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Mardi 3 avril 2007 2 03 /04 /2007 23:04
L’éducation artistique est-elle encore un enjeu majeur en France ?

Emission diffusée le 04 Mars 2007  sur France Culture  web :
Les belles captives  

Débat enregistré le 11 décembre 2006, organisé par Les Éditions de l’Attribut au Théâtre de l’Est Parisien.

Avec :
- Muriel Marland-Militello, députée UMP, auteur du "Rapport sur la politique des pouvoirs publics dans le domaine de l’éducation et de la formation artistiques"

- Christine Juppé-Leblond, présidente de la Maison du Geste et de l’Image, inspectrice générale de l’Education nationale, membre du Haut-conseil de l’éducation artistique et culturelle et membre de la Commission de classification des oeuvres cinématographiques

- Catherine Anne, metteuse en scène et directrice du Théâtre de l’Est parisien

- Jean-Claude Pompougnac, Directeur d’ARCADI, établissement public de coopération culturelle pour les arts de la scène et de l’image en Ile-de-France

- Jean-Gabriel Carasso, auteur de "Nos enfants ont-ils droit à l’art et à la culture ?" aux Editions de l’Attribut

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Ecoutez l'émission (1h27')

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Samedi 24 mars 2007 6 24 /03 /2007 21:44


Cette nuit, on change d’heure. Une heure de sommeil en moins. Une heure de veille en plus. L’été arrive ! Il est temps de mettre les pendules à l’heure.
Y compris dans le domaine politique.
Il est temps d’en finir avec les tergiversations, les hésitations, les argumentations… pour se décider à voter pour… Mais pour qui ?
Le plus compétent ? La plus audacieuse ? La plus médiatique ? Le plus habile ? Le plus rassurant ? La plus Marseillaise ? Le plus Pyrénéen ? La plus rouge ? La plus verte ? Le plus orange ? Le plus beau projet ? Le plus Européen ? Le plus réaliste ? La plus clair ? Le plus flou ? La plus à gauche ? Le plus au centre ? Le plus social ? La plus nationale ? Celle qui peut nous faire gagner ? Celle qui peut nous faire perdre ? Celui qui peut empêcher l’Autre d’arriver à son heure ?
Plusieurs mois déjà que, comme certains d’entre vous, je tergiverse un peu.
Elle ou lui ? Eux ou les autres ?
Le vote de conviction, le vote tactique, le vote utile, le vote inutile ?
Mais voilà, l’échéance approche. Il va falloir choisir.
L’heure n’est plus aux états d’âme. L’heure, c’est l’heure !
Reprenons.
Une quarantaine d’années de vote à gauche, ça marque !
Ça vous fonde une identité et une solidarité. Ça vous oblige. Et pourtant…
J’envie ceux qui m’entourent et semblent ne douter de rien. Pour eux, c’est Elle, sans hésitation. Une femme, pardi ! Et si tu ne la sens pas, c’est que tu es machiste ! Soit !
Mais encore ?
De quelle gauche s’agit-il ? Celle de Fabius le laïc ? Celle de DSK le social-démocrate ? Celle du Che, le national ? Celle de Montebourg et de sa VIè République (il sera un jour ministre de la Justice) ? Celle de Royal, qui mélange tout cela dans une démocratie participative qui semble vouloir réduire les corps intermédiaires ? Populaire ou populiste ? Comme dit Bedos, « elle est parfois maladroite, mais aussi mal à gauche ! »
Pour d’autres, c’est Lui. Décidément.
Enfin du neuf, de l’original, du clair, du pragmatisme… En finir avec la bipolarisation, l’alternance des semblables. Ni  l’un, ni l’autre, le troisième ! Je pense à Jacques Lecoq qui me disait souvent : «Entre deux droites qui s’affrontent, c’est souvent une troisième, oblique, qui l’emporte ! » Il a sa chance. L’homme est honorable.
Tu n’y penses pas ! Le centre, c’est la droite, irrémédiablement.
A l’heure qu’il est, je sens venir la fin de la récré. Il va falloir se décider.
Finalement, ce sera Elle.
Elle à Gauche, malgré ses incertitudes, malgré ses errements passés, malgré son abandon de l’Internationale (j’aime cette chanson !), malgré son autoritarisme participatif.
Elle, la Gauche, parce qu’imaginer une seconde fois son absence au second tour, dont je pourrais être, ne serait-ce que d’une voix, responsable, m’est insupportable.
Elle, la Gauche, parce qu’au-delà même de la Présidentielle, il importe que le camp de la solidarité demeure présent, vivant, en mouvement.
Je voterai pour Elle, sans illusions excessives mais sans états d’âme.
Comme disait le philosophe : "Dans ton combat contre le monde, soit avec le monde!"
A moins que d’ici là, les pendules ne se dérèglent…

