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Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /Juin /2008 10:51
Ces trois jours au Théâtre des Amandiers à Nanterre, un « forum » du journal Libération intitulé « Vive la culture ». Des semaines déjà que le quotidien fait une pub pour annoncer la chose, puis le programme constitué de nombreux temps d’échanges avec, à chaque fois, deux intervenants « connus ». Toujours friand de débats et d’intelligence du monde, je m’y rends donc avec intérêt. Premier constat : peu de monde, malgré le matraquage publicitaire, avec la ministre de la culture sur le plateau la salle n’est pas pleine, ni aucune des salles suivantes. Quel enseignement : une mauvaise date, un mauvais « casting », un thème dont tout le monde se fout ? Mystère ! Les trois à la fois sans doute !
Second constat, la superficialité profonde (beau collage) des organisateurs et animateurs : des débats bâclés, des introductions faciles, aucune relance ni maîtrise des enjeux et des discussions, bref un amateurisme confondant ! On en sort au mieux en rage, au pire déprimé.
Le débat sur l’éducation artistique entre Xavier Darcos, ministre de l’éducation nationale, et Sandrine Mazetier, députée en charge de l’éducation au Parti socialiste est d’une tristesse inouïe, à peine réveillée par quelques enseignants manifestants dans la salle contre les réformes en cours. Aucune analyse véritable des enjeux, aucune relance possible devant les manipulations de chiffres du ministre, lorsqu’il affirme dépenser près de 2 milliards d’euros pour l’éducation artistique (incluant dans ce chiffre les salaires des profs de musique et d’arts plastiques mais sans le dire vraiment ! Pourquoi pas quelques milliards de plus en ajoutant les profs de français qui font de la poésie ou ceux de langue qui travaillent sur le théâtre anglais ou espagnol ?) Rien sur la pédagogie de projet ! Rien sur les diminutions considérables du programme « transmission » du ministère de la culture qui contredit toutes les prétentions de l’éducation nationale. Rien sur la philosophie même de « l’histoire des arts » comme élément principal ! Un débat nullissime, alors qu’il y avait dans la salle une bonne quinzaine de spécialistes qui auraient pu dire quelques mots utiles sur le sujet !
Autre débat, sur « décentralisation, qui détient les clefs du coffre ? » avec Jean-Jacques Queyranne et Patrick Braouzec, personnalités estimables et sympathiques. Vingt cinq participants perdus sous un chapiteau… Une introduction à peine ébauchée par le journaliste de Libé qui se demande s’il existe en région, des gens compétents pour juger de la chose artistique ! Personne ne relève. Et va sur la grande confusion entre l’art et la culture, ne se questionnant que sur la question de la répartition financière, sans s’interroger un instant sur le sens d’une décentralisation possible, sur l’apport d’une véritable politique de proximité… Bref, le vide sidéral de la pensée, le manque de préparation, l’incapacité à mener une problématique… A pleurer ! Et l’on vous dira sans doute que ce fut un grand moment, un succès public et un thème essentiel. N’en croyez rien. J’y étais !

Et pendant ce temps-là, la France prend 4 buts face à la Hollande ! Cela n’a rien à voir.
Et le Ville de Toulouse mène une grande consultation intitulée les « Assises de la culture », mouvement passionnant qui s’engage avec une nouvelle municipalité pleine d’enthousiasme. Une série de rencontres thématiques qui devraient aboutir à une nouvelle politique annoncée d’ici la fin de l’année. A suivre avec intérêt !
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Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /Mai /2008 22:36
Je reviens sur la Palme d’or du Festival de Cannes, pour préciser les deux lectures qui ne manqueront sans doute pas d’être faites de ce film (que je n’ai pas vu…)
La première lecture portera probablement sur le contenu du film, les personnages, les situations, le langage, la réalité (ou pas) de la société qui y est décrite… On verra alors se réanimer le débat sur l’école, sa nécessaire réforme, l’indispensable « retour aux fondamentaux » accompagné d’une autorité enfin rétablie… Version réactionnaire de l’opinion fortement répandue aujourd’hui.
La seconde lecture, totalement opposée et sans doute occultée, insistera sur la réalisation du film lui-même, l’engagement de ces jeunes du XXè arrondissement de Paris dans un véritable projet pédagogique et artistique, leur capacité de travail, de mobilisation, d’interprétation et les conséquences formidables sur leur développement, leur image personnelle, l’image symbolique qu’ils représentent dans notre société. « Enfin, on nous verra autrement » disaient certains d’entr’eux au lendemain de leur récompense cannoise. On voudrait qu’ils aient raison !
Je trouve absolument extraordinaire ce double message envoyé par ce film, et suis curieux d’observer la manière dont ces deux débats seront (ou pas) repris au moment de la sortie en salle.

