TEXTES EN PARTAGE


Dimanche 29 juin 2008 7 29 /06 /Juin /2008 12:39
Les militants pédagogiques, dans et hors l’école, sont aujourd’hui sur la défensive, attaqués de partout sous prétexte de « pédagogisme post soixante-huitard », de « libéralisme libertaire » par les réactionnaires restaurateurs de tout poil qui peuplent désormais nos institutions, nos médias… Comme le dit crânement notre Premier ministre, la grande victoire de la droite est avant tout une victoire idéologique : « nous avons gagné la bataille des idées contre le relativisme culturel de la gauche ! » Il importe donc, dans l’adversité, de réaffirmer quelques valeurs simples. Ce que fait PHILIPPE MEIRIEU dans un beau texte né d’une conférence faite récemment auprès des CEMEA (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active). Analyse et propositions. Extraits :

« Contrairement à ce que pensent certains de nos amis, je ne suis pas de ceux qui pensent que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, celui de l’Education nationale par exemple.
Je pense qu’en effet il y a une baisse du niveau et que, à force de nier l’évidence, on se discrédite et l’on se ridiculise. Cette baisse n’est pas globale, ni dans tous les domaines, mais elle existe dans des secteurs où elle a été mise particulièrement en évidence – l’orthographe, la grammaire – mais aussi pour ce qui est des repères historiques et culturels… Continuons à nier cette réalité et nous ne parviendrons pas à ce que les étudiants à l’université soient à même de manipuler correctement le français à l’écrit par exemple.
Je voudrais souligner aussi que « Oui ! » il y a des établissements difficiles où même les militants pédagogiques que nous sommes ne mettraient pas systématiquement leurs enfants. Certains établissements sont de « vrais barils de nitroglycérine », dont on ne sait pas s’ils pourront subsister longtemps et s’il ne faudra pas y faire entrer bientôt des mercenaires pour pouvoir y enseigner.
Je voudrais également dire que « oui ! », il y a eu des caricatures de l’Education nouvelle, caricatures qui nous ont particulièrement desservis. Il y a eu des amalgames entre certaines formes de « libertarisme » et l’Éducation nouvelle. Et je ne vise pas là particulièrement « Mai 68 » qui est un moment historique important d’une extraordinaire richesse et complexité que l’idéologie ambiante a tendance à confondre avec une simple convulsion de l’individualisme libertaire.
L’Éducation nouvelle, contrairement aux lieux communs qui traînent un peu partout, ne s’est jamais reconnue dans Libres enfants de Summerhill, même si certains de ses militants ont été fascinés par cette expérience. De même, l’Éducation nouvelle n’est pas réductible à la non-directivité, apparue bien plus tard et si mal comprise : là où il n’y avait à trouver, selon l’expression de Daniel Hameline qu’une « hygiène mentale » capable de nous dégager de nos velléités d’emprise, on a cherché indûment un système d’enseignement et une théorie de la culture.
De même, l’Éducation nouvelle n’a pas à endosser toutes les dérives d’une didactique technocratique et jargonneuse, qui n’a rien à voir avec ses principes, escamote la question du sujet comme celle de la relation pédagogique, oublie la dimension anthropologique et philosophique de la transmission. Il ne faut pas, par une sorte de solidarité inutile avec des « réformateurs didacticiens » - qui ne nous la rendront pas, d’ailleurs ! – défendre l’indéfendable ou s’excuser de ce que nous n’avons pas fait.
Tout cela, évidemment, n’est pas très « pédagogiquement correct ». Pour autant, je ne suis pas de ceux qui disent que le passé est merveilleux et qu’il faut revenir au temps où les enfants obéissaient « au doigt et à l’œil » (ou « à la loi et à l’œil », selon un célèbre lapsus). Mais je pense que, dans les dix dernières années, nous sommes restés sur une position beaucoup trop défensive. Face à des retours en arrière revendiqués ou à des positions ouvertement réactionnaires, nous avons été acculés à défendre le statu quo… qui nous apparaissait, quand même, moins mauvais que ce qu’on nous proposait. Et, au bout du compte, nous avons même, parfois, été amenés à défendre l’état actuel du système comme si nous en étions responsables et comme si nos idéaux avaient été réalisés.
Ainsi les militants pédagogiques, face aux attaques de ceux qui proposaient le retour aux « bonnes vieilles méthodes » pour lutter contre la baisse de niveau, se sont-ils mis parfois dans une posture de déni, en rupture avec leur « insurrection fondatrice » : « Mais non, tout va bien, le niveau n’est pas si mauvais, les jeunes ne posent pas de problèmes, les classes fonctionnent bien, etc. » La presse, les médias, par les configurations des débats qu’ils ont organisés – un partisan du retour au passé contre un « pédagogue » - nous ont placés en situation de défendre d’hypothétiques acquis sans pouvoir montrer le caractère de rupture de nos propositions. Au point que, pour l’opinion publique, nous sommes devenus les partisans de l’immobilisme contre ceux du mouvement !
Moi-même, alors que je me définissais comme un insurgé, j’ai ainsi été perçu souvent comme un défenseur du statu quo par ceux et celles qui, en réalité, ne voyaient en moi qu’un obstacle à leur désir de revenir en arrière. Il m’est alors arrivé d’être en situation de défendre l’indéfendable, de chercher désespérément des progrès dans un système dont je condamnais complètement le mode de fonctionnement, de prétendre que les choses n’allaient pas si mal, alors que toute mon énergie venait de mon désir de les transformer. »…

***
… « Certains d’entre eux sont mus par une réelle angoisse et de bonne foi. Il existe des parents qui ont peur devant le comportement de leurs enfants et se sentent complètement perdus. Il existe des enseignants, complètement désarmés face à ce qu’ils rencontrent dans leurs classes. Il existe des acteurs sociaux, dans tous les domaines, qui ne voient d’autre solution à la situation actuelle que la répression.
L’autoritarisme se nourrit de ce phénomène de société, y compris pour enrôler un certain nombre de nos concitoyens qui ne sont a priori ni conservateurs, ni autoritaristes, mais qui, simplement, se disent que, si, dans les années 1950 où la société était très normée, il était nécessaire de développer des enclaves libertaires, aujourd’hui, quand la société est devenue hyper libertaire, il est nécessaire de développer une éducation très normée normées. Et les gens qui développent ce discours ne le font pas toujours dans une perspective réactionnaire, mais quelquefois dans une perspective de simple rétablissement de l’équilibre… Car il faut se souvenir que les intellectuels de la première partie du 20ème siècle considéraient l’école comme un lieu de la « pédagogie noire », très normée – collèges jésuites, internats « terribles »… et que Summerhill, par exemple, était une enclave libertaire qu’il fallait faire exister contre ce système hyper normatif. Aujourd’hui les mêmes intellectuels, parisiens pour la plupart, considèrent que, dans un système très « libéré », tant au plan familial que social, l’école doit fonctionner en instituant des enclaves de normalisation absolument indispensables.
Il nous faut prendre conscience de ce mouvement de balancier qui relève de réflexes sociologiques explicables, mais ne constitue en rien une « théorie de l’éducation » acceptable. Impossible de confondre la pédagogie – en tant que réflexion rigoureuse sur les conditions d’émergence d’un sujet, à la fois intégré dans une histoire et libre de prendre ses distances avec elle – avec des réactions de peur collective, des emballements médiatiques et des calculs politiciens. Notre avenir ne peut dépendre de coups de boutoir d’un côté ou de l’autre. Pas plus que la société répressive du XIXe et du début du XXe siècles n’appelait « automatiquement » une éducation libertaire, la société libérale n’appelle une éducation répressive. Les sociétés, quelles qu’elles soient, appellent une véritable éducation cohérente avec leurs finalités. Et, pour ce qui nous concerne, nous avons besoin, je crois, d’une véritable éducation à la démocratie : une éducation de sujets capables de comprendre le monde dans lequel ils vivent, d’échapper à toutes les formes d’emprise et de s’associer pour chercher ensemble le bien commun."...

