Dijon, le théâtre et la démocratie

Publié le par JGC

Il souffle sur Dijon un air de théâtre libre, engagé, affectueux, démocratique. Dans le cadre de son festival «Théâtre en mai», le Théâtre de Dijon Bourgogne, centre dramatique national dirigé par François Chattot, m’a invité à « modérer » une rencontre publique sur le thème «Politiques culturelles, théâtre et démocratie». Vaste sujet ! Une introduction vigoureuse et décapante de Jean-Michel Lucas (alias Doc Kasimir Bisou) suggérait que le «droit à la culture» (concept moteur de 50 années de politiques publiques dans notre pays) gagnerait à céder la place aux «droits culturels» des individus, tels qu’ils sont énoncés dans les textes de l’UNESCO sur la «diversité culturelle» (signés par la France, mais qui s’en souvient ?). Suggestion radicale de renversement du sens, et donc des actions et des politiques de la culture. Débat animé autour de ces questions entre artistes et politiques et confirmation, en vérité, que la confusion continue de régner sur nombre de termes (l’art, la culture, la politique, la démocratie…), provoquant ici et là des postures convenues, parfois fossilisées… Artiste et politique: je t’aime, moi non plus ! Et soudain, un moment théâtral, certes mal  joué mais tellement significatif ! Le maire de la ville en personne, avant de prendre la parole, quitte la tribune pour s’approcher des spectateurs dans la salle, désigne la table des intervenants en dénonçant les «sachants» ainsi rassemblés qui s’opposeraient au peuple réduit au silence dans les gradins… Malaise ! Surtout qu’aussitôt, il retourne au centre de la dite tribune pour tenir, à son tour, un discours d’autosatisfaction et de certitudes inébranlables sur la justesse de sa politique. Fermez le ban ! «Sachant» lui-même ! Malaise… Heureusement, à ses côtés, le metteur en scène Mathias Langhoff fait preuve d’une acuité féroce, se référant à l’Allemagne de l’Est et aux régimes totalitaires pour dénoncer toutes prétentions (nous n’en manquons pas !) à imposer au monde une conception «universelle» de «La Culture» qui serait, en vérité, «esclavagiste». Débat animé, vous dis-je !

Mais l’essentiel de ces journées passées à Dijon, ce fut pour moi un spectacle hors du commun : «les Corréens» de Michel Vinaver, par la compagnie Wuturi de Séoul, mise en scène par Marion Schoevaert et Byun Jung Joo (en coréen surtitré en français). Spectacle exceptionnel d’intelligence, d’énergie, de puissance et de poésie, associant la précision du texte de Michel Vinaver à la précision des corps non réalistes, de ce groupe d’acteurs d’une rare générosité. Spectacle juste, émouvant, parfois drôle, toujours captivant, qui fait se lever la salle au moment du salut. On se demande parfois pourquoi l’on accepte de s’ennuyer si souvent au théâtre, et bien pour cela : pour découvrir de temps en temps un moment de grâce de ce type, qui restera à jamais gravé dans la mémoire de spectateur. Et dire que ce spectacle ne fait l’objet d’aucune suite, d’aucune tournée prévue, que fort peu de «professionnels» semblent s’y intéresser. Dans quel monde (théâtral) vivons-nous ? Amis programmateurs, directeurs, conseillers, inspecteurs, amateurs… courrez vous renseigner. Faites venir ce spectacle pour l’offrir à vos publics. Succès assuré ! Merci au TDB de cette initiative, de ce souffle théâtral et démocratique…
« Théâtre en mai » continue !


Publié dans COUPS DE PUB

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