Me revient ici à l’esprit une histoire que racontait Augusto Boal à propos de la présentation de la télévision à des tribus indiennes d’Amérique. Venus leur montrer comment fonctionnait ce nouvel outil, des techniciens de la télévision décidèrent de passer quelques images à titre d’exemple. Ils avaient sous la main un vieux western… va pour le western. On y voyait des indiens se faire massacrer par des cowboys. Hurlements du public ! Si c’est ça la télévision, jamais ! Nous ne voulons pas de ces histoires… Confusion absolue entre le média et le message. Nous ne sommes pas loin d’un phénomène semblable. Attendons !

En attendant …
Nous apprenons que certains participants au film sont sans papiers !  « En ouvrant la 61e édition du Festival de Cannes, le président du jury, l'acteur et réalisateur Sean Penn, avait promis un palmarès "politique". La Palme d'or décernée à la fiction documentaire Entre les murs, de Laurent Cantet, est sans doute allée au-delà de ses espérances. Un des acteurs primés à Cannes est aujourd'hui sans papiers, tout comme la mère d'un de ses partenaires à l'écran, rapporte France Info. Selon Réseau éducation sans frontière (RESF), en pointe sur le dossier des régularisations, d'autres proches de membres de l'équipe du film pourraient être dans la même situation. »
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Et sur l’école, toujours… 
Je conseille vivement la lecture du coup de gueule d’Antoine Prost dans Le Monde daté du 28/5 : « Un Munich pédagogique » : Une catastrophe est en marche, plus grave que les nouveaux programmes de l'école primaire ou les suppressions de postes qu'on dénonce dans la presse ou dans la rue. Il sera facile, en effet, de revenir sur ces mesures.La suppression de deux heures de classe dans l'enseignement primaire et la semaine de quatre jours risquent au contraire d'être irréversibles. Et personne ne dit rien ou presque. Le forfait s'accomplit dans l'indifférence générale. Munich s'était accompagné d'un "lâche soulagement". Ce lâche consentement, lui aussi, annonce une débâcle. »


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Mardi 27 mai 2008 2 27 /05 /Mai /2008 09:17

Quel déferlement ! La Palme d’Or du Festival de Cannes au film tourné avec des élèves du Collège Dolto dans le XXè, à deux pas de chez moi. Et toute la presse qui s’y précipite, retour triomphal des acteurs, journaux télévisés, première page de Libé, on annonce même la venue du Président de la République. Et le Pape, rien ?
Ne boudons pas notre plaisir, partagé avec eux : belle aventure, beau résultat, belle image d’une activité artistique menée avec des adolescents dits « en difficulté ». Belle relation entre les enseignants concernés (ou pas) et l’équipe artistique. Conséquence forte sur tout l’établissement, tout le quartier sans doute, les familles, les voisins… Bravo !

Petit rappel cependant nécessaire :

1/ des aventures de ce type, il en existe des centaines dans de très nombreux établissements. Ce sont les projets artistes et culturels menés en partenariat par des enseignants et des artistes, permettant à leurs élèves de vivre des expériences d’expression très variées. Elles n’aboutissent pas toutes (heureusement) à la dimension professionnelle voulue ici, mais provoquent au plus intime de chacun des évolutions sans doute aussi importantes. Ce sont ces activités qui manquent cruellement de reconnaissance, de temps, d’espace et de crédits pour se poursuivre et se développer. Vous souvenez-vous de la fable de l’arbre qui cache la forêt ?

2/ la surmédiatisation de la Palme d’Or appelle la plus grande vigilance et la plus grande prudence dans la gestion du phénomène. Non, les élèves concernés ne sont pas des stars ; non, ils ne deviendront pas tous comédiens ou vedettes de cinéma ; oui, on verra peut-être grossir les inscriptions dans les ateliers théâtre ou cinéma, et ce peut être une bonne chose, comme la « Star Academie » avait rempli un temps les conservatoires et les cours de chant. Et après ?
La question de l’éducation artistique et culturelle est plus complexe que cela, nous avons déjà eu l’occasion d’en parler si souvent….

3/ Ne pourrait-on suggérer que dans chaque établissement scolaire, dorénavant, une « Palme » soit remise au plus beau projet artistico/pédagogique par un jury composé d’enseignants, d’élèves, de parents et d’artistes ? La cérémonie filmée par l’atelier vidéo, avec montée des marches (de l’estrade) serait disponible sur le site télévisé internet de l’établissement… Cela remplacerait la traditionnelle fête de fin d’année et se terminerait par une « teuf » géante dans le gymnase ou dans la cour, ouverte à tous les habitants du quartier… Je rêve ?


