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Samedi 3 mars 2007 6 03 /03 /2007 23:12
L’éducation artistique et culturelle
Pourquoi ? Comment ?

La chose est entendue ! La campagne pour l’élection présidentielle 2007  marquera l’histoire de l’éducation artistique et culturelle dans notre pays. De la gauche à la droite, voire à l’extrême droite, tous les programmes des candidats en matière de politique culturelle reprennent peu ou prou cette problématique. Ici, on envisage un regroupement plus ou moins complet entre les deux ministères concernés ; ailleurs, on suggère une demi-journée libérée pour les activités artistiques dans l’éducation. Partout, la perspective d’une généralisation de l’art à l’école est avancée. Pas une réflexion, un colloque, un séminaire, une émission de radio, un programme politique, qui ne fasse de ce thème une priorité nationale. Bravo !
Pour qui milite depuis plusieurs décennies sur ce sujet, c’est notre cas , cette situation est cependant paradoxale. D’un côté, on ne peut que se réjouir de voir enfin pris en compte dans le débat public un thème qui a fait l’objet de tant de combats, d’expériences, de réussites, partout en France, depuis une quarantaine d’années. Que des élus de tous bords conviennent enfin qu’il s’agit-là d’une urgente nécessité, que notre système scolaire est hémiplégique et retardataire par rapport à d’autres pays, que les politiques culturelles ne se développeront plus sans un effort considérable de formation des publics potentiels... tout cela est une satisfaction pour les militants que nous sommes. Ainsi n’aurons-nous pas travaillé, expérimenté, former, écrit et colloqué pour rien. Les mentalités évoluent. Tant mieux !
Mais dans le même temps, un vertige nous saisit. Que cache cette apparente unanimité ? Quels non-dits, malentendus ou contradictions ? Parle-t-on vraiment de la même chose ? Les politiques sont-ils (elles) vraiment convaincu(e)s ou sont-ils seulement sensibles à l’air du temps, aux revendications du moment ? Perçoivent-ils réellement les enjeux et les complexités qui se dissimulent derrière ces propositions ? N’est-il pas temps d’entrer dans le détail des choses et de nous interroger sur la réalité des politiques affirmées ? J’aime cette réflexion d’Umberto Ecco, expliquant le rôle des intellectuels en politique : « Les intellectuels doivent dire aux politiques ce qu’ils doivent faire. Mais quand les politiques font effectivement ce qu’ils ont dit, c’est souvent la catastrophe. Alors les intellectuels doivent revenir pour préciser que ce n’était pas exactement ce qu’ils avaient proposé... » Nous en sommes-là. Voici venu le temps de quelques précisions.

Hasard ou nécessité ?
Mais d’abord, pourquoi une telle unanimité dans la défense et la promotion de l’éducation artistique et culturelle ? Comment se fait-il que ce sujet, autrefois si peu mobilisateur et si peu médiatisé, se trouve porté à ce point sur la place publique ?  Hasard ou nécessité ? Les raisons de cette émergence dessinent, consciemment ou non, les objectifs que l’on assigne à ces propositions. Quatre raisons principales me semblent devoir être évoquées.

La première nous sera la plus favorable : ils ont enfin compris ! Grâce à la mobilisation ardente et durable de plusieurs générations d’enseignants, d’artistes et de médiateurs, de responsables éducatifs et culturels, d’élus ; grâce à l’opiniâtreté des pionniers, défricheurs de pratiques nouvelles, militants associatifs et mouvements pédagogiques, ces idées ont fini par s’imposer dans les esprits. Rendons hommage à tous ceux qui, depuis le colloque d’Amiens en 1968 consacré à « L’école nouvelle » jusqu’aux plus récentes manifestations, colloques, séminaires et publications sur ce thème, en passant par les multiples plans nationaux, plans locaux et autres conventions interministérielles, ont su tracer sans relâche une route nouvelle dans la jungle des pratiques artistiques et pédagogiques dominantes. La vie culturelle et pédagogique est un combat. Il arrive que l’on gagne quelques batailles. Celle-ci semble pourrait en être une.
De plus, nombre de ceux qui se trouvent aujourd’hui au cœur de ce débat public, responsables institutionnels de toutes sortes, font partie d’une génération qui a souvent connu la réalité de ces aventures, dans une classe artistique, un atelier de pratique, un jumelage... Il ne s’agit pas pour eux de défendre une simple idée, fut-elle juste, ils défendent aussi une expérience partagée, ce qui est autrement mobilisateur. Enfin, que l’on apprécie ou non ce que fut le plan « Lang Tasca » de développement des arts à l’école, dans les années 200-2002, convenons que ce programme a mis en lumière l’importance d’une volonté politique dans ce domaine. La suppression brutale de ce projet et des moyens qui l’accompagnaient, par les ministres suivants, est apparue comme une faute à de très nombreux partenaires. « Une connerie » précisera même un député UMP  peu suspect de complaisance avec le gouvernement de gauche de l’époque. Paradoxalement, ce recul institutionnel pourrait avoir favorisé la prise de conscience collective, faisant apparaître l’absurdité de ce retour en arrière.