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Vendredi 4 avril 2008 5 04 /04 /Avr /2008 21:35
Souvenez-vous, il y a quelques mois. L'époque était à la démocratie participative. Chacun était invité à dire son mot... C'est décidé, je continue. Il m'arrive d'écrire quelques notes sur la culture et ses politiques, qui pourraient se trouver réunies prochainement dans un livre. J'ai décidé de tenter l'expérience : mettre à votre disposition au fur et à mesure quelques passages rédigés. Pour avoir votre avis, vos commentaires éventuels... Voici le premier coup de clavier...

Vive la démocratisation culturelle !

« La démocratisation culturelle est un échec ! » Cette affirmation est une des denrées les mieux vendues sur le marché des idées simplistes sur la culture et des politiques culturelles. Espérée depuis Malraux, voulue par d’innombrables acteurs de la création et de la diffusion artistique, relayée par de très nombreux élus et responsables territoriaux depuis les années 50, la politique de « démocratisation » serait « objectivement » la cause de toutes nos difficultés.  Le thème est repris à gauche comme à droite. Exemples. « Les politiques culturelles mises en oeuvre depuis la création du ministère de la culture en 1959 ont rompu avec les ambitions démocratiques issues du front populaire et de la libération. Ces politiques publiques n’ont eu aucun impact en matière de démocratisation. C’est le constat établi, pour une longue période - de 1973 à 1998 -, par l’observation de la progression des pratiques culturelles des classes populaires, en particulier celles des employés et des ouvriers. A la lecture de ces données, on sait aujourd’hui que l’objectif de démocratisation d’André Malraux et de ses successeurs ne fut qu’un mythe. Il faut donc faire porter la critique sur les principes fondateurs d’une politique d’Etat dont les effets de redistribution sociale n’ont pas été concluants. » écrit Philippe Livar  (La Forge). Argument de gauche ! « Les acquis de cette politique sont considérables : une offre artistique foisonnante, des musées et des monuments rénovés, un cinéma rivalisant avec la production internationale. Ces succès ne doivent cependant pas faire oublier les lacunes et les ratés : un déséquilibre persistant entre Paris et les régions, une politique d'addition de guichets et de projets au détriment de la cohérence d'ensemble, une prise en compte insuffisante des publics, et surtout l'échec de l'objectif de démocratisation culturelle. De fait, notre politique culturelle est l'une des moins redistributives de notre pays. Financée par l'argent de tous, elle ne bénéficie qu'à un tout petit nombre » affirme Nicolas Sarkozy, Président de la République dans sa « lettre de mission »  à Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication. Argument de droite ! Cherchez la différence !
Bien d’autres textes et prises de position de responsables politiques, institutionnels, universitaires, journalistes, professionnels… reprennent en chœur les mêmes arguments. Et puisque « l’échec » est avéré, pourquoi ne pas jeter ensemble le bébé et l’eau du bain ? Et la baignoire avec !

Bref, il serait urgent d’en finir définitivement avec cette illusion démocratique qui affirmait naïvement vouloir « élargir le cercle des connaisseurs » en aménageant des espaces culturels, en présentant des œuvres artistiques et en mobilisant les publics par une « action culturelle » aussi ringarde qu’inutile. Il convient dorénavant « d’éduquer » ce peuple qui, malgré tous les efforts consentis, rechigne à s’abreuver aux fontaines des institutions culturelles, pourtant toujours plus nombreuses, mises à sa disposition. Vive l’éducation artistique et culturelle ! désormais unanimement encensée. Hormis ce slogan d’absolu consensus et de malentendus profonds (qui confond l’éducation et les enseignements, les pratiques artistiques et l’histoire des arts), les potions magiques suggérées sont aussi multiples que les médecins qui se penchent sur le malade. Pour en finir avec « la crise », avec le «malaise » ou avec « l’impasse», il faut résolument « réformer », « refonder », « métamorphoser », « diversifier », «décentraliser », « privatiser »… la culture et ses politiques. Le plus radical des remèdes étant suggéré par notre Grand Timonier, dans sa lettre historique à sa collaboratrice ministre : « … Il est décidé d'abandonner les politiques qui ne marchent pas au profit de politiques qui marchent… » Sommet de complexité intellectuelle ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Il suffisait d’y penser !
Allons à l’essentiel. Tordons le cou à cette affirmation. Non, la « démocratisation culturelle » française, menée depuis une cinquantaine d’année, n’est pas un « échec ». Elle constitue même un grand succès pour les très nombreux acteurs qui s’y sont engagés. Des années cinquante à aujourd’hui, la France de la culture s’est profondément transformée. Les offres culturelles les plus diverses se sont répandues sur le territoire. Quelle ville n’a pas actuellement son centre culturel, son théâtre, son musée, son (ses) festival(s), son centre d’art contemporain… ? Quelle région se trouve dépourvue de compagnies, d’orchestres, d’ensembles chorégraphiques… ? Combien sont-ils les « professionnels » de la profession qui ont accompli dans ces domaines (et qui accomplissent) des parcours (parfois des « carrières) difficiles, dignes et respectables ? Ils seraient trop nombreux, dit-on aujourd’hui, qui grèvent paraît-il les budgets des Assedic ou les subventions publiques qu’il faudrait réduire d’urgence ! Un «échec », cet aménagement du territoire, ce développement considérable de professions associées aux actions culturelles ? Et les publics : ces millions d’individus qui fréquentent les lieux et les spectacles, les expositions et les concerts, plus nombreux que ceux des stades de football, quantité négligeable ? Un « échec » que d’arriver à les mobiliser autour de phénomènes artistiques parfois « non identifiés », complexes, difficiles, incertains ? L’honnêteté et le respect du travail accompli poussent à reconnaître que tout cela n’était pas gagné d’avance, ni même que cela soit acquis définitivement.
La « démocratisation culturelle » était un projet humaniste et politique, un espoir partagé, une utopie collective essentielle sans laquelle tout cela n’aurait sans doute jamais été réalisé. Il se pourrait, d’ailleurs, que cette notion serve encore un moment de point d’appuis (ou de point de fuite), justifiant pour beaucoup de nos concitoyens les financements publics qui sont accordés aux politiques culturelles.
Car quoi ! Imaginons que cette perspective soit définitivement abandonnée. Terminée, la préoccupation de «l’exigence artistique pour le plus grand nombre ». Enterré, l’espoir de « conquête » ou « d’élargissement » des publics. Table rase sur tout ce qui a été construit depuis tant d’années. On ferme les musées, les bibliothèques, les scènes nationales… Un responsable politique pourrait écrire alors à sa ministre : « La démocratisation culturelle, c'est… veiller à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public... Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu'elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions. » Pour faire du chiffre, les musées, par exemple, seront gratuits. Mais pourquoi pas les théâtres, les concerts, les expositions, les cinémas ? Mieux, réhabilitons le « théâtre obligatoire » comme le suggérait Karl Valentin, là au moins les statistiques seraient valorisantes ! Et pour l’élitisme, voyez ARTE et France Culture ! Ce sera bien suffisant. Le populisme en lieu et place du populaire, l’audimat en guise d’évaluation, la «culture du résultat » comme seul critère de soutien et le tour est joué ! Nous y sommes !