PS : Dans le grand chambardement des réflexions et prises de position sur la politique culturelle, je signale l'initiative des Editions de l'attribut qui lancent un Manifeste "Ne laissons pas mourir l’action culturelle et solidaire sous Sarkozy !"
Plusieurs centaines de signatures en quelques heures et une manifestation prévue à l'automne. A vos clavier
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Lundi 26 mai 2008 1 26 /05 /Mai /2008 22:28
1/ Etat d’âme
On ressent comme une baisse de régime. Depuis quelque temps, moins envie d’écrire, d’alimenter ce blog avec constance. Le doute s’installe : à quoi bon ? Passée la période de découverte et d’enthousiasme, passé le temps de coups de gueule et des coups de pub, est-ce bien utile ? Allons plus loin, ces états d’âme ont-ils le moindre intérêt pour un lecteur anonyme de la blogosphère ? On peut en douter ! Et pourtant… Vous êtes une centaine d’inscrits qui recevez automatiquement un petit signe à chaque article. Vous êtes à ce jour 21246 à avoir visité le blog depuis sa création, en lisant 74305 pages. De quoi me remonter un peu le moral ! Alors, je continue, espérant toujours que vous serez, vous aussi, plus vifs dans les commentaires éventuels… En fait, n’est-ce pas le contexte général qui nous rend plus perplexe ?

2/Etat d’esprit
Voici quelques semaines que certaines revues me font signe pour avoir mon avis sur la question de l’éducation artistique et culturelle. Je réponds avec intérêt bien que me sentant un peu isolé dans les prises de paroles. Je vous livre ici en avant-première le texte qui devrait être publié prochainement dans Stradda, la revue des arts de la rue. Il exprime assez clairement mon état d’esprit actuel.

Lettre ouverte aux militants de l’éducation artistique et culturelle
… ou à ceux qui pourraient le devenir.

Chers amis,
depuis une quarantaine d’années, artistes, enseignants, responsables culturels et éducatifs, élus… nous avons participé à un mouvement important de la vie éducative et culturelle de notre pays. Dans des lieux divers (écoles, structures culturelles, associations…), nous avons travaillé à l’émergence de pratiques nouvelles de l’art dans l’éducation, à une pédagogie de projets, à l’invention de formes et de dispositifs pour que les enfants et les jeunes qui nous étaient confiés puissent, le temps d’un projet ou plus longuement, se frotter à la création artistique et, par là, se construire de manière harmonieuse. Pour cela, nous avons multiplié les initiatives, les expériences, les réflexions, les formations et les combats, notamment sur le thème du « partenariat » entre artistes et enseignants. Nous avons tenu des séminaires, des colloques, des formations, nous avons écrit des articles, des livres, des rapports, nous avons milité dans des associations, dans les administrations, nous nous sommes réunis dans des mouvements internationaux… Bon an mal an, notre projet s’est développé, prenant progressivement une place centrale dans le débat public sur la culture et sur l’éducation. Une de nos revendications principales était de voir ce thème enfin repris dans le débat politique général, afin qu’il parvienne à influencer véritablement les politiques publiques de la culture et de l’éducation. Nous sommes servis !
Lors de la récente campagne présidentielle, tous les candidats firent de ce sujet une idée-force, convenant que les politiques de la culture avaient atteint une limite que seule l’éducation pourrait permettre de dépasser désormais. Le Président élu en fit une priorité, inscrite dans les décrets d’attribution aux ministres concernés. Ceux-ci s’empressèrent de commander un rapport (le 27è, me semble-t-il) sur le sujet. Une intervention en Conseil des ministres venait confirmer cet empressement. Enfin, puisqu’il n’existe pas de politique sans circulaire, un document vient de paraître au Bulletin officiel de l’éducation nationale du 8 mai 2008 qui précise les orientations : « L’éducation artistique et culturelle doit être développée dans un objectif de généralisation à tous les élèves et à l’ensemble des cycles de formation, dans le domaine des connaissances et de la pratique artistiques. Elle doit permettre l’éveil des talents particuliers et conduire les élèves qui le souhaitent vers des pratiques artistiques d’excellence. » Ce texte décline les grands axes d’une politique à venir : « enseignement obligatoire de l’histoire des arts, évaluation au Brevet, pratiques artistiques dans l’accompagnement éducatif et hors l’école, classes à horaires aménagés, fréquentation des structures culturelles, partenariats entre établissements scolaires et culturels, ateliers de pratique, résidences d’artistes, volets artistiques et culturels des projets d’établissement, formation initiale, formation continue, convention triennale avec les collectivités territoriales… » Avouons-le, la lecture de cette circulaire laisse perplexe.
Reconnaissons aux auteurs une tentative de synthèse générale sur le sujet (tout y est et son contraire !), un engagement réel à vouloir faire évoluer ce domaine au-delà du cercle des convaincus, cependant dans une hiérarchie des priorités et dans un contexte qui ne laissent pas d’inquiéter. Pour faire court : la place principale et préalable donnée à « l’histoire des arts » apparaît comme un contresens majeur de ce que nous avons tenté de faire depuis des années. Comme s’il importait de connaître d’abord l’histoire des sports avant d’apprendre à courir, à sauter ou à nager ! Cette manière, très classique et académique (« bourgeoise » aurait-on dit, il y a quelques années !), de concevoir l’éducation artistique et culturelle correspond bien sûr à l’air du temps, au « retour aux fondamentaux », à la volonté espérée d’un « socle commun » des connaissances artistiques, au primat du savoir sur l’expérience, balayant du même coup toute approche jugée trop « pédagogique » de l’activité artistique et culturelle. Pas un mot, ici, sur la « pédagogie de projet » qui fut, pour nombre d’entre nous, aussi importante que la dimension artistique elle-même. Pas un mot, sur la dimension collective, l’apprentissage de groupe, l’entrée par l’expression et la sensibilité avant la conceptualisation. Bref, nous ne parlons pas de la même « éducation artistique et culturelle » ! De plus, le contexte général, les crédits en baisse, la réduction des horaires de l’Ecole, la restriction des financements de nombreuses activités culturelles, les difficultés des artistes intermittents, les résistances pédagogiques qui visent une éducation principalement « utilitariste »… ajoutent à notre inquiétude.
En vérité, c’est une nouvelle étape d’un combat déjà ancien qui s’ouvre désormais. Il ne s’agit plus d’imposer notre thème dans le débat public, mais d’affirmer, plus que jamais, le sens de ce que l’on nomme « éducation artistique et culturelle ». A l’heure de la grande bataille mondiale de l’imaginaire, à l’heure du consumérisme-roi, de la grande peur généralisée de l’avenir et de l’autre, à l’heure où le « principe de précaution » voudrait être appliqué partout, y compris à l’éducation… nous devons réaffirmer l’importance de la pédagogie active, de l’expression personnelle, de la solidarité dans l’aventure artistique et pédagogique, notamment pour les enfants issus des milieux les plus éloignés de la chose culturelle ; rappeler la complexité des œuvres, comme l’incertitude du travail artistique et le tâtonnement comme principe d’apprentissage. Redire l’indispensable approche sensible dans la formation des générations futures, mais aussi l’acceptation et la maîtrise de l’incertitude qui régit la création artistique. Ces ambitions ne peuvent se réduire à un enseignement, aussi utile soit-il, de l’histoire des arts. Elles appellent des initiatives, des engagements, des évolutions dans les pratiques pédagogiques comme dans les actions culturelles. Elles appellent du temps, des espaces et, bien entendu, moyens financiers et humains. Elles appellent enfin, et peut être surtout, une formation constante de tous les acteurs concernés.
Soyons francs et peut-être un peu malins : la circulaire en question pourrait être un outil efficace à qui sait s’en servir. Pas d’histoire des arts sans rapport aux œuvres, développement de la pratique et des sorties, création de postes de médiateurs, formations initiales et continues, projets d’établissement, partenariats, conventions avec les collectivités territoriales… Soit ! Il serait bon de prendre ce texte aux mots, du moins ceux qui nous conviennent, et de faire de ces éléments le cœur de nos combats à venir. Comme il était dit dans une époque désormais « liquidée » : le combat continue !