La seconde raison est liée à l’état des politiques culturelles dans notre pays et au « malaise de la culture  » si souvent évoqué. Depuis le milieu des années 80, date des premières études sur les « pratiques culturelles des Français » réalisées par le Département des études et de la prospective du ministère de la culture qui démontraient que seule une part minoritaire de la population (environ 20%) fréquentait les institutions culturelles, jusqu’à la crise des intermittents du spectacle, déclenchée en 2003, les signes n’ont pas manqué d’un bouleversement important dans ce secteur. Stagnation des publics, difficultés d’élargissement social, explosion de l’offre artistique, diversité des formes, métissages des arts, nouvelles technologies, multiplication des festivals, développement du numérique... mais aussi décentralisation, prise en charge croissante des questions culturelles par les collectivités territoriales, nécessité d’évaluation toujours repoussées, incertitudes sur le rôle de l’Etat... Le champ culturel, ses élus et ses professionnels s’interrogent : comment sortir de cette période critique autrement que par un libéralisme exacerbé qui confierait au seul marché le soin de réguler ces évolutions ? La réponse la plus simple à cette interrogation est, presque toujours, celle de l’éducation artistique et culturelle. Il faut former, sensibiliser les publics, dès leur plus jeune âge. C’est à l’école qu’il faut confier cette mission. De la maternelle à l’université, si l’éducation artistique et culturelle était vraiment généralisée, ce seraient des milliers d’enfants, puis d’adolescents et d’adultes, qui se sentiraient concernés par les innombrables propositions artistiques mises en place sur les territoires. Musées, concerts, spectacles vivants, bibliothèques, cinémas, cirques... seraient assaillis par des hordes de jeunes affamés d’art et de culture, généreusement accompagnés par des enseignants enthousiastes, compétents et pertinents, à la fois passeurs et médiateurs, eux-mêmes parfaitement formés à cette fonction nouvelle. Je force à peine le trait sur le rêve partagé. La réalité risque d’être plus complexe.

La troisième raison est éducative. Ce n’est plus pour justifier une politique culturelle mais pour faire évoluer, profondément, le système éducatif lui-même, que l’éducation artistique et culturelle est aujourd’hui invoquée. C’est que l’école, convenons-en, ne laisse pas d’inquiéter et d’interroger tous ceux qui l’observent avec objectivité. Loin de moi l’idée qu’il s’agirait d’une « fabrique de crétins » ou que Mai 68 et son supposé « laxisme » serait la cause de toutes les dérives et les difficultés d’un système éducatif en faillite. Ces accusations caricaturales sont entachées de relents idéologiques réactionnaires que je ne partage pas. Pour autant, il est évident que le système scolaire français peine à s’adapter aux évolutions du monde, aux nouvelles technologies, aux diversités culturelles des populations, à l’influence croissante de la télévision sur les imaginaires, à la massification, à la paupérisation de certaines catégories sociales, au marché roi et aux luttes d’influences religieuses... Dans ce contexte mouvementé, la place de l’art et de la culture, les pratiques artistiques individuelles et collectives, peuvent apparaître comme des éléments structurants permettant à nos enfants de vivre et de découvrir ensemble d’autres formes d’expression que celles auxquelles ils sont souvent réduits. La pédagogie de projet, l’ouverture sur le monde de la création contemporaine, la rencontre des artistes, les partenariats divers avec des institutions et des structures artistiques et culturelles... sont autant d’occasions offertes pour une réappropriation de l’école elle-même par les enfants et les enseignants. Que la dimension artistique et culturelle ait été intégrée (après une âpre bataille) dans le « socle commun des connaissances » adopté par le ministère de l’éducation nationale, est un signe positif de cette évolution. On notera que la préoccupation de l’éducation artistique et culturelle est aujourd’hui internationale. L’UNESCO s’en est emparée lors d’une récente rencontre à Lisbonne, un symposium international s’est tenu à Paris sur les questions d’évaluation, l’Observatoire des politiques culturelles à rendu compte de certaines expériences internationales dans un récent numéro de sa revue. La liste n’est pas exhaustive.

