Retour à

L'accueil


l'Oizeau rare
association de recherches culturelles


Mes vidéos


Mes textes
en téléchargement


COUPS DE GUEULE


Samedi 3 octobre 2009 6 03 /10 /2009 21:41

Sans doute faut-il lutter contre l’absentéisme scolaire, trouver les moyens de motiver les élèves pour qu’ils adhèrent au projet pédagogique qui leur est proposé, ne pas se satisfaire d’absences répétées et inexpliquées. C’est le bon sens même ! Faut-il pour autant s’aventurer vers les expériences qui viennent d’être mises en place à l’académie de Créteil, dans trois lycées techniques, à la demande du Haut commissariat à la jeunesse, à savoir proposer une « cagnotte » aux élèves qui serait alimentée par leur seule présence en classe ? On croit rêver !

Ainsi, les élèves seraient donc « payés » pour être là ! Non pour travailler, pour réussir, pour participer à un projet collectif, pour faire preuve d’initiative ou de créativité… Non, simplement pour être présent là où ils doivent être, à l’école ! Dans quel monde veut-on nous entraîner ? A quand le SMIC à l’école maternelle ? La prime de fin d’année pour un examen réussi ? Une échelle des salaires dans une même classe selon le niveau des élèves ? Ce n’est qu’une « expérimentation », nous dit-on, qui pourrait être étendue à 70 classes en cas d’évaluation positive.

Faut-il être perdu, désemparé, sans imagination éducative, pour s’aventurer sur de telles bases, oubliant totalement que le contrat pédagogique n’à rien à voir avec un contrat de travail, que la motivation à apprendre, c’est-à-dire à se développer soi-même (l’élève s’élève !) relève principalement d’une relation complexe qui se nomme « l’éducation » qui n’a rien à voir avec le principe de la carotte (ici la « cagnotte !). Il faut refuser avec force cette aventure douteuse. Avant même qu’elle ne commence. Halte au feu ! Expérimentation, piège à con !

 

En savoir plus ici

 

 

Une information complémentaire qui n'a rien à voir...

Ceux qui s'intéressent au théâtre et la critique théâtrale seront heureux d'apprendre qu'un nouveau site vient d'être créé qui se propose d'éditer des critiques de spectacles en ligne. Il s'intitule "AU POULAILLER". Initiative naissante à soutenir.

C'est ici :

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /2009 11:25


Eureka ! Le Conseil pour la création artistique, mis en place par le Président de la République en janvier dernier sous la responsabilité de Marin Karmitz, vient de rendre public 10 projets qui visent, en toute modestie, à « mettre en œuvre une politique culturelle d'envergure pour le temps présent et l'avenir". Rien de moins ! Et d’ajouter dans un entretien au Monde « Ce que nous avons fait, le ministère n'aurait pas pu le faire. » Bigre ! La montagne accouche en réalité d’une compilation de souris diverses sans logique aucune, espérant naïvement « passer de l’expérimentation à la généralisation », dont nous savons pertinemment qu’il n’en sera rien ! Reprenons et donnons quelques conseils au Conseil.


1/« A la demande de Martin Hirsch, haut commissaire à la jeunesse, des créateurs de moins de 30 ans issus de toutes disciplines et de métiers d'art auront carte blanche pour intervenir dans des lieux phares (gare, usine, château, parc, monument), afin d'en réécrire l'histoire à leur façon. La manifestation aura lieu au début de l'été 2010 et reposera sur les projets présentés par huit structures : Centre chorégraphique de Toulouse, Maison de la culture d'Amiens, Subsistances à Lyon, Quartz de Brest, Maison de la culture de Grenoble, Théâtre de Chaillot à Paris, Marseille 2013, Centre Pompidou de Metz. »

Conseillons au Conseil de ne pas s’appuyer d’abord sur les structures culturelles dirigées par ses propres membres ou leurs amis proches, ni de chercher à rééditer le coup de la Fête de la Musique, grande manifestation à la gloire du Grand Dirigeant, mais d’établir avec les collectivités territoriales une véritable politique concertée d’aide à la jeunesse : éducation artistique, pratiques amateurs, aides à la création, lieux de création… Une sorte de « charte territoriale culture/éducation/jeunesse » ? Et pourquoi pas un événement spectaculaire, mais en fin de chaîne ! C’est la vieille histoire des bœufs et de la charrue.

2/ « M. Karmitz, amateur d'art et collectionneur réputé, veut faire de Paris la "capitale mondiale de l'art". L'Ouest parisien en sera le symbole. Il s'agit de mettre en synergie toutes les institutions culturelles situées autour de la colline de Chaillot : Quai Branly, Palais de Tokyo, Musée d'art moderne de la Ville de Paris, Musées Guimet et Galliera, etc. 