Comme l’écrit Pierre Rosenvallon* : «  l’élément le plus décisif pour le choix d’un citoyen n’est pas l’adéquation qu’il ressent avec un candidat, mais la façon dont son vote va permettre de sanctionner tel ou tel autre candidat. Nous sommes clairement passés d’une démocratie d’adhésion à une démocratie de rejet… ».
Et vous ?

* Cahier du Monde du 22 mars 2007 : "Les intellectuels jugent la présidentielle". A lire.
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Dimanche 18 mars 2007 7 18 /03 /2007 21:32
Petite note du dimanche soir.
A force de débattre sur le non-débat culturel dans la campagne présidentielle, il finit par se dire et s’écrire pas mal de choses. Ep2c rend compte de quelques pistes sur son blog.

Hier, nouvelle contribution dans un grand journal du matin : un entretien avec Frédéric Martel, spécialiste des industries culturelles, ancien attaché culturel aux Etats-Unis, sous le titre « Il faudrait créer des milliers de petits ministères de la culture ». Texte décapant, engagé et provocateur, particulièrement critique sur la gestion actuelle du ministère de la culture. Extraits.
« Chez nous, l'Etat, les régions et les villes continueront à jouer un rôle essentiel. Si on ne peut supprimer le ministère, on peut au moins en tracer le bilan, à l'heure où Donnedieu déclare qu'il «souhaite rester ministre de la Culture». Quelle outrecuidance : en c
ommunication, il a réussi – RDDV est un bon attaché de presse de son image –, mais en ministre de la Culture, il a totalement échoué. Son administration est désorganisée et démoralisée, son action clientéliste, ses nominations médiocres, son cabinet calamiteux. On a un ministère asphyxié, à la tête d'un système culturel fossilisé. »…
« …il faut définir un cap : décentraliser, privilégier la fiscalité sur la subvention, casser le catéchisme culturel français reflétant le consensus des élites, permettre une réappropriation citoyenne de la culture, valoriser la diversité réelle des cultures, favoriser toutes les autonomies. En un mot : en finir avec une culture sous tutelle. »
 Lire tout le texte.