Ajoutons, enfin, une quatrième raison de nature plus sociale. Les émeutes de décembre 2005 dans les banlieues de nos villes ont montré combien les questions du lien social et de l’intégration se trouvaient, chez nous, particulièrement vives. Une part importante de la jeunesse se trouve (se situe) en marge d’une vie sociale « normale », aux prises avec les difficultés cumulées, de l’urbanisme, de la précarité, de la langue, de l’échec scolaire, du consumérisme exacerbé, du chômage, de la violence... La voiture qui brûle remplace le poème ! La course-poursuite avec les CRS tient lieu de jeu de piste ! La délinquance rajeunit chaque jour. Hier, c’est un enfant de onze ans qui se faisait arrêté au volant d’une voiture « empruntée » ! Face a cette situation explosive, la tentation est grande de rechercher tous les moyens d’un retour au calme, à la concorde, au dialogue, à la civilité (j’allais dire civilitude !) Les sports et les arts sont alors convoqués pour la paix sociale. Qu’ils courent, qu’ils sautent, qu’ils se dépensent physiquement, qu’ils tapent dans un ballon ou qu’ils dansent, qu’ils « rapp », qu’ils « slam », qu’ils s’essayent à Marivaux, Molière ou à quelques improvisations théâtrales personnelles et ce sera toujours ça de pris. Pendant ce temps-là, les voitures ne brûleront pas ! L’éducation artistique et culturelle, à l’école mais également dans les quartiers, les associations, les centres de vacances, est un aussi un outil majeur d’expression de la jeunesse et d’intégration sociale. Du moins l’espère-t-on.

Chacune de ces explications est, en partie, parfaitement fondée. L’éducation aux arts et à la culture (par les arts et la culture) peut effectivement répondre à la fois aux enjeux culturels, éducatifs et sociaux qui lui sont assignés. Elle peut contribuer à la formation des publics et à leur élargissement, au développement des individus et à leur émancipation individuelle comme à l’apaisement de comportements violents ou incivils de certains. Nombre d’expériences menées ces dernières décennies ont démontré leur efficacité dans ces différents domaines. Et pourtant... A vouloir instrumentaliser cette question, à trop attendre de ce travail, la déception sera inévitable. Croire que l’éducation artistique et culturelle serait une solution miracle aux maux qui nous assaillent ne peut être qu’un leurre. Au mieux, et c’est déjà beaucoup, elle peut constituer une nouvelle utopie collective qui remplacerait la « démocratisation culturelle » du siècle dernier. Tout dépend, en vérité, de la nature des projets mis en œuvre, des conditions de leur réalisation, de la pérennité des actions et de l’appropriation effective par les enfants et les jeunes concernés. Tout est dans la manière. Dans le sens. Sans garantie pour autant !

J'essaierai de préciser, dans des interventions prochaines, les enjeux réels et les conditions indispensables, à mes yeux, pour la cohérence et lé réussite de ce travaiL
Merci de vos commentaires éventuels.
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Mercredi 28 février 2007 3 28 /02 /2007 23:38
La campagne offre diverses occasions de débat sur les questions culturelles. Enfin...