Il existe déjà un modeste accord tarifaire entre quelques musées. Le Conseil veut aller plus loin et proposer "une offre globale" (transports, billet, parcours numérique, offre culturelle) »

Conseillons au Conseil de lever la tête et de constater qu’au-delà de l’Ouest parisien, la colline de Belleville et de Ménilmontant, loin du XVIe arrondissement, mérite autant d’offrir à ses habitants une vie culturelle active et pertinente, voire une « offre globale » entre les nombreuses structures qui s’y trouvent. Conseillons lui aussi de ne pas trop tenir compte des inclinations personnelles de ses membres : que se serait-il passé si M. Karmitz avait été passionné, par exemple, de sport automobile et collectionneur de vieilles voitures ? Les 24 heures du Mans transportées au centre de la capitale ?

3/ « Culture en commun en Seine-Saint-Denis. Le projet est ambitieux, mais il est aléatoire. Mettre en réseau les établissements culturels de Plaine Commune (Seine-Saint-Denis), y intégrer l'habitat et le loisir, expérimenter des "formes précaires, éventuellement foraines, de présence culturelle". Pour ces dernières, un appel d'offres a été lancé auprès d'architectes pour qu'ils transforment des friches du département et imaginent des nouvelles structures nomades. Le dispositif demande toutefois à être précisé, au risque de capoter. »

Conseillons au Conseil de préciser sa pensée avant de communiquer sur une telle proposition : s’agit-il de permettre à des cirques ambulants de stationner au pied des tours de nos banlieues ? De n’offrir aux habitants, eux-mêmes si souvent « précaires » que des « formes précaires » ? D’éviter les occupations illégales et autres squats artistiques, en aménageant par avance des lieux à cet effet, friches industrielles ou structures nomades ?

Il y eut un temps des « milles clubs », structures légères installées dans les quartiers par le ministère de la Jeunesse et des sports. Y aura-t-il désormais les « 1000 friches »  ? Est-ce aux architectes qu’il faut lancer un appel d’offre, ou aux artistes et porteurs de projets culturels de quartier qui pourraient avoir quelques idées sur le sujet ?

4/ « Orchestres de jeunes en quartier sensible. Dès 2010, 500 jeunes, de 7 ans à 15 ans, issus de quartiers sensibles, seront intégrés dans une quarantaine d'ensembles musicaux créés pour l'occasion et seront intensivement formés à la musique classique. Ce projet est calqué sur un modèle au Venezuela, qui a fait ses preuves. L'Orchestre de Paris et la Cité de la musique l'animeront. »

Conseillons au Conseil une ambition plus vaste et moins idéologiquement sélective. Permettre à d’autres disciplines artistiques, transversalité des arts oblige, de s’inscrire dans ce type de projet : 40 troupes de théâtre de jeunes, 40 compagnies chorégraphiques, 40 orchestres de Jazz ou de musique Orientale (il paraît que le ministre en est fan !) ? Bien des compagnies et des formations musicales seraient sans doute intéressées par une telle proposition. Mais il est vrai que les crédits d’animation sont souvent difficiles à obtenir, et que le temps passé par les artistes intermittents à ce type d’activité leur est discuté au prétexte que ce ne serait pas un temps « artistique ».

5/ « Ecole de cinéma nomade. Une école de cinéma, installée sur une péniche ancrée au pied de cités, ouvrira en janvier 2010. Visant à créer "un cinéma de rue", elle s'adresse à une vingtaine de jeunes de 18 à 25 ans, qui, pendant un an et demi, feront un premier film. Elle sera dirigée par le cinéaste Abdellatif Kechiche et sera installée dans la péniche de son film La Graine et le mulet (2007). Les films seront proposés en salles, à la télévision, sur Internet et édités en DVD. »

Conseillons au Conseil de préciser les critères de sélection pour ceux qui pourront participer à cette aventure. Habiter près de la péniche ? Avoir un projet de « cinéma de rue » ? Et pourquoi ne pas conforter dans le même temps toutes les initiatives « d’éducation à l’image » qui sont aujourd’hui tellement fragilisées ?

6/ « Soutien au Centre Pompidou mobile. Le conseil soutient le projet du Centre Pompidou de créer un musée mobile de 1 000 m2, présentant des œuvres importantes du XXe siècle, qui sillonnera la France. L'architecte sera connu en juin 2010 et la structure ouvrirait en septembre de la même année. »

Conseillons au Conseil de préciser s’il s’agit de rééditer Les Tréteaux de France, version arts plastiques et de s’interroger sur la nature des relations que cette structure pourrait établir avec ces « nouveaux publics » espérés. Rappelons que ce n’est pas un « dispositif » de plus  qui importe, mais bien les « dispositions » de ceux auxquels on veut s’adresser !

7/ « Diffusion d'opéras dans les théâtres publics. A partir de 2010, six ou sept opéras donnés en France, mais aussi à l'étranger, seront retransmis en direct dans des théâtres publics, un peu partout en France. Le but est d'élargir les publics et "de rendre encore plus profitable l'argent des citoyens investi dans la production des spectacles ».

