Le débat se poursuit autour de la « lettre de mission » reçue par la ministre de la culture, et plus largement sur l’évolution de la question artistique et culturelle en cette période de
Sarkozysme triomphant. Michel Simonot, qui fut sociologue et poursuit aujourd’hui une carrière de metteur en scène associé au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis livre sa
réflexion dans Les Lettres françaises, sous le titre :
Réveillez-vous, les artistes !
"La lettre de la ministre, Mme Albanel, à Henri Taquet en réaction à l’éditorial de Benoît Lambert ne doit pas être considérée comme un incident. D’autant plus que, dans le même temps, le président
de la République a adressé une lettre de mission à madame la ministre de la Culture qui définit (« nous souhaitons », « vous exigerez », « vous empêcherez »…) ce qu’est la politique artistique
qu’il attend personnellement de voir appliquer. Je pense que ces événements, aussi spécifiques et circonstanciés peuvent-ils apparaître, s’inscrivent dans une période qui s’apparente à une
fascisation rampante.
Aujourd’hui les choses s’accélèrent et s’aggravent : le poids des normes extérieures au champ artistique devient de plus en plus pesant et inévitable. C’est dans ce contexte que la lettre
intervention d’Albanel a existé et que la lettre de mission a été rédigée et adressée. Leur premier effet est de nous familiariser avec l’intervention directe du pouvoir d’État exigeant de nous
conformer aux demandes impératives du président et du gouvernement. Leur second effet est de renforcer d’un coup, d’imposer sans précautions, ouvertement, la dépendance de la vie artistique à
l’égard des secteurs non artistiques. Le danger est d’autant plus préoccupant qu’aucun parti politique n’est prêt à formuler un projet de politique artistique, à défendre l’autonomie effective des
artistes. La question de la culture a « avalé » celle de l’art au point de le faire disparaître des projets politiques. L’art n’est plus traité que sous l’aspect de « pratiques » individuelles ou
collectives. Lorsqu’on aborde l’art comme « bien » (les oeuvres), on ne les aborde plus qu’à partir de deux critères préalables : la fréquentation et les publics à atteindre. Ceux-ci sont envisagés
à la fois globalement (le public) et de façon sectorisée (les quartiers, etc.)…."
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Contribution utile en cette période d'anesthésie généralisée du débat public véritable sur la question.
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