- le jeudi 1er mars à 19h , Rencontre-débat Marie-George Buffet ,Candidate de la gauche populaire et antilibérale à l’élection présidentielle au Cabaret Sauvage... (Parc de La Villette M° Porte de La Villette ou Porte de Pantin) avec des interpellations artistiques, d’artistes et de personnalités (Jean VOIRIN - CGT spectacle, Francis PEDUZZI - Syndeac, Nicolas KLOTZ - cinéaste, William PETIT - Chorégraphe, ...)
rencontres avec les membres du Conseil de Campagne de la gauche populaire et antilibérale.


- le jeudi 15 mars à 17h au théâtre de la Colline à Paris, le Forum permanent pour l'éducation artistique interpelle les candidats

- le vendredi 16 mars, 14h30-17h, Cassandre/Horschamp propose :
ACTES PUBLICS, QUESTIONS D'ART ET DE CULTURE
Prise de parole autour de l'Appel lancé par la revue Cassandre.
AU THÉÂTRE DES BOUFFES DU NORD

Un temps de parole animé par Emmanuel Laurentin, historien et producteur à
France Culture.

Seront présents à la tribune quelques-uns des signataires de l'Appel,
représentatifs, dans différents secteurs, du monde de l'art et de la
culture :

Patrick Bouchain (Architecte, responsable du pavillon français de la
Biennale d'architecture de Venise 2006),
Francis Peduzzi (Le Channel, Scène nationale de Calais, président du
Syndeac),
Patrick Champagne (Sociologue),
Robin Renucci (Comédien et président de l'ARIA),
Jean-Gabriel Carasso (Association Loizorare, fondateur de l'ANRAT)
Jean-Jacques Hocquard (Directeur de la Parole errante - Armand Gatti)
Valérie de Saint-Do et Nicolas Roméas (Cassandre/Horschamp)
Katerine Louineau (FRAAP : Fédération des associations et réseaux
d'artistes plasticiens - CAAP : Comité des artistes-auteurs plasticiens)

Un peu plus de deux heures pour affirmer l'enjeu crucial que représentent
les politiques publiques de l'art et de la culture.
RÉSERVATION INDISPENSABLE AU 01 40 35 00 98

A vos agendas !
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Mercredi 28 février 2007 3 28 /02 /2007 10:50
Au coin du feu, perdu dans ma  campagne, j’apprends :

1/ Karine Delorme, adjointe UMP au maire de Chalon-sur-Saône, vient d’être démise de ses fonctions d’adjointe à la culture par le maire et le conseil municipal pour avoir choisi de défendre le monde culturel de sa ville contre les restrictions budgétaires. S’étant abstenue lors du vote de ce budget, considérant qu’il mettait en péril une part de la vie artistique de la ville, une procédure a aussitôt été engagée contre elle, qui vient d’aboutir. Elle était très engagée à la FNCC, présente dans de nombreux séminaires et colloques, notamment à l’Observatoire des politiques culturelles, représentant souvent les « élus de base ». On râle quand des élus font des erreurs. On les félicite quand ils (elles) tiennent bon ! Et on fait savoir les pratiques douteuses de ce Conseil municipal. A vos blogs... En savoir plus

2/ Le décès de Jean Duvignaud. Je ne lai croisé qu’une seule fois mais je connais l’importance qu’il eut sur la sociologie du théâtre, notamment sur le travail de mon ami Roger Deldime, qui créa à Bruxelles le premier (et seul) « Centre de sociologie du théâtre » aujourd’hui fermé. Indirectement, ce travail a amené aux nombreux ouvrages de Roger sur le théâtre et l’enfance puis à l’ouverture de La montagne magique, théâtre permanent (et exemplaire) pour l’enfance à Bruxelles.

3/ Vu à la télé : Dominique Voynet interrogée par un « vrai gens » sur TF1 à propos de la politique culturelle des Verts. Réponse : « la démocratisation culturelle est un échec. Avec nous, ce sera la culture de tous, pour tous ! » Soit ! Mais encore ?

4/ Sur la culture et la présidentielle, lu avec intérêt le dernier numéro de l’Observatoire, revue de l’Observatoire des politiques culturelles. Deux articles de fond sur le sujet sont signés Emmanuel Wallon et Philippe Teillet.
Dans le même numéro, un intéressant dossier sur la dimension internationale de l’éducation artistique et culturelle. Où l’on découvre que nous ne sommes pas seuls au monde et que d’autres se posent, depuis longtemps, les mêmes questions que nous. Et parfois y répondent avec pertinence !