3/Etat des lieux
Avez-vous lu… ? Que désormais il sera possible de séparer les garçons et les filles dans les établissements scolaires ? Le Monde du 23 avril : « Extrait : Le Parlement vient d'adopter, subrepticement, une disposition dangereuse pour le modèle républicain. Une fois de plus, l'Europe a bon dos. Au nom d'une prétendue directive européenne, le gouvernement français vient de faire adopter par le Parlement, dans un texte de loi destiné à lutter contre les discriminations, une disposition remettant en cause la mixité à l'école. Aucun ministre de l'éducation, aussi réactionnaire fût-il, n'aurait eu « l'audace » d'inscrire dans nos textes, ne serait-ce que par voie de circulaire, la possibilité d'organiser « des enseignements par regroupement des élèves en fonction de leur sexe » sans s'exposer à la foudre des organisations laïques et des syndicats de l'enseignement »

4/ Et un coup de chapeau
A mon ami Robin Renucci. Président du jury de l’éducation nationale au Festival de Cannes, il rappelle avec calme et simplicité la dimension politique de toute œuvre d’art. On écoute ici.

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Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /Mai /2008 14:42

Deux nouvelles glanées récemment dans la presse.
L’une théâtrale, l’autre politique.
Il se pourrait que l’on y trouve quelques correspondances.


1/ Daniel Mesguich, directeur du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, vient de nommer Guy Bedos « professeur de solitude », chargé d’enseigner aux futurs acteurs l’art du sketch. Il s’en explique dans Le Monde de la manière suivante :

« Le one-man-show, c'est l'art du sketch. Pourquoi ne pas s'y préparer, comme à la prestidigitation, au clown, qui seront aussi enseignés dans ces cours ? L'art de l'acteur est à multiples facettes. Et puis, sur le fond, qu'est-ce qui fait la spécificité de tel grand acteur, sinon sa solitude, sinon sa profondeur à lui, inaliénable ? C'est seul qu'on fait des progrès essentiels. Je ne dis pas que les cours "de solitude" apprennent à être seul au monde. Mais je dis que quand on a tout enlevé, les partenaires, le personnage, la situation, et qu'on dit : "Voilà, le rideau s'ouvre, et tu es seul", c'est une façon essentielle de rappeler ce qu'est le théâtre. »

Voici théorisée, dans la plus prestigieuse école française d’art dramatique, la dérive la plus marquante de ces dernières années, à savoir l’individualisme forcené des acteurs, le principe de solitude affirmé comme identité même du théâtre. Foutaise !