Entendons-nous : à l’évidence, les politiques culturelles de ces cinquante dernières années n’ont pas eu que des succès. Bien des éléments peuvent, doivent être modifiés, adaptés, développés dans l’approche et la mise en œuvre de ces actions. Mais prétendre à l’échec absolu est une aberration. Ou alors, le même raisonnement devrait être appliqué à bien d’autres domaines de la vie publique : « l’échec » de l’Ecole républicaine (malgré le budget de l’éducation nationale, il reste des illettrés et tous ne sont pas ingénieurs à la sortie…) Vite, favorisons l’autorité, les fondamentaux, le travail, le mérite… et l’école privée ! Mais aussi « l’échec » du système public de santé (malgré le trou de la sécu, il reste des gens malades, parfois même des morts…) Ou encore, « l’échec » de la politique des transports (il reste des embouteillages dans les villes, des accidents sur les routes…), de la politique économique (il reste des chômeurs), de la politique sociale (il reste des smicards), de la politique de sécurité (il reste des agresseurs…), de la politique d’immigration (il reste des clandestins et des immigrés non intégrés…) J’en passe ! Cinquante années n’ont pas été suffisantes pour résoudre définitivement touts ces problèmes. Certains poussent le raisonnement et dénoncent en réalité « l’échec »… de la démocratie elle-même ! Il est vrai que ce système est dangereux. Incertain ! Il ne répond pas au principe de précaution, amène parfois les « socialo-communistes » au pouvoir. Pire : la plupart des dictateurs n’ont-ils pas été « démocratiquement » élus ? Vite, instituons, comme le propose Guy Bedos, un « permis de vote » (il y a bien un permis de conduire, un permis de chasse, un permis de séjour, un permis de travail…) ? Elire un dirigeant n’est-ce pas plus important que de tirer un lapin ?
Mais revenons à nos moutons culturels !

Le rappel qui vient d’être fait ne nous exonère pas, loin s’en faut, de voir le monde tel qu’il est. Bien sûr, il y a « crise » des politiques publiques de l’art et de la culture, au sens où l’entendent les chinois dans la définition de ce mot : «danger et espoir ». Bien entendu, le projet de « démocratisation », tel qu’il a été développé dans notre pays, a trouvé ses limites, principalement sur la composition sociologique des publics. A l’évidence, le monde a changé, change (et changera) : l’urbanisme, le chômage de masse, la mondialisation, les industries culturelles, les nouvelles technologies… n’existaient pas dans les années cinquante. Il importe donc d’adapter le projet aux conditions nouvelles de sa réalisation. Mais n’est-ce pas le principe même de toute action ou politique artistique et culturelle, que de se plier aux évolutions de l’art comme aux conditions nouvelles de sa création et de sa diffusion ? « Il n’y a de crise au théâtre que lorsque le théâtre n’exprime pas la crise » écrivait Eugène Ionesco. Nous pourrions paraphraser en affirmant : « il n’y a de crise culturelle que lorsque la politique n’exprime pas la crise… de la culture!» Mais de quoi s’agit-il ? De quelle « crise » parlons-nous ? Et quelles pourraient être les pistes nouvelles à explorer ? Puisque le débat est ouvert sur ces questions, ajoutons-y notre grain de sel !
(A suivre)
Merci de ne considérer ce texte que comme une première ébauche.
Les commentaires sont bienvenus.
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Mardi 25 mars 2008 2 25 /03 /Mars /2008 11:02
Les artistes, les responsables culturels, se trouvent en permanence sommés de justifier leur existence, plus encore lorsqu’ils revendiquent quelques deniers publics pour mener leurs actions. Cette injonction est particulièrement vive aujourd’hui, dans notre pays. Le hasard fait que nous parvient à cet instant une « Charte des responsabilités des artistes » éditée au Brésil. Texte latino-américain à valeur universelle, contribution au débat. Il commence ainsi :
charte.jpg
“Le vrai devoir de l’artiste c’est celui de sauvegarder le rêve”, nous dit Modigliani. Et le rêve, dans un monde devenu marchandise, se rend lui-même mercantile. Rêve de consommation, d’un avoir en tant
que synonyme de bonheur. Bien loin du rêve préconisé par Modigliani. Rêve d’artiste, d’un art qui entraîne le dévoilement d’un monde et la création d’un autre, comme le souhaitait Octavio Paz. C’est bien dans ce monde de plus en plus disproportionné, rempli d’inégalités et dépourvu de charmes, que l’artiste se doit de relever le défi de son réenchantement. Ce qui veut dire tout mettre en oeuvre afin de transformer la société par le truchement de l’art, en cherchant à faire marcher ensemble Don Quichotte et Sancho Pança: un rêve bien ancré sur le réel. L’art c’est le lieu par excellence de la subjectivité et de la création, en procurant la possibilité à tous ceux qui s’en approchent de changer leur vision du monde.
Serait-il possible de rêver d’un monde poétiquement habitable? Un monde qui ne serait plus aride? Un monde dégagé de la violence et des fondamentalismes, où les hommes s’entre-tuent? Un monde qui ne se laisse pas faire par l’âpreté du gain, du profit, et où la liberté et la paix soient le patrimoine le plus prisé de la vie? Un monde qui ne rende pas le prochain, ni soi-même, une “chose”? Nous indiquons les chemins,  mais nous n’avons pas de réponses toutes faites…."


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Jeudi 7 février 2008 4 07 /02 /Fév /2008 09:47
- Vous semblez vous tenir très informé de l'actualité politique française. Quel regard portez-vous sur notre nouveau président ?

- Depuis des mois, il s'étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue.
Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas. Des panégyristes, il en a plus que Trajan.
Une chose me frappe pourtant, c'est que dans toutes les qualités qu'on lui reconnaît, dans tous les éloges qu'on lui adresse, il n'y a pas un mot qui sorte de ceci :
Habilité, sang-froid, audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien gardé, mesures bien prises.
Fausses clés bien faites.
Tout est là.
Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue.
Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.