Derrière ces propositions, en écho aux interventions très riches tenues au Théâtre des Bouffes du Nord, notamment par Patrick Champagne et Marie-José Mondzain lors de la prise de parole organisée par la revue Cassandre (publication à venir), j’entends en vérité une même question : « Quelle peut-être aujourd’hui une politique artistique et culturelle républicaine, adaptée aux changements du monde, soucieuse de diversité, de lien social, de laïcité, résistante aux forces du marché et à l’impérialisme de l’imaginaire ? »
J’écris « républicaine » pour ne pas écrire « nationale » ou « de l’Etat ». Car à l’évidence, quel que soit le mode d’organisation et de répartition des rôles et des compétences entre les différents ministères, entre l’Etat et les collectivités territoriales, c’est de la République dont il s’agit, à savoir une certaine idée (et une pratique certaine) de quelques valeurs communes et essentielles. Ces valeurs sont largement partagées, par des responsables politiques, des élus territoriaux, des professionnels de l’art, des citoyens, des associations… Encore faut-il trouver les modes de « co-production » des politiques publiques, à peine ébauchées aujourd’hui. Ce pourrait être le grand chantier des années à venir… Faut-il pour cela en finir avec toute idée de "service public" et s'approcher au plus près du modèle américain tel que nous le propose l'auteur de ce texte? Difficle à croire. Et pourtant, un grand courant d'air serait salutaire !
En vérité, le débat sur « l’identité nationale », lorsqu’il n’est pas instrumentalisé au profit d’idéologies nauséabondes, recouvre-t-il autre chose que la nécessité, en cette période de mutation, de formuler le sens-même de la République ? C’est-à-dire ce qui nous rassemble dans une diversité en mouvement ?
Bonne nuit !

PS : voir aussi " pour une nouvelle politique culturelle : 25 propositions " par Frédéric Martel


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Vendredi 16 mars 2007 5 16 /03 /2007 22:39



Candidat(e)s à l'élection présidentielle, ils (elles) ont répondu au questionnaire adressé par le Forum permanent pour l'éducation artistique.
Ces documents ont été diffusés le 15 mars lors d'une rencontre publique au Théâtre national de la Colline.

Loizo est heureux de vous en offrir un exemplaire. Au choix !

Bonne lecture !
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Lundi 12 mars 2007 1 12 /03 /2007 18:46
1/ Scoop agricole


Vu hier Robin Renucci au Théâtre des Bouffes du Nord dans « Le Pianiste ». (Il ne vous reste qu’une semaine pour assister à ce spectacle d’une rare finesse et d’une grande émotion.)
Scoop pour les bloggeurs de l’Oizo : son film « Sempre Vivu », dont je vous ai déjà parlé, viens de recevoir le prix spécial du jury du Festival… AGRICINEMA décerné lors du récent salon de l’agriculture.

Bravo à Robin, en attendant la sortie en salle prévue en juin prochain.


2/ L’argent de la culture
Lu dans Le Monde : « environ 78% des Français souhaitent une augmentation du budget de la culture, selon un sondage LH2 pour 20 minutes et RMC. L’argent public de la culture doit, selon les sondés, servir en priorité à organiser des événements à l’école (62%)… »
Quand on vous dit qu’il se passe quelque chose dans la prise de conscience de l’importance de l’éducation artistique et culturelle !


3/ Qui a dit ?
« Pourquoi l'absence de véritable débat, en cette période de campagne électorale, sur la place de l'art et de la culture dans notre société, est-elle un symptôme historique extrêmement inquiétant ? Parce qu'elle annonce, pour la première fois depuis la Libération, le risque d'abandon de ce qui constitue une part fondamentale de l'histoire de notre pays. Une part de notre histoire dont est issue la valeur accordée en France à la pensée, à travers notre littérature, notre théâtre, les arts et leur circulation, dans la vision du monde que nous partageons et la place que nous avons su leur donner dans notre vie réelle. Une valeur accordée aux choses de l'esprit qui fut longtemps un exemple pour le monde occidental. Cette absence fait planer une menace de défaite devant l'invasion délétère de l'esprit marchand imposé par ce que l'on nomme «globalisation» …

La réponse est ici
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Samedi 3 mars 2007 6 03 /03 /2007 23:12
L’éducation artistique et culturelle
Pourquoi ? Comment ?