Me reviennent à l’esprit toutes les aventures théâtrales marquantes auxquelles j’ai participé, ou assisté, depuis près de 40 ans. Vilar, Brook, Mnouchkine, Kantor, le Living theatre, et tant d’autres… Toutes avaient en commun d’être le fruit d’un travail, mieux d’une expression collective. Mettez sur une scène une troupe de solitaires, aussi géniaux soient-ils, cela ne fonctionnera jamais comme une équipe solidaire, fut-elle composée d’individus moins talentueux. Au théâtre comme au football, c’est le jeu collectif qui l’emporte toujours.

Mon ami Philippe Avron, qui pourtant joue seul depuis bien des années, ne cesse de répéter : « C’est fou qu’il faut comme monde pour faire un truc tout seul » ! Il ferait un bon professeur au Conservatoire !

Allons pus loin. Je n’ai rien contre la solitude de l’acteur au moment des trois coups et j’adhère à l’idée qu’une part de solitude, c’est-à-dire de responsabilité individuelle autant que de liberté, est utile voire indispensable à l’acte artistique. Mais au théâtre, cette responsabilité ne peut être que partagée, et c’est dans le groupe, par la confrontation et le dialogue, que l’individu trouve ( ou non) sa place et son sens.

En vérité, l’intérêt majeur de l’activité théâtrale (et sans doute sportive, souvent) c’est précisément le jeu dialectique qui s’opère entre l’individu et l’équipe, entre solitude et solidarité. C’est d’ailleurs ce que Jacques Lecoq avait magistralement mis en œuvre dans l’équilibre subtil entre les « auto-cours », essais permanents de créations collectives, et le travail du clown, en fin de formation, solitude absolue de l’acteur au centre de la piste !

A quand Ariane Mnouchkine professeur de « solidarité » au Conservatoire ?


2/ « Christophe Girard quitte Ségolène Royal pour rejoindre Bertrand Delanöé. » Celle-là aussi, sans doute, vous aura échappé. Et pourtant, il s’est trouvé un journaliste pour y consacrer un papier dans un grand journal du soir. Cela vaut bien quelques lignes dans ce modeste blog.

Pour ceux qui l’ignoreraient, le Sieur Girard est depuis six ans adjoint au maire chargé de la culture à la Ville de Paris et salarié de la firme LVMH, qui commerce notamment avec la Chine. Il s’est abstenu lors de la décision du Conseil de Paris de nommer le Dalaï Lama citoyen d’honneur de la Ville. Pour l’avoir brièvement croisé, et observant la politique culturelle de la Ville de Paris, pour le moins inexistante, depuis qu’il en a la charge, il est intéressant de noter l’évolution politique de la personne : élu sur une liste Verts, puis rejoignant le PS, soutien actif et très visible de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, le voici dans le sillage de Bertrand Delanöé. Parions que d’autres revirements pourraient intervenir. Est-ce le vent ou la girouette qui tourne ?
Certains persiflent en affirmant que le personnage viserait essentiellement la rue de Valois, et qu’il lui faut donc s’atteler, au plus tôt, à la bonne  locomotive. D’où quelques hésitations sur la trajectoire. Comment peut-on contribuer à diffuser de telles rumeurs ! Persifler avec les loups, nous ? Jamais !

Le militantisme politique, comme l’art de l’acteur, est affaire de solidarité et non de solitude. N’est-il pas ?



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Mardi 22 avril 2008 2 22 /04 /Avr /2008 10:07
1/ Aimé Césaire est mort. La République lui a concédé des obsèques nationales. Daniel Maximin y a mené la lecture d’un ensemble de textes remarquables devant un parterre de personnalités. Grand moment, émouvant, intelligent, rare… Mais comment se fait-il qu’aucune chaîne de télévision parmi les « grandes chaînes publiques» (la 2, la 3…) n’ait trouvé utile de retransmettre cet événement ? Il m’a fallu aller chercher quelques extraits sur une chaîne privée câblée… Service public, encore un effort ! Quelle occasion ratée de rassembler un très large public autour de cette pensée vive !