5/ Enfin, lu  Télérama consacré aux entretiens sur la culture avec les principaux candidats. Rien de neuf dans les propositions, on commence à les connaître, mais quel régal que de suivre le récit de ces rencontres, les postures de chacun, leur rapport à la question... et au journaliste qui la pose. Décidemment, les hommes (les femmes) sont toujours plus intéressants que ce qu’ils nous racontent !
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Lundi 19 février 2007 1 19 /02 /2007 10:57

Monsieur (madame) le(la) Candidat(e),
Nous ne nous connaissons pas, ne nous sommes jamais rencontrés et ne nous rencontrerons probablement jamais. Cependant, vous sollicitez mon suffrage pour la plus haute charge de l’Etat et m’avez, pour cela, invité à participer au débat démocratique sur la culture.
Si j’avais  trois minutes la parole sur ce sujet, voici en résumé ce que je vous aurais dit.

1/ « La culture, c’est plus que la culture… » Dans un monde en proie aux mutations anthropologiques phénoménales que nous connaissons, aux doutes sur les identités individuelles et collectives, aux révolutions technologiques, aux bouleversements idéologiques, à la mondialisation des échanges et à la bataille féroce pour la conquête de l’imaginaire qui l’accompagne, la question culturelle va bien au-delà d’un simple « domaine » de l’action publique. C’est une question essentielle de civilisation, c’est-à-dire du mode de vie que nous entendons conserver, adopter et léguer aux générations futures.

2/En ce sens, la question culturelle est intimement liée à celle de l’éducation. La question culturelle, c’est : « qu’est-ce qu’on partage ? » La question éducative c’est : « qu’est-ce qu’on transmet ». Ces deux questions fondent l’urgente nécessité, à mes yeux, de formuler ce que devait être aujourd’hui une République culturelle laïque. Cette République, ce n’est pas seulement l’Etat, mais l’ensemble des acteurs républicains qui doivent la porter : Etat, collectivités territoriales, associations, mouvements, professionnels de la culture et de l’éducation, médias, citoyens…

3/ Dans ce contexte, que peut-on attendre d’un Président de la République ?

    a/ Qu’il soit le premier porte-parole de cette République culturelle laïque. Qu’il en formule le sens pour nos concitoyens. Qu’il en rappelle sans cesse la nécessité, contre les forces du marché ou les intégrismes divers qui ne manquent pas de s’y opposer. Qu’il réaffirme, pour cela, la dimension de « service public » de la culture comme constitutive de ce projet. De Gaulle avec Malraux, Mitterrand avec Lang ont tenu ce rôle essentiel …

    b/ Qu’il engage la République (et pas seulement l'Etat ni le ministère de la culture) à la mise en œuvre de ce projet, par une mobilisation coordonnée des différents ministères concernés (Culture, communication, éducation, jeunesse, ville, action sociale, santé, justice, urbanisme…) en relation constante et concertée avec l’ensemble des acteurs de terrain, au premier rang desquels les collectivités territoriales et les structures professionnelles et associatives.

Vous avez signé le « pacte écologique » proposé par Nicolas Hulot qui envisage la création d’un poste de vice-premier ministre chargé du développement durable. Je vous suggère d’intégrer à ses missions la dimension culturelle : il est question aussi de « développement culturel durable »  et de transversalité.

    c/ Qu’il assure la pérennité de cette action, par une double priorité : un « plan Marshall » de la formation, une institutionnalisation définitive de cette dimension dans les structures éducatives, culturelles et médiatiques.

Un plan Marshall de la formation, c’est comprendre qu’il ne sert à rien d’ajouter des dispositifs à d’autres dispositifs, s’il n’existe pas sur le terrain des gens qui auraient de véritables dispositions pour les faire vivre.  Il faut former, former, former… les enseignants, les chefs d’établissements, les artistes intervenants, les médiateurs, les responsables culturels, les élus... D’innombrables expériences ont été menées dans ce pays, qui ne sont jamais capitalisées ni transmises. Je vous suggère la création d’un Institut supérieur de l’éducation artistique et culturelle (à l’image de l’INJEP -Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire- à Marly-le-roi) qui pourrait être le moteur et le coordinateur de cette politique.