La chose est entendue ! La campagne pour l’élection présidentielle 2007  marquera l’histoire de l’éducation artistique et culturelle dans notre pays. De la gauche à la droite, voire à l’extrême droite, tous les programmes des candidats en matière de politique culturelle reprennent peu ou prou cette problématique. Ici, on envisage un regroupement plus ou moins complet entre les deux ministères concernés ; ailleurs, on suggère une demi-journée libérée pour les activités artistiques dans l’éducation. Partout, la perspective d’une généralisation de l’art à l’école est avancée. Pas une réflexion, un colloque, un séminaire, une émission de radio, un programme politique, qui ne fasse de ce thème une priorité nationale. Bravo !
Pour qui milite depuis plusieurs décennies sur ce sujet, c’est notre cas , cette situation est cependant paradoxale. D’un côté, on ne peut que se réjouir de voir enfin pris en compte dans le débat public un thème qui a fait l’objet de tant de combats, d’expériences, de réussites, partout en France, depuis une quarantaine d’années. Que des élus de tous bords conviennent enfin qu’il s’agit-là d’une urgente nécessité, que notre système scolaire est hémiplégique et retardataire par rapport à d’autres pays, que les politiques culturelles ne se développeront plus sans un effort considérable de formation des publics potentiels... tout cela est une satisfaction pour les militants que nous sommes. Ainsi n’aurons-nous pas travaillé, expérimenté, former, écrit et colloqué pour rien. Les mentalités évoluent. Tant mieux !
Mais dans le même temps, un vertige nous saisit. Que cache cette apparente unanimité ? Quels non-dits, malentendus ou contradictions ? Parle-t-on vraiment de la même chose ? Les politiques sont-ils (elles) vraiment convaincu(e)s ou sont-ils seulement sensibles à l’air du temps, aux revendications du moment ? Perçoivent-ils réellement les enjeux et les complexités qui se dissimulent derrière ces propositions ? N’est-il pas temps d’entrer dans le détail des choses et de nous interroger sur la réalité des politiques affirmées ? J’aime cette réflexion d’Umberto Ecco, expliquant le rôle des intellectuels en politique : « Les intellectuels doivent dire aux politiques ce qu’ils doivent faire. Mais quand les politiques font effectivement ce qu’ils ont dit, c’est souvent la catastrophe. Alors les intellectuels doivent revenir pour préciser que ce n’était pas exactement ce qu’ils avaient proposé... » Nous en sommes-là. Voici venu le temps de quelques précisions.

Hasard ou nécessité ?
Mais d’abord, pourquoi une telle unanimité dans la défense et la promotion de l’éducation artistique et culturelle ? Comment se fait-il que ce sujet, autrefois si peu mobilisateur et si peu médiatisé, se trouve porté à ce point sur la place publique ?  Hasard ou nécessité ? Les raisons de cette émergence dessinent, consciemment ou non, les objectifs que l’on assigne à ces propositions. Quatre raisons principales me semblent devoir être évoquées.

La première nous sera la plus favorable : ils ont enfin compris ! Grâce à la mobilisation ardente et durable de plusieurs générations d’enseignants, d’artistes et de médiateurs, de responsables éducatifs et culturels, d’élus ; grâce à l’opiniâtreté des pionniers, défricheurs de pratiques nouvelles, militants associatifs et mouvements pédagogiques, ces idées ont fini par s’imposer dans les esprits. Rendons hommage à tous ceux qui, depuis le colloque d’Amiens en 1968 consacré à « L’école nouvelle » jusqu’aux plus récentes manifestations, colloques, séminaires et publications sur ce thème, en passant par les multiples plans nationaux, plans locaux et autres conventions interministérielles, ont su tracer sans relâche une route nouvelle dans la jungle des pratiques artistiques et pédagogiques dominantes. La vie culturelle et pédagogique est un combat. Il arrive que l’on gagne quelques batailles. Celle-ci semble pourrait en être une.
De plus, nombre de ceux qui se trouvent aujourd’hui au cœur de ce débat public, responsables institutionnels de toutes sortes, font partie d’une génération qui a souvent connu la réalité de ces aventures, dans une classe artistique, un atelier de pratique, un jumelage... Il ne s’agit pas pour eux de défendre une simple idée, fut-elle juste, ils défendent aussi une expérience partagée, ce qui est autrement mobilisateur. Enfin, que l’on apprécie ou non ce que fut le plan « Lang Tasca » de développement des arts à l’école, dans les années 200-2002, convenons que ce programme a mis en lumière l’importance d’une volonté politique dans ce domaine. La suppression brutale de ce projet et des moyens qui l’accompagnaient, par les ministres suivants, est apparue comme une faute à de très nombreux partenaires. « Une connerie » précisera même un député UMP  peu suspect de complaisance avec le gouvernement de gauche de l’époque. Paradoxalement, ce recul institutionnel pourrait avoir favorisé la prise de conscience collective, faisant apparaître l’absurdité de ce retour en arrière.