2/ Un débat important fait suite au rapport « Olivennes » sur internet. En résumé, la position du rapport, adoptée par la majorité au Parlement français, propose une « riposte graduée » pour les pirates du Net, qui peut aller jusqu’à la fermeture totale de leur accès internet. La commission « Attali » suggère au contraire une autre forme de financement des droits d’auteurs, qui ressemblerait à une « licence globale ».
Par 314 voix pour (297 contre) le Parlement européen a notamment adopté l'amendement que Guy Bono et Michel Rocard, avaient déposé en plénière - co-signé par des socialistes, des verts et des communistes de 12 Etats membres - pour se positionner contre la « riposte graduée » prônée par Nicolas Sarkozy, et qui consiste à bloquer le trafic internet des consommateurs qui se livrent au téléchargement illégal de contenus culturels. « Les mesures répressives sont des mesures dictées par des industries qui n'ont pas été capables de changer leurs modèles économiques face aux nécessités imposées par la société de l'information. L'enjeu central est ici de trouver un équilibre entre les possibilités d'accès aux activités et contenus culturels, la diversité culturelle et une véritable rémunération aux titulaires de droits… Ces mesures entrent en contradiction avec les libertés civiques ainsi qu'avec les principes de proportionnalité, d'efficacité et de dissuasion », explique le Rapporteur Guy Bono. « La coupure de l'accès internet est une sanction aux effets puissants qui pourrait avoir des répercussions graves dans une société où l'accès à internet est un droit impératif pour l'inclusion sociale », ajoute-t-il. Nous vivons dans une société moderne. Internet fait partie de notre quotidien: c’est devenu un outil indispensable aussi bien dans la vie privée que dans la vie professionnelle. Supprimer l’accès à Internet à un jeune au prétexte qu’il télécharge est une décision gravissime. En Europe, la France est le pays qui envisage la mesure la plus répressive alors que c’est le pays des Droits de l’homme. » Le combat continue !
Pour en savoir plus : la quadrature du net.

3/ « Baba Troré est mort noyé ! » C’est le titre d’un communiqué officiel prenant acte du décès de ce jeune malien qui a plongé dans la Marne sans savoir nager. Il faut dire qu’il avait à ses trousses des policiers et qu’il n’avait pas de papiers. On aurait pu écrire : il est mort de peur. Il est mort de peur d’une politique de traque, comme cette chinoise qui avait sauté par la fenêtre à Belleville. Mais non, il est mort noyé ! Ouf !
Pour en savoir plus, lire ce témoignage  sur le site de Education sans frontières.

4/ La classe d’Adeline (CM2) avait travaillé un petit passage de « 1789 » du Théâtre de Soleil, dans le cadre de l’approche historique de la Révolution française. Elle m’en avait fait part et je lui ai dit que je connaissais bien ce théâtre. Quelques semaines plus tard, nous organisons une visite du Théâtre du Soleil : rencontre avec Maurice et Astrid, comédiens, visite des lieux, pique nique… et puis, rencontre avec Ariane Mnouchkine, très attendue. Elle passe quelques minutes avec les enfants, assiste à la séquence « 1789 » jouée par eux et puis… surprise ! Elle invite tout le monde à assister à une répétition des « Ephémères ». Nous nous retrouvons avec les enfants dans la salle de spectacle, une heure et demie durant, une attention extraordinaire… Moment simple, moment grandiose, moment sans doute mémorable ! Cela vaut toutes les histoires de l’art que l’on veut leur imposer à haute dose !


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Vendredi 28 mars 2008 5 28 /03 /Mars /2008 17:11
1/ Complémentarités
images-copie-3.jpeg « La religion est complémentaire de la laïcité » a déclaré récemment le président de la République pour clore une controverse toujours vive, provoquée par ses discours prononcés à Dubaï et à Rome (Latran). Ce point de vue est inexact et dangereux parce que contradictoire. Inexact parce que la laïcité est une et indivisible tout comme la République. Rien ne peut lui être complémentaire, c'est comme si l'on affirmait que la Monarchie est complémentaire de la République, le divorce du mariage, ou bien encore la foi de l’athéisme. On peut individuellement être monarchiste ou croyant. Ce sont là des convictions intimes, respectées et protégées par la République qui ne peuvent en aucun cas en être des compléments. La République nen a pas besoin. Son unicité et son indivisibilité suffisent à sa propre intégrité. Il est dangereux de vouloir ainsi la compléter, elle en est atteinte aussitôt, tout comme la laïcité…

Ainsi commence l’édito de Guy Seligmann, réalisateur, dans la Lettre de la SCAM.
Lumineux, n’est-il pas ?

2/ Internet
Pour les profanes du clavier et du réseau numérique, la question d’Internet, de son économie, de son droit, est parfois plus qu’obscure. Qui devrait payer quoi ? A qui ? Comment ? Et pendant ce temps-là, des millions de fichiers s’échangent chaque jour… Nos gouvernants se préparent à la « risposte graduée » ( qui vient d’être rejetée par les Suédois) et autres décisions inquiétantes, résultant notamment de la commission « Olivennes » (le même qui prend les commandes du Nouvel Obs !). Pour en savoir plus, comprendre les enjeux, participer éventuellement aux protestations qui s’organisent, un groupe de spécialistes vient de mettre en place un site particulièrement utile et pédagogique. C’est ici :  la quadrature du net

3/ Théâtre du Soleil
Faut-il rappeler à ceux qui n'ont pas encore vu "Les Ephémères" au Théâtre du Soleil que ce spectacle exceptionnel se terminera définitivement à Paris le 20 avril. Dépéchez-vous !
Le Théâtre du Soleil
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 09:43
Il y a quelques jours, un courriel : "nous avons lu votre blog, voulez-vous participer à une émission sur la culture sur la chaine parlementaire?"... Le lendemain, me voilà dans un bureau, face à un ordinateur et une web cam, un micro et des écouteurs sur le crâne. C'est parti pour une heure de débats en direct. Pour intervenir, il faut faire signe à la caméra, puis annoncer à une médiatrice ce dont on veut parler, qui transmet à l'animateur... bref, un peu compliqué ce qui oblige à la précision. Ce qui donne finalement ceci...