- Derrière cette folle ambition personnelle, décelez-vous une vision politique de la France, telle qu'on est en droit de l'attendre d'un élu à la magistrature suprême ?

- Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse.
Ce sont des envies de dictateur.
La toute-puissance serait fade si on ne l'assaisonnait de cette façon.
Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit, et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve si énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve quelque surprise.
On se demande : comment a-t-il fait ?
On décompose l'aventure et l'aventurier. On ne trouve au fond de l'homme et de son procédé que deux choses :
La ruse et l'argent.
Faites des affaires, gobergez-vous, prenez du ventre ; il n'est plus question d'être un grand peuple, d'être un puissant peuple, d'être une nation libre, d'être un foyer lumineux ; la France n'y voit plus clair.
Voilà un succès.

- Que penser de cette fascination pour les hommes d'affaires, ses proches ? Cette volonté de mener le pays comme on mène une grande entreprise ?

- Il a pour lui désormais l'argent, l'agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si facilement d'un bord à l'autre quand il n'y a à enjamber que la honte.
Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités.
Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l'argent ; c'est ignoble, mais c'est excellent ; un scrupule en
moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux !
On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte.
Une foule de dévouements intrépides assiègent l'Élysée et se groupent autour de l'homme.
C'est un peu un brigand et beaucoup un coquin.
On sent toujours en lui le pauvre prince d'industrie.

- Et la liberté de la presse dans tout ça ?

- (Totor pouffe de rire, ndlr) Et la liberté de la presse ! Qu'en dire ?
N'est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ?
Cette presse libre, honneur de l'esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle ?

Victor Hugo, Napoléon le Petit, extraits du pamphlet républicain contre Napoléon III.
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Jeudi 19 avril 2007 4 19 /04 /Avr /2007 14:46


Le 16 mars 2007 au Théâtre des Bouffes du Nord, la revue Cassandre organisait une « prise de paroles » autour de l’Appel lancé sur la culture. Nous y avons participé. Les textes des interventions sont disponibles ici.

Marie-José Mondzain, philosophe, fit une intervention remarquée. Extraits.


" Chacun d’entre nous essaye de faire avec ses moyens, là où il est.
Ça commence avec le voisinage, ça se poursuit dans le lieu de travail, ça se continue dans des moments de transmission de la culture, et mieux encore, dans des œuvres d’arts. (…) ça se joue dans des petits gestes. Une sorte de force des choses faibles, des petites choses, du tissu associatif.
(…) Nous sommes très nombreux à être seuls. Donc nous ne sommes pas seuls. On est très nombreux à se questionner et à faire ce qu’on peut. Ce constat est majeur par rapport à la question à envoyer à la future présidence : « Et vous, qu’est-ce que vous allez faire ? » (…) Ce n’est pas ce que nous allons demander à ceux qui vont prendre le pouvoir qui est important, c’est ce que nous allons leur opposer, chaque jour, chaque heure, à chaque moment, de force de résistance, en tant que créateur, enseignant, cuisinière, mère de famille. Qu’importe. La capacité d’exercer sa liberté est donnée à chacun. Elle n’est pas réservée aux artistes.

(…) Malheureusement, le mot culture est en train d’en prendre un sacré coup.
Lorsqu’on dit, d’un commun accord, que le mot « culture » n’apparaît pas dans la campagne,
je dis : « Mais bon dieu, on ne parle que de ça ! » Le mot culture est devenu celui derrière lequel, dans cette campagne, veut se dissimuler l’effondrement du politique.
On ne fait pas appel au «milieu» de la culture ou de l’art. On fait appel à des artistes, ou autoproclamés comme tels, courtisans ou partisans, et on leur demande d’accompagner cet effondrement du politique. C’est terrible. Il faut reprendre les mots.
Qu’on puisse faire comme je l'ai entendu ce matin à la radio, le compte rendu d’un débat qui a eu lieu sur l’expression « éducation artistique et culturelle », je me dis : mais attendez, « éducation culturelle », ça veut dire quoi ? Il y a une éducation non culturelle ? Qu'est ce qu'une éducation qui ne serait plus culturelle ?
L’éducation consiste à construire la culture. Qu’est-ce que c’est qu’un programme d’« éducation culturelle » ? On s’habitue à dire des choses qui ne veulent rien dire. Lorsqu’on ne veut plus rien dire, on cache un vide. C’est le vide politique. Éducation, art, culture, sont des enjeux d’une extrême gravité. Ce n’est pas en jonglant avec des substantifs et des adjectifs, comme « politique culturelle», qu’on s’en sortira.

Rancière a dit quelque chose de très intéressant : que la démocratie n’est pas l’exercice du pouvoir. Ce qui se joue en ce moment de la politique concerne l’exercice du pouvoir. Et l’art concerne l’exercice de la liberté. Ce qui se joue dans ces deux exercices est incompatible, et cette incompatibilité est capitale pour construire la richesse de la culture.
La culture est le mode sur lequel les oeuvres de l’art parviennent à ceux à qui elles sont offertes, de sorte qu’elle leur rend le possible exercice de leur liberté.
La culture est le mode sur lequel on permet aux oeuvres, qui ne sont pas faites pour exercer un pouvoir, d’atteindre ceux qui veulent se réapproprier leur capacité d’agir là où ils sont.
Ça peut être une façon pour les uns, de permettre à d’autres de devenir aussi artistes.
Mais ce n’est pas la seule question. L’art ne permet pas à chacun de devenir créateur.
Par la voie de la culture et du partage du sensible, c'est-à-dire d’un partage de l’émotion et du sens (les deux registres présents derrière le mot « sensible »), l’art permet de se réapproprier quelque chose qu’on nous enlève chaque jour d’avantage : la capacité d’inaugurer quelque chose, d’être, d’agir. D’être la cause de nos actes, de ne pas être l’effet d’un désir qui n’est pas le nôtre.

(…) la mercantilisation et l’effondrement du politique, le fait que les oeuvres deviennent des marchandises, que les noms des artistes vont être gérés comme des marques, les oeuvres comme des brevets, tout cela provient du fait que le monde économique se substitue à la vie collective.
Il faut redire avec insistance qu’il n’y a pas de politique culturelle. La culture est un geste politique.

(…) L’éducation artistique, c’est savoir si, quand on s’adresse à des enfants depuis l’école maternelle, on les met en situation de s’approprier leur capacité inaugurale à agir.
(…) Ce qu'il faut, c'est leur permettre de se réapproprier la parole, pour construire un langage. Que la construction de ce langage permette le partage de ce qu’on aime et de ce qu’on n’aime pas. Sur cette base – apprendre à écouter, prendre le temps de voir – on peut aller vers les grands rendez-vous du regard, de l’oreille, du corps. L’éducation ne doit être ni artistique ni culturelle. Elle est politique. Elle construit des sujets qui peuvent se parler et s’écouter, pour partager, dans un cheminement qui respecte les sensibilités, les origines de chacun, pour aller vers ces catégories que nous appelons - sans défaillir – universelles.

