Ici et ailleurs

Publié le par JGC

1/ Eliane a 17 ans. Elle vit à Ouagadougou, fait des études brillantes. Sa mère est médecin, a été directrice de la santé au Burkina Faso et travaille actuellement à l’OMS. Son père est fonctionnaire au ministère de la culture, conseiller du ministre. Il fit ses études en France à l’époque où existait encore une « formation internationale culture» accueillant des étudiants de diverses nationalités. Il est aujourd’hui en charge du dossier sur la « diversité culturelle » pour son pays et suit, à ce titre, les réunions intergouvernementales à l’UNESCO. Rien d’un futur travailleur clandestin du bâtiment ou de la restauration…
Cette semaine, pour encourager sa fille, il lui offre de venir avec lui à Paris, visiter la ville et rencontrer ses amis français. Il me raconte les démarches, les obstacles, la galère pour obtenir un visa, finalement réduit à … 12 jours maximum ! « Imagine notre volonté de rester quelques jours de plus, ou si nous sommes surpris par une grève quelconque… aussitôt dans l’illégalité. » Le père est écoeuré et la fille, heureuse malgré tout de sa petite semaine à Paris, n’envisage pas du tout d’y revenir pour y faire des études. Elle ira aux USA, apprendra l’anglais… ou peut-être la Chine ! Ainsi va la politique française d’immigration « choisie »…
Pour la première fois depuis fort longtemps, j’ai honte de la politique de mon pays !

2/ J’entends ce soir dans le poste que des policiers parisiens ont reçu pour ordre de contrôler particulièrement les personnes venues des pays de l’Est. Ce qui est totalement illégal… Je pense à mon oncle, décédé il y a peu à près de cent ans, qui nous racontait comment il était entré illégalement en France au début du siècle dernier, en provenance de Varsovie, qui fut un résistant très actif pendant l’occupation et ne devint Français que quelques années avant son décès ! Avec une fierté immense et un accent polonais jamais perdu !

3/ Circule sur Internet cette belle Lettre du Président Evo Morales à l’Union Européenne
que je livre à votre réflexion

« Jusqu'à la fin de la Seconde guerre mondiale, l'Europe était un continent d'émigrants. Des dizaines de millions d'Europe partirent aux  Amériques pour coloniser, échapper aux famines, aux crises financières, aux guerres ou aux totalitarismes européens et à la persécution des minorités ethniques.
Aujourd'hui, je suis avec préoccupation le processus de la dite  “directive retour”. Ce texte, validé le 5 juin passé par les  ministres de l'Intérieur des 27 pays de l'Union européenne, doit être approuvé le  18 juin par le Parlement européen. Je perçois qu'il durcit de manière drastique les conditions de détention et d'expulsion des migrants sans  papiers, quelque ait été leur temps de séjour dans les pays européens, leur situation de travail, leurs liens familiaux, leur volonté et le succès de leur intégration.
Les Européens sont arrivés dans les pays d'Amérique latine et  d'Amérique duNord, en masse, sans visa ni conditions imposées par les  autorités. Ils furent toujours bienvenus, et le demeurent, dans nos pays du continent américain, qui absorbèrent alors la misère économique européenne et ses crises politiques. Ils vinrent sur notre  continent en exploiter les richesses et les transférer en Europe, avec un coût  très élevé pour les peuples premiers de l'Amérique. Comme par exemple dans le cas de notre Cerro Rico de Potosi et de ses fabuleuses mines qui  donnèrent sa masse monétaire au continent européen entre le XVIème  et le  XIXème siècle. Les personnes, les biens, les droits des migrants  européens furent toujours respectés.
Aujourd'hui, l'Union européenne est la principale destination des  migrants du monde, conséquence de son image positive l'espace de  prospérité et de libertés publiques. L'immense majorité des migrants  viennent dans l'Union européenne pour contribuer à cette prospérité, non  pour en profiter. Ils occupent les emplois de travaux publics,  dans la  construction, les services aux personnes et dans les hôpitaux, que ne  peuvent ou ne veulent occuper les Européens. Ils contribuent au  dynamisme démographique du continent européen, à maintenir la relation  entre actifs et inactifs qui rend possible ses généreux systèmes de solidarité sociale et dynamisent le marché interne et la cohésion sociale. Les migrants offrent une solution aux problèmes démographiques et financiers de l'UE.
Pour nous, nos émigrants représentent l'aide au développement que les Européens ne nous donnent pas – vu que peu de pays atteignent réellement l'objectif minimum de 0,7% du PIB d'aide au développement. L'Amérique Latine a reçu, en 2006, 68 milliards de dollars de transferts  financiers  de ses émigrés, soit plus que le total des investissements étrangers  dans nos pays. Au niveau mondial, ces transferts atteignent 300  milliards de dollars, qui dépassent les 104 milliards de dollars   octroyés au nom de l'aide au développement. Mon propre pays, la Bolivie,  a reçu plus de 10% de son PIB en transferts de fond des migrants (1,1  milliards de dollars), soit un tiers de nos exportations annuelles de  gaz naturel.
Il apparaît que les flux de migration sont bénéfiques pour les Européens et, de manière marginale, aussi pour nous du Tiers-Monde, vu que nous perdons des millions de personnes de main-d’œuvre qualifiée en  laquelle, d'une manière ou d'une autre, nos États, bien que pauvres, ont  investi  des ressources humaines et financières. Il est regrettable que le projet de “directive retour” complique  terriblement cette réalité. Si nous concevons que chaque État ou groupe  d'États puisse définir ses politiques migratoires en toute souveraineté, nous ne pouvons accepter que les droits fondamentaux des personnes  soient déniés à nos compatriotes et à nos frères latino- américains. La " directive retour "  prévoit la possibilité d'un enfermement des migrants  sans papiers jusqu'à 18 mois avant leur expulsion – ou “éloignement”   selon le terme de la directive. 18 mois ! Sans procès ni justice !