La seconde raison est liée à l’état des politiques culturelles dans notre pays et au « malaise de la culture  » si souvent évoqué. Depuis le milieu des années 80, date des premières études sur les « pratiques culturelles des Français » réalisées par le Département des études et de la prospective du ministère de la culture qui démontraient que seule une part minoritaire de la population (environ 20%) fréquentait les institutions culturelles, jusqu’à la crise des intermittents du spectacle, déclenchée en 2003, les signes n’ont pas manqué d’un bouleversement important dans ce secteur. Stagnation des publics, difficultés d’élargissement social, explosion de l’offre artistique, diversité des formes, métissages des arts, nouvelles technologies, multiplication des festivals, développement du numérique... mais aussi décentralisation, prise en charge croissante des questions culturelles par les collectivités territoriales, nécessité d’évaluation toujours repoussées, incertitudes sur le rôle de l’Etat... Le champ culturel, ses élus et ses professionnels s’interrogent : comment sortir de cette période critique autrement que par un libéralisme exacerbé qui confierait au seul marché le soin de réguler ces évolutions ? La réponse la plus simple à cette interrogation est, presque toujours, celle de l’éducation artistique et culturelle. Il faut former, sensibiliser les publics, dès leur plus jeune âge. C’est à l’école qu’il faut confier cette mission. De la maternelle à l’université, si l’éducation artistique et culturelle était vraiment généralisée, ce seraient des milliers d’enfants, puis d’adolescents et d’adultes, qui se sentiraient concernés par les innombrables propositions artistiques mises en place sur les territoires. Musées, concerts, spectacles vivants, bibliothèques, cinémas, cirques... seraient assaillis par des hordes de jeunes affamés d’art et de culture, généreusement accompagnés par des enseignants enthousiastes, compétents et pertinents, à la fois passeurs et médiateurs, eux-mêmes parfaitement formés à cette fonction nouvelle. Je force à peine le trait sur le rêve partagé. La réalité risque d’être plus complexe.

La troisième raison est éducative. Ce n’est plus pour justifier une politique culturelle mais pour faire évoluer, profondément, le système éducatif lui-même, que l’éducation artistique et culturelle est aujourd’hui invoquée. C’est que l’école, convenons-en, ne laisse pas d’inquiéter et d’interroger tous ceux qui l’observent avec objectivité. Loin de moi l’idée qu’il s’agirait d’une « fabrique de crétins » ou que Mai 68 et son supposé « laxisme » serait la cause de toutes les dérives et les difficultés d’un système éducatif en faillite. Ces accusations caricaturales sont entachées de relents idéologiques réactionnaires que je ne partage pas. Pour autant, il est évident que le système scolaire français peine à s’adapter aux évolutions du monde, aux nouvelles technologies, aux diversités culturelles des populations, à l’influence croissante de la télévision sur les imaginaires, à la massification, à la paupérisation de certaines catégories sociales, au marché roi et aux luttes d’influences religieuses... Dans ce contexte mouvementé, la place de l’art et de la culture, les pratiques artistiques individuelles et collectives, peuvent apparaître comme des éléments structurants permettant à nos enfants de vivre et de découvrir ensemble d’autres formes d’expression que celles auxquelles ils sont souvent réduits. La pédagogie de projet, l’ouverture sur le monde de la création contemporaine, la rencontre des artistes, les partenariats divers avec des institutions et des structures artistiques et culturelles... sont autant d’occasions offertes pour une réappropriation de l’école elle-même par les enfants et les enseignants. Que la dimension artistique et culturelle ait été intégrée (après une âpre bataille) dans le « socle commun des connaissances » adopté par le ministère de l’éducation nationale, est un signe positif de cette évolution. On notera que la préoccupation de l’éducation artistique et culturelle est aujourd’hui internationale. L’UNESCO s’en est emparée lors d’une récente rencontre à Lisbonne, un symposium international s’est tenu à Paris sur les questions d’évaluation, l’Observatoire des politiques culturelles à rendu compte de certaines expériences internationales dans un récent numéro de sa revue. La liste n’est pas exhaustive.