(…) Cette campagne présidentielle ne met pas en jeu des enjeux culturels, elle se sert de la culture. Les principaux candidats ont fait des choix néo-libéraux, et nous savons qu'à des titres différents et avec des ruses variées, ils traiteront l’art et la culture comme des marchandises. Nous sommes partis pour nous battre longtemps, et nous ne devons pas lâcher. Il y a quelque temps, Stéphane Hessel et son groupe de résistants avaient fait circuler sur internet un très beau témoignage. C’était au moment des luttes des lycéens et des étudiants au sujet des contrats de précarité. On voyait cette vidéo où ces gens qui ont en moyenne 80 ans, disaient : « Battez-vous, luttez, parce que créer c’est résister, penser c’est résister, résister c’est penser et c’est créer. Si vous ne résistez pas, que vous ne créez pas et que vous ne pensez pas, alors ce que nous avons fait contre le nazisme n’a plus aucun sens. Nous, les vieux, qui allons mourir, on vous demande de préserver le sens de ce que nous avons fait à ce moment ».

Quelques images de la rencontre sont ici.
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Dimanche 24 décembre 2006 7 24 /12 /Déc /2006 15:35
La fin d'année est propisce aux rangements. Dans le cadre de ce grand mouvement de clarification, je retrouve incidemment le texte ci-dessous, un des premiers que j'ai rédigé, qui fut publié dans la revue de l'ATAC (Association technique pour l'action culturelle, aujourd'hui disparue) dans le début des années 70... (Ceux qui pourraient me dire la date exacte me rendraient service). Les mots d'auourd'hui ne sont plus ceux-là, mais les contradictions ont-elles pour autant disparu ? Je vous laisse le soin d'en juger...


VIVE LA CREANIMATION

(lettre ouverte à certains camarades professionnels et quelques autres)

Trop, c'est trop! Je craque.
On le croyait sorti par la porte ... Le voilà qui revient.
Par la fenêtre.
On le croyait devenu raisonnable.
Sinon raisonnable, du moins modeste. Ou tolérant.
Mais non.
Il est de retour.
Agressif plus que jamais.
(Mais pourquoi donc ?)
Je le retrouve partout,
de réunions en colloques, de séminaires en discussions de bistrot ...
Le «Créateur» est parmi nous.

Il y a quelque temps, un vieux débat nous animait (!).
Vous souvenez-vous ?
C'était en quelle année déjà ?
Il y avait ceux de la CREATION
et ceux de l'ANIMATION.
Les CULTURELS et les SOCIAUX-CULS
les ARTISTES ... et les BOYS-SCOUTS
(à moins que ce ne soient des «instits»  ou des «curés» ... )
Chacun campait irrémédiablement sur ses positions, traitant l'autre d'élitiste
ou de réactionnaire, de populiste
ou d'irresponsable ...
J'en passe.
C'était la guerre.

Puis, vint le temps de la nuance.
On convint ici et là (ici ou là), que l'on avait peut-être exagéré.
Qu'après tout, les choses pouvaient sans doute (dialectique oblige) co-habiter.
Que l'opposition entre les deux pratiques n'était pas forcément définitive.
On procéda donc à une paix temporaire.
D'autant plus aisée que quelques crédits venaient permettre aux uns et aux autres d'affirmer leurs identités.
De l'os unique à partager, nous passions au repas, frugal mais spécifique, pour chacun.
De quoi apaiser le chenil.

Naïf. J'y ai cru.
Moi qui pratiquait tantôt une forme, tantôt l'autre.
Et souvent les deux à la fois, quand ce n'était pas une troisième, mêlant dans un même projet des aspects de CREATION (je veux dire de parole propre à notre groupe) et d'ANIMATION (la parole d'un autre groupe), j'avais baissé  ma garde.
Relâché l'attention.
Le combat n'avait-il pas cessé?
N'en étions-nous pas à des notions nouvelles de «développement» ou «d'intervention culturelle»,
qui devait permettre de travailler sur des objectifs différents (en tout cas différemment exprimés) ?

C'est-à-dire de découvrir (de CREER) des FORMES d'action novatrices ?

Naïf. J'y ai cru.

Mais voilà que quelques réunions nous rassemblent à nouveau, ici et là, pour débattre des orientations, de tel ou tel projet ministériel.
Colloquer, réfléchir?
Stupeur.
Ça repart.
La guerre n'est pas finie.
Ils sont toujours là. ,
Les «Créateurs» sont parmi nous.

Naïf, toujours, je m'interroge.
Mais qu'ont-ils donc de différent de moi ?
Qui les a fait «Créateurs»?
Quand le sont-ils devenus  ?
Comment?
Devient-on «Créateur» du jour au lendemain?
Y a-t-il une école du «Créateur»? (dirigée par Dieu le Père ?)
Une formation ? Des diplômes ?
Ou bien naît-on «Créateur»?
Est-on «Créateur» à plein temps ou à mi-temps ?
Reste-t-on «Créateur» en conduisant les camions, en préparant les demandes de subventions, en clouant les décors ?
Qui donc me dira si je suis «Créateur»?
Mes collègues ?
Mes copains ?
Mon ministère ?
Colette TRUC ou Michel MACHIN ?

Trêve de questions.
Quand ils me décrivent leur travail d'écriture, de mise en scène, de jeu théâtral,
je constate que je fais la même chose.
Si donc ils s'auto-proclament «Créateurs» en fonction de ces activités,
alors, à l'évidence, je le suis avec eux.
Et mes copains-collègues-camarades aussi.
Pleinement.
Puisque nous écrivons, réalisons, jouons des spectacles.
Quand ils décrivent encore ce qu'ils entendent par l'ANIMATION,
c'est-à-dire former, informer, proposer, animer des groupes d'individus les plus divers,
dans des formes multiples...
je m'y reconnais également.
Totalement.
Puisque nous faisons cela. Aussi.
Me voilà donc ANIMATEUR.

Mais qu'ils prétendent opposer une fonction à l'autre, voir les hiérarchiser (ils s'en défendent trop pour que cela se masque), et l'inquiétude me gagne.
Qu'ils affirment, enfin, que l'on ne saurait confondre le «Créateur» avec tout autre intervenant culturel... me voilà dans l'angoisse !
Serais-je donc un «cas» particulier, atteint de je ne sais quelle schizophrénie professionnelle ?
Ou encore, une sorte de «bâtard» culturel (on sait ce que valent les bâtards ?), qui ne pourrait jamais atteindre la «pureté» du «Créateur» ?

Soyons clair.
Je ne me sens à l'évidence, ni bâtard, ni schizophrène.
Et j'ai la sensation totale de n'avoir qu'une seule et même activité : le Théâtre,
qu'il soit mené par un groupe d'enfants, de malades, de syndicalistes ... ou de comédiens.
La sensation, aussi, de trouver partout le même intérêt, la même richesse, le même potentiel d'invention, de progrès et de développement.
de CREATION...

En faisant,
Et en faisant faire.

Que certains prétendent donc s'approprier le terme
(et tout ce qu'il représente de valeurs «supérieures»),
pour le réduire à leur propre travail. Voilà bien une position outrée.
Et inadmissible.