L’institutionnalisation, c’est l’inscription de la dimension artistique et culturelle dans toutes les structures, notamment éducatives. C’est principalement la question du temps et de l’espace qui peuvent être consacrés à ces activités. Certains proposent la libération d’une demi-journée par semaine, de la maternelle à l’université, consacrée aux arts et à la culture. Je vous invite à partager cette proposition.

4/ Tout ceci n’aurait aucun sens si la République culturelle laïque ne se saisissait fortement du problème de la télévision et de son rapport à l’enfance, à la jeunesse et à l’éducation.  Les incantations ne sont plus de mise : il importe de s’assurer que le service public de télévision ne travaille pas, sans cesse, à saper la volonté éducative et culturelle proposée ci-dessus.

5/ Enfin, je vous aurais mis en garde contre la tentation de croire que l’éducation artistique et culturelle, pour laquelle je milite activement, serait une panacée. Je vous aurais rappelé que les plus grands dignitaires nazis avaient tous reçu une excellente éducation artistique et que bien des barbares de ce monde se délectent parfois de musique ou de peinture. Ceci pour dire que tout est dans la manière, dans le « comment », dans le sens que l’on accorde à ces activités.

Le président de la République a la responsabilité, dans ce domaine comme dans bien d’autres, d’indiquer clairement le chemin !

Croyez, monsieur (madame) le(la) Candidat(e), en l’expression de mes sentiments distingués.

Loizorare

PS/ Copie de ce texte est déposé sur les sites de F. Bayrou et Ségolène Royal.
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Samedi 17 février 2007 6 17 /02 /2007 23:19
Tu as voulu du débat… !

1/ L’anecdote.
Fin janvier, un courriel d’une députée européenne UDF que je ne connais pas, me demande de participer à une rencontre autour de la culture organisée par (pour) François Bayrou. Je réponds : « pourquoi pas ? S’il s’agit de parler de l’éducation artistique et culturelle… Volontiers ! » Après tout, il y a longtemps que j’appelle un débat public sur ces questions. Qu’un candidat s’y colle, la moindre des choses est d’y participer.
Téléphones, avant-programme, confirmation… « On vous laissera trois minutes à la fin de la table-ronde » Soit ! Mon temps de parole habituel sur ce thème est plutôt de 45’ minutes, mais je ferai un effort. Une idée par minute, cela fait trois idées. On peut essayer… Et puis cela se passe au Sénat, je n’y suis jamais entré. Visite touristique en prime…
Jour J. Accueilli comme intervenant. Badge. M’installe dans la salle pour la matinée. J’écoute les deux premières table-rondes. Pause repas. Retour. Troisième table-ronde, la mienne, sur « la transmission de la culture ». « Quelques personnes s’exprimeront depuis la salle » indique l’animateur. C’est moi, je suis sur le programme ! Chacun s’exprime. Je prends des notes. Rédige un plan d’intervention très bref. Trois idées, mais fortes ! Politiques ! Fin des interventions. C’est à moi… Mais non ! L’animateur, qui fut en son temps un excellent animateur de télévision, invite le candidat à s’exprimer. Exit les derniers intervenants. Aucune explication. Aucune excuse. Ainsi va la démocratie participative, version Bayrou… On ne m’y prendra plus !


2/ Le fond du débat
Il s’agissait de faire le point sur la situation des politiques culturelles en France, de nourrir la réflexion et d’entendre le candidat sur ce sujet. Le point sur la situation fut nourri d’interventions construites de Philippe Urfalino, Bernard Latarjet, Jean-Pierre Saez : analyse des évolutions, des enjeux, des perspectives en matière de décentralisation, etc. S’ensuivit une table-ronde sur le statut de l’artiste, puis une autre sur la transmission de la culture, fortement marquée par l’intervention musclée de Robin Renucci en faveur de l’éducation artistique et de la formation des enseignants. Au terme de cette longue journée, synthèse du candidat.

