TEXTES EN PARTAGE

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lehalle 01/03/2007 11:58

Les mots actuels des professionnels de  la culture : face aux créateurs -excellent  article - retour, aussi, du  public "le plus large possible" Ce GRAND  public , qui fait un peu plus d\\\'1,70 mètre.Grande présence des "entrées en résistance", aussi, de "la culture qui doit déranger". Mais "l\\\'éducation artistique pour tous tous" remporte tout de même la palme des expressions les plus employées , avec, tenant bien la corde aussi, l\\\'"inscription territoriale des projets (ou des acteurs de la création, ou des lieux..." et l\\\'"observation culturelle".