Il n'y a pas d'un côté, le «Créateurs» «venu d'ailleurs» et de l'autre le reste.
Il n'y a pas d'homme ou de femme, qui puisse s'auto-déclarer «Créateurs» à vie.
Il y a des gens qui pratiquent le Théâtre, dans des conditions et suivant des projets différents.
Ils sont donc «Créateurs» le temps de cette action.
Certains le font avec génie ...
D'autres avec talent...
D'autres avec métier avec chance ...
avec bonne volonté .
Avec obstination ...
Avec tout cela à la fois, de temps en temps.

Certains ne souhaitent le pratiquer qu'avec des acteurs professionnels et dans des institutions précises appelées THEATRES. .
C'est, bien entendu, leur droit le plus absolu.
Mais de grâce, qu'ils n'en confisquent pas pour autant les termes de «Créateur»
et de Création.

J'ai bien conscience de leur demander là un effort surhumain, qu'ils n'arriveront sans doute jamais à accomplir.

En attendant, et pour faciliter la chose, je propose donc aux autres, à tous ceux pour qui la pratique théâtrale ne forme qu'une seule et même activité,
qu'ils l'accomplissent entre professionnels ou avec des non-acteurs,
d'adopter avec moi le noble titre de CREANIMEUR, pour définir notre fonction.

Nous pourrons ainsi être ce que nous sommes.
Et faire ce que l'on fait.
Sans qu'à chaque instant, l'angoisse d'être autre chose
ne nous reprenne.

VIVE LA CREANIMATION !

Un CREANIMEUR professionnel
Jean Gabriel CARASSO


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Jeudi 14 septembre 2006 4 14 /09 /Sep /2006 10:37
Pièce en un acte


L’Ignare :
Je ne sais rien. Rien de rien. Rien du tout.
Dites-moi, messieurs, lequel d’entre vous pourrait m’expliquer ce qu’est la culture ?

L’Instruit :
Moi ! Je sais. Puisque je suis instruit. J’ai de l’instruction, du savoir.
Donc, je sais. La Culture, c’est…

Le Cultivé :
Non ! Tu ne peux pas savoir. Tu n’est qu’instruit et non cultivé.
Comment peux-tu parler de culture, toi qui n’as que de l’instruction ?

L’Instruit :    
Mais, je sais, puisque j’ai appris. La Culture, c’est…

Le Cultivé :    
Tu pourrais accumuler tous les savoirs du monde, devenir une encyclopédie ambulante, rien n’y ferait. Et quand bien même pourrais-tu nous expliquer magistralement ce qu’est
la Culture, tu n’en serais pas, pour autant, cultivé. Il existe une différence fondamentale entre l’instruction et la culture. N’est-ce pas ?

L’Ignare :
Je ne sais pas. Qu’en penses-tu, l’Erudit ?

L’Erudit :    
Je pense qu’il a raison.
Moi qui suis à la fois instruit et cultivé, je crois pouvoir discerner la différence.

L’Ignare :
Je ne sais pas moi, mais si tu peux discerner… tu dois pouvoir expliquer. Pas vrai ?

L’Erudit :
Je peux essayer ! Disons que l’instruction, c’est l’accumulation d’une masse de connaissances, de savoirs, pratiques ou théoriques, plutôt objectifs ; on peut décrire, expliquer, traduire ce savoir.

L’Ignare :
Par exemple : il y a des gens qui savent qui fut Chopin, ce qu’est la mine, l’Armagnac, le Vercors… Ceux-là sont-ils instruits ou cultivés ?

L’Erudit :
Ça dépend ! S’ils n’ont qu’une connaissance limitée de ces éléments, superficielle, livresque, on pourrait dire effectivement qu’ils ne sont qu’instruits.

L’Instruit :
C’est vrai ! Moi je sais, j’ai appris ça…
 
L’Erudit :
Par contre, s’ils entretiennent avec ces éléments un rapport de connaissance très intime, à la fois objectif et subjectif, alors cela fera partie de leur culture. Comme l’eau et la terre servent à faire pousser la plante, Chopin pour monsieur Arnaud, la mine pour monsieur Hurstel, l’Armagnac pour monsieur Tiry ou le Vercors pour monsieur Gilman auront servi à les faire pousser, eux.
Ce sont des éléments constitutifs de leur personnalité. Ils entretiennent avec eux une relation culturelle.

Le Cultivé :
C’est vrai ! La Culture ce n’est pas la connaissance, c’est le rapport que l’on a à cette connaissance. Considère, par exemple, la Tour Eiffel. Tout le monde (ou presque) la connaît. Mais le rapport culturel que l’on entretient avec elle est très différent selon que l’on est un enfant parisien, un Emir Saoudien, un Maire de Paris, un paysan africain… ou Gustave Eiffel.

L’Ignare  :
Ça me paraît censé ! Mais alors, moi qui ne sais rien, qui ne suis pas instruit, j’ai quand même une culture ? Ne serait-ce qu’avec la Tour Eiffel ?

Le Cultivé :
Bien sûr ! Même si tu ne le voulais pas, tu serais obligé d’être cultivé.
Tout le monde entretient avec ce qu’il connaît une relation culturelle.

L’Instruit :
J’ai appris ! On appelle ça une sub-culture.

Le Cultivé :
Ah bon ! C’est nouveau ?

L’Ignare  :
Mais alors, à quoi sert de s’instruire ? de se cultiver ?
Et qu’est-ce que ça veut dire, au juste ?

L’Erudit :
S’instruire, c’est élargir le champ de ses connaissances.
Ça peut servir pour comprendre le monde… et pour le transformer.
Se cultiver, c’est élargir le champ de sa propre culture.
Ça peut toujours servir pour se comprendre soi-même… et pour se transformer.

Le Cultivé :
Mais il ne faut pas confondre, comme cela arrive souvent.

L’Ignare  :
Et toi, l’Erudit, pourquoi t’appelle-t-on comme cela ?
Parce que tu es à la fois instruit et cultivé ? C’est cela ?

L’Erudit :
Oui… et non !
Regarde le paysan africain. Il a sa propre culture, sa relation au monde, aux objets, aux symboles, à la musique… De même, l’intelligensia parisienne possède son champ culturel particulier et sa relation spécifique à ce champ. Dans le village africain comme dans la jungle de Paris, il y a des gens cultivés.

Le Cultivé :
Moi, par exemple !

L’Erudit :
Mais à Paris, il y a aussi quelques personnes qui, en plus de connaître leur propre culture, connaissent également celle de l’Afrique. Ce sont les érudits. L’Erudit est celui qui connaît la culture des autres, d’autres pays, d’autres peuples, d’autres temps. Il faut bien sûr des moyens d’information (ça coûte cher !) pour cela. Le paysan africain pourrait aussi bien être Erudit s’il en avait les moyens. Tous les individus, tous les groupes, tous les peuples sont cultivés, mais certains individus, certains groupes, certains peuples seulement sont érudits, parce qu’ils ont plus de moyens.