Tel qu'il est le projet de directive viole clairement les articles 2, 3, 5, 6, 7, 8 et 9 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948. Et en particulier l'article 13 qui énonce :
  “1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat.
  2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.” Et, pire que tout, il existe la possibilité  d'emprisonner des mères de familles et des mineurs, sans prendre en   compte leur situation familiale ou scolaire, dans ces centres de  rétention où nous savons que surviennent des dépressions, des grèves de la faim, des suicides. Comment pouvons-nous accepter sans réagir que  soient concentrés dans ces camps nos compatriotes et frères  latino-américains sans papiers, dont l'immense majorité travaille et s'intègre depuis des années ?
De quel côté est aujourd'hui le devoir d'ingérence humanitaire ? Où est la “liberté de circuler”, la protection   contre les emprisonnements arbitraires ?
 Parallèlement, l'Union européenne tente de convaincre la Communauté Andine des Nations (Bolivie, Colombie, Équateur, Pérou) de signer un  “Accord d'association” qui inclue en son troisième pilier un traité de libre-échange, de même nature et contenu que ceux qu'imposent les États-Unis. Nous subissons une intense pression de la Commission  européenne pour accepter des conditions de profonde libéralisation pour le commerce, les services financiers, la propriété intellectuelle  ou nos  services publics. De plus, au nom de la “protection juridique”, on nous  reproche notre processus de nationalisation de l'eau, du gaz et des télécommunications réalisés le Jour des travailleurs. Je demande, dans  ce cas : où est la “sécurité juridique” pour nos femmes, adolescents, enfants et travailleurs qui recherchent un horizon meilleur en Europe ?
Promouvoir d'un côté la liberté de circulation des marchandises et desflux financiers, alors qu'en face nous voyons des emprisonnements  sans jugement pour nos frères qui ont essayé de circuler librement... Ceci  est nier les fondements de la liberté et des droits démocratiques.
Dans ces conditions, si cette “directive retour” devait être approuvée, nous serions dans l'impossibilité éthique d'approfondir les négociations  avec l'Union européenne et nous nous réservons le droit d'imposer aux   citoyens européens les mêmes obligations de visas qui nous
ont été  imposées le 1er avril 2007, selon le principe diplomatique de réciprocité. Nous ne l'avions pas exercé jusqu'à maintenant, attendant justement des signaux positifs de l'UE.
Le monde, ses continents, ses océans, ses pôles, connaissent d'importantes difficultés globales : le réchauffement global, la pollution, la disparition lente mais sûre des ressources  énergétiques et de la biodiversité alors qu'augmentent la faim et la misère dans tous  les pays, fragilisant nos sociétés. Faire des migrants, qu'ils soient sans papiers ou non, les boucs émissaires de ces problèmes globaux,  n'est   en rien une solution. Cela ne correspond à aucune réalité. Les problèmes   de cohésion sociale dont souffre l'Europe ne sont pas la faute des   migrants, sinon le résultat du modèle de développement imposé par le Nord, qui détruit la planète et démembre les sociétés des hommes.
Au nom du peuple de Bolivie, de tous mes frères du continent et des régions du monde comme le Maghreb et les pays de l'Afrique, je fais appe à la conscience des dirigeants et députés européens, des  peuples, citoyens et militants d'Europe, pour que ne soit pas approuvée le texte  de la “directive retour”. Telle que nous la connaissons aujourd'hui,   c'est une directive de la honte. J'appelle aussi l'Union européenne à  élaborer, dans les prochains mois, une politique migratoire respectueuse  des droits de l'Homme, qui permette le maintien de cette dynamique profitable pour les deux continents, qui répare une fois pour toutes   l'énorme dette historique, économique et écologique que les pays  d'Europe ont envers une grande partie du Tiers-Monde, et qui ferme définitivement les veines toujours ouvertes de l'Amérique latine.
Vous  ne pouvez pas faillir aujourd'hui dans vos “politiques d'intégration” comme vous avez échoué avec votre supposée “mission civilisatrice” du temps des colonies.
Recevez tous, autorités, eurodéputés, camarades, un fraternel salut depuis la Bolivie. Et en particulier notre solidarité envers tous les “clandestins”.

  Evo Morales Ayma
   Président de la République de Bolivie

Appel aux parlementaires européens
à signer sur: http://www.directivedelahonte.org

4/ Dernière nouvelle : ABOUBACAR COULIBALY, 34 ans, faisait l'objet d'une interdiction du territoire prononcée à Créteil en octobre 2005 à la suite de condamnations. Après le suicide de son ex-compagne, il s'était vu confier en mars 2006 la garde de son fils dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative, renouvelée à plusieurs reprises par un juge des enfants d'Angers (Maine-et-Loire). Il travaillait depuis plus d'un an et son expulsion samedi dernier vers la Côte d'Ivoire, a laissé Joris, son fils de 10 ans, un peu plus orphelin qu'avant .
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Publié dans COUPS DE GUEULE

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Jean-Claude Lallias 26/06/2008 00:03

Comment ne pas avoir honte ? J'avais lu la déclaration de Morales Ayma et suis surpris qu'elle ne soit pas davantage relayée par la presse. Au moins pour l'information de tous, pour le libre examen, enfin ce qui ressemble à une démocratie d'opinion. Peut-être cela m'a-t-il échappé ? en tout cas MERCI à l'oizeau de l'avoir relayée.