Sur le fond, il reste beaucoup à faire pour sortir de l'idée simpliste qui prétend que "la démocratisation culturelle serait un échec", et préciser que "l'histoire des arts... " et la pratique artistique, ce sont des choses différentes.
On continue !

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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /Mars /2008 23:07
Paris. Porte de Versailles. Salon du livre. Quelques centaines d’exposants, quelques milliers d’ouvrages… Les éditions Lansman me demandent de participer aux « dédicaces » : passer une heure pour signer mon dernier ouvrage aux lecteurs qui le souhaitent. Que ne ferait-on pas pour satisfaire nos lecteurs, et nos éditeurs. J’entre par la porte spéciale réservée aux VIP. Comme car « dédicaceur » me voilà very important ! Je traverse le salon, passe devant Amelie Nothomb en grand chapeau noir, des barrières de sécurité l’entourent, une file de lecteurs attendent… Un peu plus loin, d’autres files devant Jean-François Kahn, devant les auteurs de bandes dessinées… Voilà, c’est ici : Wallonie Bruxelles, les éditeurs belges. Sur l’ardoise du jour, à 16 h, mon nom ! Une petite table. Je m’installe. Ça y est : je suis un auteur au Salon. Enfin, un auteur à la hauteur ! Allons-y ! Echauffement du poignet pour les signatures… Je les attends !
Une heure après, je les attends toujours ! Certes, mon ami Jean-Claude est passé par hasard avec ses petites filles. Il a déjà lu le livre, je le lui ai offert, il y a quelques jours. Mon ami Pierre est passé également, il savait que je traînais par là. Il est venu m’offrir son propre bouquin car le mien, il l’a déjà lu… Et puis… plus rien ! Personne! Pas une signature. Pas le moindre autographe. Pas besoin de barrières de sécurité… La solitude l’auteur au moment de la dédicace est absolue. Belle expérience de modestie, s’il le fallait !
Heureusement, pour marquer l’importance de ma présence, Sa Majesté la Princesse Léa de Belgique se trouvait à mes côtés, elle aussi chargée de dédicacer un ouvrage sur le Prince Alexandre de Belgique. Nous avons devisé quelques instants sur la situation politique belge. Elle n’a pas d’avis sur la question et d’ailleurs n’a pas le droit d’en avoir. Quelques photographes sont passés, pour elle. J’ai fait quelques efforts pour me glisser sur la photo. Question de marquer pour la postérité, ce moment inoubliable. La preuve :

Jean-Ga-salon-livre-1.JPG
Heureusement, Radio France m’avait invité à passer chez eux, dédicacer mes ouvrages, mais cette fois  de manière sonore et à disposition de tous les internautes de la planète.

Jean-Ga-salon-livre-2.JPG
Deux minutes trente pour chaque bouquin.
Expérience amusante que vous pouvez retrouver ici :
« Jean-Gabriel Carasso : Art, culture et éducation au cœur d’une passion » entretien avec Emile Lansman.

« Nos enfants ont-ils droit à l’art et à la culture » Editions de l’attribut.

A vos souris !

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Samedi 1 mars 2008 6 01 /03 /Mars /2008 19:50
1/ Allez ! On se lâche ! On parle populaire, comme notre Grand Timonier. C’est la mode « Radio Bistrot ». Même Libération s’y met. En première page, notre journal officiel des soixante-huitards – dont nous sommes - titre « Péril en la culture », pour évoquer le modeste malaise qui vibrionne dans nos milieux. Qu’on en juge : depuis octobre dernier, quelques olibrius – dont votre serviteur – se croient investis de la responsabilité citoyenne d’adresser à la ministre de la culture (du moins, ce qu’il en reste !) une «contrelettre de mission» républicaine qui ne cesse d’additionner les signatures (plus de 1200 à ce jour). A Nantes, les BIS (Biennales internationales du spectacle) ont rassemblé plus de 8000 personnes, on ne me fera pas croire qu’elle venaient là uniquement pour un verre de Gros Plan et quelques huîtres offertes par le Conseil général de Loire-Atlantique. Cette affluence était, aussi, le signe d’une inquiétude profonde. Il y a peu, les milieux du cinéma se rassemblaient pour alerter le monde sur les coupes sombres opérées partout en France, sur les Festivals et les actions culturelles d’éducation à l’image. Plus récemment, les metteurs en scène du théâtre public français – ceux-là mêmes qui, pour une grande part, se tirent dans les pattes à longueur d’année – s’offraient un remake de l’Odéon et de Villeurbanne 68 réunis : une grande photo de famille sur les marches du théâtre de France et un coup de gueule généralisé sur la baisse des crédits, la torture du garrot et l’enterrement de la politique culturelle de l’Etat. Hier encore, aux marches du Palais (Royal), quelques centaines d’artistes et groupements professionnels tentaient de manifester leur colère et leur indignation sous forme d’un «culturethon» qui fit dix secondes au journal télévisé de 23 heures ! Il est vrai qu’un 29 février, en pleines vacances scolaires et avec seulement quelques jours de préparation, la puissance de l’événement ne risquait pas d’ébranler le Château ! La ministre de la culture, toujours aussi à l’aise devant les caméras, convoque quelques journalistes pour réaffirmer que « l’Etat ne se désengage pas ». Le Premier ministre – souvenez-vous, celui qui habite à Matignon... mais oui, avec une mèche de cheveux, vous voyez qui je veux dire ? – rappelle que tout le monde, même les cultureux, doit participer à la réduction de la dette publique. Fermez le ban ! Circulez, il n’y a plus rien à voir ! Les municipales, c’est dans huit jours.