L’Ignare  :
Moi, je regarde plein de feuilletons américains à la télé, j’écoute plein de musique anglaise… Alors je suis érudit également ? Je connais la culture des autres…

L’Erudit :
L’Instruit :
Le Cultivé :
 (ensemble)      Non ! ! !

L’Ignare :
Je ne comprends plus rien !

L’Erudit :
On a eu tort de hurler. Ça dépend !
Connaître la production artistique d’autres peuples, ce peut être une très bonne chose… à condition que cette connaissance soit authentique, approfondie, critique. En ce sens, la musique ou le cinéma américain peuvent être très enrichissants (Le Ministre de la Culture l’a dit, alors !)
Par contre si l’on t’impose à haute dose, comme cela se fait parfois, une grande quantité de produits étrangers médiocres pour te faire croire qu’il s’agit-là de ta propre culture, alors tu ne seras pas érudit, seulement abruti. Tu vois la différence ?

L’Ignare  :
Je ne suis pas abruti . Je sais très bien que ces feuilletons sont débiles… n’empêche qu’ils m’intéressent et parfois me passionnent. Alors, que faire ?

Le Cultivé :
Le savoir !

L’Instruit :
Comme disait monsieur Belleville « le mode d’appropriation de la culture, ou de la sub-culture… » Je ne sais plus très bien. Je vais relire mes notes !

L’Erudit :
Que faire ? Agir peut-être ? Demande aux spécialistes de l’Action culturelle.
Ils doivent savoir, eux !

(Silence lourd. Brume)
Rideau

J G C
Avignon Paris 1985
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Jeudi 14 septembre 2006 4 14 /09 /Sep /2006 10:29
Pièce en un acte

Le Candide :
Je ne sais rien. Rien du tout. Rien de rien.
Lequel d’entre vous pourrait me dire ce qu’il est et du Théâtre et de l’Education ?

L’Artiste :
Simple. Le Théâtre est en crise.

L’Enseignant :
Très simple. L’Education est en crise.

Le Candide :
Mais encore ?

L’Artiste :
Le théâtre perd son public. Une enquête du ministère de la Culture indique que 12% seulement de la population française assiste régulièrement à des représentations théâtrales. De plus, ce public vieillit…

L’Enseignant :
Le système éducatif est inadapté. Echec scolaire, illettrisme… Tout le monde s’accorde à dire qu’à l’aube du XXIè siècle ce système doit évoluer.

Le Candide :
Mais alors, que pouvez-vous faire ?

L’Artiste :
Trouver de nouveaux publics. Informer, sensibiliser, initier la jeunesse. Le rôle de l’Ecole est fondamental.

L’Enseignant :
Ouvrir, aérer, innover… une des dimensions essentielles pour cela, c’est l’art et la culture. Donc aussi le Théâtre.

Le Candide :
Mais alors, pourquoi ne mène-t-on pas une politique plus dynamique du théâtre dans l’éducation ?

L’Artiste :
Voilà une bonne question !

L’Enseignant :
Voilà une bonne question !

Le Candide :
Il faudrait que ce soit une politique globale, associant à la fois la création et la diffusion de spectacles, les pratiques théâtrales à l’Ecole et la formation de tous les partenaires pour que ce travail soit de qualité. N’est-ce pas ?


L’Artiste et L’Enseignant :
Es-tu vraiment aussi candide qu’on le dit ?


(Rideau)


JGC
in « Assises nationales théâtre et éducation »

Propositions en trois actes et neuf tableaux
ANRAT. 18 juin 1988
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Jeudi 14 septembre 2006 4 14 /09 /Sep /2006 10:03
Pièce en un acte

L’Ignare :
Je ne sais rien. Rien du tout. Rien de rien.
Dites-moi, messieurs, lequel d’entre vous pourrait m’expliquer ce que c’est qu’un « projet »?

Le Professionnel :
Moi ! Je peux. Je suis un professionnel du projet.
Combien me payes-tu ?

L’Ignare :
Heu ! ! !

Le Militant :
C’est un scandale. Se faire payer pour expliquer quelque chose à un ignare.
Tu n’as pas honte ?

Le Professionnel :
Pas du tout. Je suis un professionnel, c’est tout. C’est simple, c’est clair.
Nous ne sommes plus au temps où…

Le Militant :
Moi, je suis militant, je vais lui expliquer. Et gratuitement, en plus !
Le « projet », vois-tu…

Le Missionnaire :
C’est absurde. Pourquoi vous battre entre militant et professionnel, alors que ma fonction à moi, consiste précisément à résoudre ce genre de problème ?

Les trois autres :
Ah…bon ?

Le Missionnaire :
Bien entendu ! je suis payé par mon institution pour cela. Je n’ai pas à gagner de l’argent pour expliquer, ni à la faire bénévolement. Expliquer, c’est une « mission »

Le Professionnel :
Es-tu seulement compétent pour cela ?

Le Missionnaire :
Evidemment, puisque c’est mon travail.

Le Militant :
Ce travail a-t-il seulement un sens ?

Le Missionnaire :
Bien entendu, puisque c’est une mission !

L’Ignare :
Si je comprends bien, tu es à la fois militant et professionnel ?

Le Missionnaire :
En quelque sorte !

L’Ignare :
Alors, explique. Vas-y !

Le Professionnel :
Un « projet », vois-tu, au sens institutionnel du terme, c’est un « dossier » (en trois exemplaires au moins), qui explique le « quoi », le « comment » et surtout le « combien ». Il faut dire aussi le « où » et « avec qui ». Enfin, si tu mets quelques images, c’est mieux .

Le Militant :
Technocrate ! C’est un scandale ! Un projet, c’est avant tout le « pourquoi » ; c’est d’abord un objectif, un désir, une volonté, une conscience ; le reste ne sont que des conséquences, secondaires.

Le Professionnel :
Naïf ! Bien entendu « l’objectif » est important, mais un projet c’est essentiellement le « comment ». Des objectifs, il en existe des milliers, tout le monde peut avoir des désirs, des volontés… Le problème est de savoir quels « moyens » mettre en œuvre pour y parvenir. Ça, c’est l’affaire du professionnel !

L’Ignare :
Il me semble percevoir quelques contradictions entre vous !

Le Militant :
Bien entendu !

Le Professionnel :
Absolument !

Le Missionnaire :
 Pas du tout !

L’Ignare :
Comment ça ?

Le Missionnaire :
Il n’y a aucune contradiction entre le « pourquoi » et le « comment », pas plus qu’entre le « comment » et le « combien », ni entre le militant et le professionnel. Il n’y a que des « tensions »(sic). Tu comprends la différence ?

L’Ignare :
Pas vraiment !

Le Missionnaire :
C’est simple : la contradiction signifierait une opposition définitive entre les deux termes, un rejet absolu de l’un par l’autre. Or, tous les projets ont à la fois un sens et une structure. N’est-ce pas ?

Le Militant :
C’est vrai. Mon action doit être organisée, sinon…

Le Professionnel :
Il a raison. Mon organisation doit avoir un sens, sinon…

L’Ignare :
Mais alors, où est la contradiction ? Où sont les différences ?