Ajoutons, enfin, une quatrième raison de nature plus sociale. Les émeutes de décembre 2005 dans les banlieues de nos villes ont montré combien les questions du lien social et de l’intégration se trouvaient, chez nous, particulièrement vives. Une part importante de la jeunesse se trouve (se situe) en marge d’une vie sociale « normale », aux prises avec les difficultés cumulées, de l’urbanisme, de la précarité, de la langue, de l’échec scolaire, du consumérisme exacerbé, du chômage, de la violence... La voiture qui brûle remplace le poème ! La course-poursuite avec les CRS tient lieu de jeu de piste ! La délinquance rajeunit chaque jour. Hier, c’est un enfant de onze ans qui se faisait arrêté au volant d’une voiture « empruntée » ! Face a cette situation explosive, la tentation est grande de rechercher tous les moyens d’un retour au calme, à la concorde, au dialogue, à la civilité (j’allais dire civilitude !) Les sports et les arts sont alors convoqués pour la paix sociale. Qu’ils courent, qu’ils sautent, qu’ils se dépensent physiquement, qu’ils tapent dans un ballon ou qu’ils dansent, qu’ils « rapp », qu’ils « slam », qu’ils s’essayent à Marivaux, Molière ou à quelques improvisations théâtrales personnelles et ce sera toujours ça de pris. Pendant ce temps-là, les voitures ne brûleront pas ! L’éducation artistique et culturelle, à l’école mais également dans les quartiers, les associations, les centres de vacances, est un aussi un outil majeur d’expression de la jeunesse et d’intégration sociale. Du moins l’espère-t-on.

Chacune de ces explications est, en partie, parfaitement fondée. L’éducation aux arts et à la culture (par les arts et la culture) peut effectivement répondre à la fois aux enjeux culturels, éducatifs et sociaux qui lui sont assignés. Elle peut contribuer à la formation des publics et à leur élargissement, au développement des individus et à leur émancipation individuelle comme à l’apaisement de comportements violents ou incivils de certains. Nombre d’expériences menées ces dernières décennies ont démontré leur efficacité dans ces différents domaines. Et pourtant... A vouloir instrumentaliser cette question, à trop attendre de ce travail, la déception sera inévitable. Croire que l’éducation artistique et culturelle serait une solution miracle aux maux qui nous assaillent ne peut être qu’un leurre. Au mieux, et c’est déjà beaucoup, elle peut constituer une nouvelle utopie collective qui remplacerait la « démocratisation culturelle » du siècle dernier. Tout dépend, en vérité, de la nature des projets mis en œuvre, des conditions de leur réalisation, de la pérennité des actions et de l’appropriation effective par les enfants et les jeunes concernés. Tout est dans la manière. Dans le sens. Sans garantie pour autant !

J'essaierai de préciser, dans des interventions prochaines, les enjeux réels et les conditions indispensables, à mes yeux, pour la cohérence et lé réussite de ce travaiL
Merci de vos commentaires éventuels.
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