PLEURER SUR LE THEATRE ?

Publié le par JGC

Pleurer sur un âge d'or perdu empêche les politiques de voir le foisonnement créatif actuel.
Théâtre, quelle crise ?
Tel est le titre d'un article récemment publié par Jacques BLANC, directeur du Quartz, scène nationale de Brest, dans Libération du Vendredi 20 octobre 2006

Extraits et commentaires :
 
Le Festival d'Avignon a célébré en juillet Jean Vilar et «soixante années de décentralisation théâtrale» . Ces commémorations peuvent être vivifiantes quand elles nous aident à reconstituer notre généalogie faite de maîtres et de disciples reconnus, à condition qu'elles ne relèguent pas les dissidents aux poubelles de l'histoire. Or il est dans l'air du temps de condamner les contestataires de Mai 68, ceux qui criaient à Avignon : «Vilar Béjart Salazar» . L'imbécillité de ce slogan ne doit pas occulter ce qui portait ce mouvement : la dénonciation de la marchandisation de la culture et d'un festival accusé de devenir un supermarché de la consommation culturelle. ...
Lors du Festival d'Avignon 1968, Julian Beck ne fit rien d'autre que de revendiquer l'accès gratuit aux spectacles pour tous, la liberté et le droit à la transgression sur scène. Nous sourions aujourd'hui de certaines de ses naïvetés, mais ces faiseurs d'utopie sont la part maudite de notre histoire. Et il y avait déjà dans l'affrontement Jean Vilar-Julian Beck en 68, les turbulences de cette pseudo-guerre entre le texte et le corps qui ne cessera d'agiter les arts de la scène et qui sera au coeur de la polémique du Festival d'Avignon 2005. Cela fera bientôt quarante ans que toutes ces interrogations sur la participation du public et la place de l'artiste dans la société hantent le théâtre français. Ces «déviants» ont toujours été nécessaires pour repousser les limites d'un certain académisme théâtral, pour le mettre en crise, au point que, depuis une trentaine d'années, la crise est devenue l'état naturel du théâtre et sa dynamique propre...

Et je repense à cette phrase de Ionesco : "Il n'y a de crise au théâtre, que lorsque le théâtre n'exprime pas la crise !"
 On ne peut prôner la diversité culturelle sans en reconnaître la polyphonie et les errances qui nous sauvent du monolithisme. ..

Certes, mais alors, comment débattre de la question centrale du sens et de la qualité en art ?
La décentralisation comme projet commun référentiel à une vision humaniste et universelle de la culture a pris fin avec l'épuisement des grands récits de l'émancipation et l'émergence de la «post-modernité»,...
La décentralisation va se fragmenter et trouver son accomplissement dans la multiplication des pôles, chacun se revendiquant comme singulier et autoréférentiel. Le réseau des scènes et des festivals de toute sorte s'ouvre alors progressivement à l'hétérogénéité des styles contemporains. Cette ouverture s'est faite simultanément avec l'ouverture au monde, et ces deux effets conjugués ont suscité de nouveaux désirs d'un public avide de découvertes et d'inventions...

Mais quel public ? Lui aussi fragmenté, singulier...
Il ne s'agit plus aujourd'hui de perpétuer les vieux concepts opposant l'action culturelle et la création artistique, mais de mettre en tension l'art et la vie, de mettre l'art à l'épreuve de la vie, et la vie à l'épreuve de l'art.

Soit, mais comment? Tout est dans la manière de faire... Quel art ? Quelle vie ?
Comme les inégalités culturelles subsistent gravement, on fait peser sur nos esprits le remords d'une espérance égalitaire que nous aurions trahie, nous les héritiers de cet âge d'or. Le ressassement permanent de ce qui aurait été perdu fait du présent un âge négatif tant la cécité de certains «observateurs» des politiques culturelles est grande...

De quels "observateurs" s'agit-il? L'allusion intrigue pour qui, comme moi, collabore régulièrement avec l'Observatoire national des politiques culturelles !

On comprend bien alors que ce qui est en déclin, ce n'est pas la création artistique, ni le public, mais les présupposés idéologiques des politiques culturelles. Ce qui nous inquiète, c'est que nombre de responsables politiques reprennent en toute bonne foi ces clichés pseudo-sociologiques qui risquent de les conduire à une politique d'assujettissement de l'art et de la culture à un marketing social new-look.

L'art et la culture, au fond, échappent-ils vraiment à toutes sortes de marketings, le plus souvent inavoués ?
Or l'effondrement de ces idéologies ouvre la voie à une pensée et à une créativité à l'oeuvre tout particulièrement dans ces nouvelles expériences de l'art qui se jouent entre l'être soi et l'être ensemble. Ainsi sans reniement ni complaisance, ce qui s'est mis en route, c'est une post-décentralisation qui, tout comme la première décentralisation des pionniers du théâtre, se pose en héritière du futur et pas seulement du passé.

C'est joliment dit... cela mériterait cependant d'approfondir le débat.

En vérité, la lecture de ce texte m'a intéressé par sa publication même, tant le couvercle semble si fortement posé sur la marmite du débat artistique et culturel. Avez-vous entendu la moindre allusion sérieuse à ces questions dans la campagne pré-électorale que nous traversons? Les médias s'emparent-ils de ce débat ? Les professionnels de la profession participent-ils vraiment à une réflexion collective et publique ? Pourquoi si peu de débat public sur ce domaine ?

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