Belle ouverture : « La culture ne parle pas que de culture… Elle travaille sur l’immortel, relie les morts aux vivants et les vivants à l’avenir… La culture ne se réduit pas à sa dimension marchande… Elle est du domaine de l’être, et non de l’avoir… Elle est au cœur de notre projet de civilisation… Il faut maintenant ouvrir une nouvelle étape de la politique culturelle… C’est au Président de la République lui-même de s’y impliquer, par l’organisation « d’Etats généraux de la culture »… On se dit que si la suite est du même niveau, cela risque d’être intéressant. Et non ! Patatras, voilà le réel !

« La nouvelle politique, ce seront trois axes de travail : le patrimoine, la création et la transmission. » C’est-à-dire, très exactement, les axes de travail actuels du ministère, intitulés des trois « programmes » voulus par la LOLF. Rien de neuf !

« Sur les intermittents… Il faudra faire passer la loi qui a été refusée, obliger les partenaires à renégocier, traquer les abus… mais aussi, les artistes devraient pouvoir intervenir en milieu scolaire pendant leurs périodes de chômage artistique » Quid de la volonté, du désir, de la qualification ? Plus tu chômeras, plus tu interviendras !

« L’éducation artistique, ce sera une priorité… mais pas question de promettre un engagement budgétaire conséquent. » On ne fera aucune promesse. Même pas la promesse d’en faire une véritable priorité budgétaire. La dette ! La dette ! La dette ! Mais alors, comment passer « de la parole aux actes », comme cela a été demandé avec force ?

Enfin, belle envolée sur l’importance du numérique, d’Internet et du monde nouveau qui s’ouvre devant nous avec ces petites machines à relier le monde. Juste inquiétude sur le devenir des auteurs et des interprètes, qui ne sauraient résister au « tout gratuit » qui se profile. Une intuition du candidat : « il y aura bientôt deux secteurs distincts : l’un payant, l’autre gratuit », qui s’équilibreront. A voir !

Pour finir, quatre thèmes effleurés :

- passer de la culture de masse à une culture du peuple. J’avoue ne pas avoir compris ce renouveau du « populaire »… Attendons les précisions.

- défense et illustration de la langue française ( de la francophonie et des langues de France). Mais tout cela n’existe-t-il pas déjà ? Quelles nouveautés  dans ce domaine ?

- réfléchir, dans les futurs Etats Généraux de la culture ( Jack Ralite va demander des droits d’auteur !) à la nouvelle répartition des rôles entre l’Etat, les collectivités territoriales et les associations. Le « service public » appartient à tout le monde. Pourquoi pas. Toute la question est de savoir comment cela se passe ! Quelle décentralisation, quelle coopération, quel partage ? Motus !

-l’Europe, pour finir : « c’est la culture qui fait l’Europe ». Soit, mais comment ? Quoi de neuf? Pour l’instant, rien !

3/ Le commentaire
On est frappé par le fossé qui sépare la réflexion générale du candidat, souvent brillante, et la banalité des propositions détaillées. On reste sur sa faim. Manque de préparation sans doute, des équipes spécialisées.
Décidément, il ne suffit pas de « parler culture » dans la campagne. Encore faut-il avoir quelque chose à dire d’original. Cela ne s’improvise pas !
Suite au prochain colloque ?

En savoir plus
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Vendredi 16 février 2007 5 16 /02 /2007 23:07
Mon ami ep2c poursuit sur son blog une réflexion intense sur la chose artistique. Un des thèmes de sa réflexion porte sur distinction, à ses yeux discutable, entre art et culture. Je lui avais promis d'y revenir ici. J'y reviens donc !

Plus de 50 ans que l'on parle et que l'on développe en France des actions culturelles, des politiques culturelles, que l'on diffuse des produits culturels, que l'industrie culturelle connaît un essor sans précédent, que les emplois culturels, nous dit-on, seraient plus nombreux que ceux de l'automobile, etc... La culture, sous ces différentes appellations, est ainsi mise à toutes les sauces. Un sociologue aurait, me dit-on, formulé 117 définitions de ce mot !
En vérité, c’est pour échapper à la difficile définition de la chose artistique, que l’on se réfugie de la sorte dans la chose culturelle. Imagine-t-on aujourd’hui un ministre des arts ? Un adjoint au maire chargé des affaires artistiques ? Un directeur régional des arts ? Même Malraux n’a pas osé le faire ! Et pourtant ! J’avance que l’art, c’est la chose. La culture, c’est le rapport à la chose. Je m’explique.