2/ Et pendant ce temps-là, on apprend que DGS – non, ce n’est pas une marque de voiture mais le diminutif de Denis Gauthier Sauvagnac du MEDEF – s’est fait mettre à la retraite avec seulement 1,5 millions d’euros d’indemnité de départ (non imposable ?) mais reste délégué de son syndicat avec le modeste salaire de 20 000 euros par mois ! Une misère ! Rappelons que ce monsieur est bien connu des milieux du spectacle vivant, c’est lui qui a conduit pour le MEDEF toutes les négociations concernant les intermittents du spectacle. Merci DGS, si vous avez vos 507 heures en 10 mois, vous pourrez toujours pointer à la caisse des artistes !

3 / On apprend aussi, c’est sans doute un symbole, la disparition d’Hubert Gignoux, qui fut marionnettiste, comédien, metteur en scène, directeur du Théâtre national de Strasbourg, grande figure de la décentralisation théâtrale française. Il a publié en 1984 une autobiographie magistrale : « Histoire d’une famille théâtrale » (L’Aire éditeur) qui reste, pour moi, le livre le plus intéressant sur l’histoire de la décentralisation dans notre pays, remarquablement écrit ce qui ne gâche rien. Quelques années plus tard, nous avions réussi à republier cet ouvrage alors que j’étais directeur de l’ANRAT. Je ne sais s’il en reste en circulation. Hubert Gignoux m’avait écrit sa reconnaissance profonde pour ce geste qui me semblait indispensable. Il doit m’en rester quelques exemplaires. Je vais en envoyer un à la ministre de la culture !

4/ A propos... les gazettes bruissent de remaniement ministériels. Bien entendu, Mme Albanel se trouve sur un siège éjectable (comme d’autres sans doute), faute d’une présence suffisamment convaincante dans les médias, accusée d’incompétence, d’illégitimité, de manque de souffle, de poids politique insuffisant pour défendre un budget acceptable par les « professionnels de la profession » Soit ! Mais gare à la suite ! Imagine-t-on un instant que sa (son) remplaçante pourrait être pire ? Chargé(e) de mettre au pas, définitivement, un milieu jamais satisfait du sort qui lui est fait ? Je crois cette hypothèse très probable. Cela dépendra, un peu, du résultat des municipales mais surtout de la nature du rapport de forces qui pourrait s’établir entre l’Etat et les milieux culturels. Que celui-ci ne porte que sur les moyens financiers, à dimension fortement corporatiste (« à la manière des chauffeurs de taxis » dirait Ariane Mnouchkine), sans débat véritable sur le fond, alors le risque sera grand d’une tension plus vive et d’une incompréhension de « l’opinion ». Un boulevard pour que se poursuive la politique mise en œuvre. A suivre !
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5/ En vérité, comment ne pas voir que le « milieu » s’est lui-même, pour une grande part, affaiblit au fil des années en refusant une réflexion profonde sur l’adaptation indispensable de son discours, de ses pratiques, de son évaluation (que l’on ne confondra pas avec le simplisme du « résultat ») ? Le chaos qui s’annonce – et qui se poursuivra, j’en fais le pari – est d’abord dû à l’inexistence d’un diagnostic partagé sur l’évolution de notre société, la balkanisation du champ artistique et culturel, le relativisme induit par le développement considérable de l’offre – tout est égal à tout, donc rien ne vaut plus rien ! – et le peu de travail sur la distinction, l’éducation et la médiation (que l’on nous déverse aujourd’hui sous forme « d’histoire des arts » de la maternelle à l’université, de quoi écoeurer des générations entières si cela demeure une pédagogie magistrale et théorique, ce qui est à craindre !) Bref, la « refondation » reste à imaginer et à mettre en œuvre. Un livre peut aider à comprendre quelques éléments : « Culture et société : un lien à recomposer » sous la direction de Jean-Pierre Saez (Editions de l’Attribut). Il prolonge une série de rencontres organisées par le Conseil général de Loire-Atlantique, le même qui offrait des huîtres et du Gros Plan à Nantes ! Bonne lecture !


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