Le Militant :
Le Professionnel :
(ensemble)    Heu..! La différence ? C’est quand il exagère.

Le Militant :
Le Professionnel :
(ensemble)    Qui exagère ?

Le Militant :
Le Professionnel :
(ensemble)    Toi !.

Le Missionnaire :
C’est pourtant simple : la contradiction c’est quand ils exagèrent tous les deux. Quand le « pourquoi » du militant oublie le « comment », quand « l’organisation » du professionnel oublie le « sens » du projet. Tu comprends ?

L’Ignare :
Bien sur, je comprends. Tu me prends pour un ignare ? Ça s’appelle la dialectique, c’est élémentaire ! Si je résume : un « projet » qu’ils soit militant ou professionnel, c’est avant tout un objectif, avec un sens et des moyens pour le mettre en œuvre. C’est ça ?

Le Militant :
 Exactement !

Le Professionnel :
A peu près !

L’Ignare :
Qu’est-ce qui manque encore ?

Le Professionnel :
En termes professionnels, un « projet » ne fonctionnera que s’il est assorti d’un « échéancier » (quand ça commence, mais aussi quand ça se termine !) et de moyens d’évaluation indispensables. Pas vrai ?

Le Missionnaire :
Heu.. ! C’est que… chez nous… les échéanciers, les évaluations… on en parle quelques fois
Mais dans la pratique …

L’Ignare :
J’ai compris ! Chaque fois que j’aurai ce type de question, il faudra que je vous interroge tous les trois, pour avoir enfin une réponse complète !

Le Militant :
Le Professionnel :
Le Missionnaire :
(ensemble)    Heu.. ! ben… oui ! Remarque, ce ne sera pas trop difficile, puisque nous sommes la même personne !

(Silence, brume)
Rideau


JGC
Avignon Paris 1985
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Lundi 11 septembre 2006 1 11 /09 /Sep /2006 21:41
L’expérience, à l’origine de la pensée.
Préface de Robin Renucci

Nos sociétés d’effectivité proposent aux enfants une éducation qui s’adresse principalement à leur cortex, au détriment de leur affectivité et de toutes les richesses qu’apporte un développement plus complet de l’ensemble des facultés humaines. Ce système produit une manière de penser souvent stéréotypée et relativement pauvre, derrière les brillances de l’érudition. Par ailleurs, le niveau de bonheur moyen reste très bas et le devient, de plus en plus, dans nos pays pourtant bien plus nantis que d’autres. L’éducation artistique est trop souvent considérée comme un luxe alors qu’elle est absolument essentielle et devrait faire partie du bagage proposé à tout enfant, qu’il soit talentueux ou non.
La découverte de la correspondance entre un geste et une intention, de la beauté d’un mouvement, d’un regard, d’un son, d’une couleur et de son jeu en écho avec une autre couleur, d’une odeur, d’un goût, d’une sensation tactile, de la résonance sensorielle entre toutes ces perceptions, des émotions et des sentiments qui les accompagnent, sont des moments essentiels pour le développement de l’intelligence dans sa globalité. Le travail artistique et la pratique culturelle canalisent les énergies, permettent la découverte des limites, de leur dépassement et la joie que procure l’acquisition de la discipline personnelle. Chaque expérience vécue modifie totalement l’acquisition de toutes les autres connaissances et contribue à la richesse de chaque enfant, car c’est l’expérience qui est à l’origine de la pensée, non le contraire. Les capacités cognitives sont sous-tendues par la vie affective, les émotions et les échanges. L’expérience de la création artistique partagée multiplie ces richesses. C’est une expérience fondatrice pour tout citoyen. Dès lors, ne pas se préoccuper d’éducation artistique c’est méconnaître tout ce que nous savons aujourd’hui  du développement de l’intelligence humaine.
La prise de conscience, chez les plus jeunes, de la diversité et de la richesse des attitudes culturelles contribue par ailleurs, souvent de manière décisive, à la reconnaissance des différences : différences culturelles, sociales et respect de l’expression des minorités. Contre la violence et l’incivilité, contre les racismes, les arts et la culture peuvent contribuer à créer une école de la tolérance et du respect de l’autre. Les règles de l’art sont également celle de la vie.

Nous avons, en France une lignée d’hommes au théâtre, pédagogues uniques au monde qui va de Jacques Copeau à Antoine Vitez en passant par Jean Dasté et Jacques Lecoq. Ils ne sont plus là, mais leur travail reste vivant. Il s’est exporté dans le monde entier, ce qui montre l’universalité de leur démarche. Les élèves de ces pédagogues créateurs sont au travail depuis des années. Chacun à sa manière, ils rendent compte de ce qui s’est développé grâce à ces maîtres. Il est intéressant de constater que, presque tous, ont une conscience aiguë de l’importance du travail avec les enfants et pour les enfants.
Héritier de l’Education populaire, de Miguel Demuynck et des CEMEA, ancien élève de l’Ecole internationale Jacques Lecoq, Jean-Gabriel Carasso est de ceux-là. Depuis une quarantaine d’années, il n’a cessé de conjuguer une pratique théâtrale personnelle, un travail de formation pédagogique, (dans les mouvements d’éducation jusqu’au Conservatoire national supérieur d’art dramatique) et un militantisme jamais démenti au service du théâtre et de l’éducation, notamment pendant ses douze années de direction de l’ANRAT (Association nationale de recherche et d’action théâtrale).
Cette expérience permet à l’auteur de proposer, ici, des voies nouvelles pour contribuer au mieux à l’éducation artistique de nos enfants et plus encore pour leur garantir à tous un meilleur accès à la culture. Il pose, dans le présent ouvrage, deux questions qui me paraissent essentielles : quelle est la place que nous accordons à l’Art et à la Culture dans l’éducation de nos enfants ? Et dans quelle mesure cette éducation spécifique contribue t-elle à faire de ces enfants des adultes responsables, critiques et doués d’une approche sensible de la société ? Ces deux questions sont étroitement liées et leur importance est considérable, si ce dont nous parlons est bien de qualité de vie et de citoyenneté.

La tâche des enseignants, auxquels il fait appel, n’est pas facile. Former des citoyens libres et responsables, bien armés intellectuellement, psychologiquement, socialement pour affronter l’avenir, est en soi une mission lourde. Jean-Gabriel Carasso démontre que, pour atteindre ces objectifs, une réforme profonde de l’Ecole est nécessaire et qu’elle ne pourra se faire sans capacité à permettre de nouvelles synthèses, un nouveau discours, porteur de sens.
A la lecture de ce texte, nous éprouvons un sentiment d’urgence. Le travail autour du théâtre, de la musique, des arts plastiques... nous paraît  apporter des réponses spécifiques à nombre de  questions d’actualité. L’intégration à la vie scolaire du travail artistique, dans toutes ses dimensions, est à soutenir et à promouvoir. Nombre d’enseignants, d’artistes et de professionnels de la culture ont montré qu’ils pouvaient proposer de nouveaux référents éducatifs ; pour peu qu’on leur en donne les moyens, le défi est de taille : captiver les gens plutôt que les rendre captifs.

Robin Renucci
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