L’art est une activité humaine archaïque, qui consiste à formuler (mettre en formes) un discours symbolique à l’aide de matériaux les plus divers (mots, images, sons, mouvements…) Cette activité est de l’ordre du langage (tous les arts sont des langages, si tous les langages ne sont pas des arts !) Est artiste celui (celle) qui s’adonne à cette activité, un temps, une saison, une vie, selon. Certains peuvent passer des années à la recherche et à la formulation de langages artistiques, dans la littérature, la musique, les arts plastiques… Il s’agit d’une activité verticale, tendue entre l’approfondissement de la recherche et l’élévation de la forme (ce que l’on appelle parfois « la création »). Il est de la plus haute importance que les sociétés favorisent la présence de ces artistes en leur sein, les aident à se former, à chercher, à produire des œuvres (que l’on évitera de confondre avec des produits), à les diffuser, à transmettre leurs savoirs faire… Ils sont à la fois singuliers et universels, en partie portes paroles des populations qui les environnent. En ce sens, une politique artistique est parfaitement légitime. Mieux, elle est indispensable à toute société démocratique.

La culture est autre chose : elle n’est en rien production de langages ou approfondissement des formes, mais indique le rapport que chacun d’entre nous pouvons entretenir (ou non) à ces formes symboliques. La culture n’est pas une échelle à escalader (le fameux « accès à… »), ni une valise à remplir (l’érudit n’est pas forcément cultivé !), c’est une attitude, une aptitude et souvent un travail, une expérience singulière du rapport à la forme. Ce rapport peut être plus ou moins étroit, plus ou moins fréquent, plus ou moins complexe selon le milieu, l’histoire, la géographie, la situation sociale, etc. Il peut être individuel ou collectif, unique ou partagé… En ce sens, la question culturelle est une question horizontale, tendue entre la sensibilisation, l’éducation, la formation, d’une part, et d’autre part la diffusion des œuvres et leurs médiations.

Si cette hypothèse est fondée, alors, effectivement, il importe de distinguer de manière radicale ce qui relève d’une politique artistique (on dirait aujourd’hui « aide à la création »), de ce qui relève d’une politique culturelle (sensibilisation, diffusion, médiation). Tout l’enjeu des politiques nouvelles est de trouver l’équilibre le plus pertinent entre ces deux dimensions, dialectiquement liées. A les séparer artificiellement, on creuse bien entendu un fossé imaginaire, mais à ne pas voir la distinction, on entretient la confusion la plus vive. A mes yeux dommageable.
Si les choses étaient plus claires, les artistes ne sentiraient pas menacés par le développement culturel, on cesserait de prétendre que c’est le glissement de l’art à la culture, puis de la culture au culturel, qui serait la cause de tous nos maux… Le champ de la réflexion (et de l’action) serait ouvert à la mise en place de projets «artistiques et culturels» les plus divers, notamment dans les domaines de l’éducation, des pratiques amateurs, de l’éducation populaire… Les responsabilité culturelle du politique (des politiques) et des médias de masse, ne se confondrait plus avec la seule quantité de l’offre présentée (d’institutions, de programmes…) mais insisterait sur la qualité du développement culturel véritable des populations… Les critère d’évaluation porteraient aussi sur ces deux dimensions…

Conclusion pratique : je plaide pour une véritable politique artistique et culturelle, pour un ministère des arts et de la culture, pour une éducation artistique et culturelle, pour une responsabilité artistique des artistes, pour une responsabilité culturelle des médiateurs, des enseignants, des élus… Pour un développement artistique et culturel durable… Vaste chantier ! Cela vaut bien quelques programmes en cours, n’est-ce pas ?



PS /Sur l'éducation artistique et culturelle, le Forum permanent organise le jeudi 15 mars au Théâtre de la Colline une interpellation collective des candidats aux élections présidentielle. L'information est ici.


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