Conseillons au Conseil de pousser la logique de cette proposition, et de retransmettre à l’Opéra Bastille des spectacles de rue du Festival d’Aurillac ou du rap des Banlieues. Etc…

8/ « Visites virtuelles de musées. M. Karmitz pense que les institutions culturelles utilisent mal les "outils numériques" susceptibles d'attirer un public qui ne se déplace pas. Aussi une "clause numérique" va-t-elle être ajoutée au cahier des charges des lieux subventionnés. Deux sites pilotes vont donner l'exemple: la Comédie-Française va refondre son site Web et la Réunion des musées nationaux va créer un parcours virtuel à l'occasion de l'exposition Claude Monet au Grand Palais, à l'automne 2010. »

Conseillons au Conseil de distribuer gratuitement dans les quartiers défavorisés des ordinateurs et des abonnements à Internet. Il est certain que les nouveaux internautes se précipiteront en priorité sur le site de la Comédie française et de la RMN, surtout s’ils sont rénovés !

9/ « Cinémathèque de l'étudiant. 2,2 millions d'étudiants en France auront accès à une plate-forme de vidéo à la demande leur permettant de voir "des films de référence". Ni date ni coût ne sont donnés. »

Conseillons au Conseil de préciser jusqu’à quel âge nous aurons le droit d’être considérés comme étudiants ?

10/ «  Mieux diffuser la création et la pensée française à l'étranger. Le conseil prône la promotion de la pensée française via le numérique. Il financera la traduction de textes scientifiques français ».

Conseillons au Conseil de préciser ce que serait « la pensée française » aujourd’hui ! 

Et comment s’articule cette proposition avec les baisses drastiques de crédits de nombreux centres culturels français à l’étranger ?

Trêve de conseils ! Ces propositions sont affligeantes, en ce qu’elles démontrent le peu de cas fait par les membres de cette instance aux analyses, pourtant nombreuses, de la situation de la vie culturelle en France et la nécessité de faire évoluer l’action et les politiques dans ce domaine. Rien sur l’éducation, rien sur la décentralisation, rien sur la coproduction des politiques publiques, rien sur l’implication des populations aux projets culturels… J’en passe ! Un débat public sur les enjeux de l’art et de la culture dans notre pays demeure urgent. Il se passera des avis du Conseil. Il faut en finir au plus vite avec ce type de démarche « groupusculaire » !

 

Voir aussi sur ce sujet la position de Doc Kasimir Bisou reproduite ici.

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /2009 10:05
La laïcité (fut-elle "positive") a du mal a tenir son rang dans cette période de religiosité exacerbée, partout à travers le monde. A propos de la disparition récente d'un Airbus d'Air France et de "l'hommage" rendu à Notre Dame, Danielle Sallenave a écrit dans Le Monde tout ce que je pense du sujet. A savoir...

"L'extrême émotion que suscite légitimement l'accident du Rio de Janeiro-Paris ne doit pas nous interdire de réfléchir sur quelques-unes des manifestations auxquelles il vient de donner lieu. L'"hommage" public rendu le 3 juin aux 228 victimes, en présence du chef de l'Etat, sous forme d'une messe à Notre-Dame, nous permet en effet de mesurer à quel degré de confusion nos sociétés développées sont parvenues dans un domaine d'une grande importance pour la démocratie : la distinction de la sphère publique et de la sphère privée. Le relever n'est pas manquer de compassion envers les victimes et leurs familles, ou de considération pour leur deuil. Au contraire. Rappeler qu'une frontière doit séparer le public du privé, c'est rappeler tout à la fois la dignité de la sphère publique et celle de la sphère privée.
Rendre hommage, c'est manifester à quelqu'un son respect, sa déférence, pour son mérite, son esprit de sacrifice, les qualités éminentes qu'il a montrées, par exemple, dans l'accomplissement d'une action en vue du bien public. Mais si douloureuses que soient les circonstances de leur mort, pour quelle action les victimes d'un accident de l'aviation civile mériteraient-elles cet "hommage" public de la nation, de l'Etat ?
Quelque chose encore s'y ajoute, qui en fait un hommage au sens propre déplacé. C'est qu'il a été rendu au cours d'une cérémonie religieuse, célébrée à Notre-Dame, en présence du chef de l'Etat, entorse caractérisée à la laïcité.

L'aurait-on une fois encore oublié ? La France est un Etat laïque, et son président, le président de tous les Français, quelle que soit leur confession.

Il ne peut donc assister à une cérémonie religieuse ès qualités - il ne peut y assister qu'à titre privé... "
Lire la suite

Voir aussi le blog de Caroline Fourest qui mène un combat régulier sur ces sujets.




Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Dimanche 22 mars 2009 7 22 /03 /2009 10:54
« Tous au théâtre » proposée vendredi soir sur France 2 . Affligeant ! Et malheureusement, significatif ! De l’époque, du « service public » de la télévision, et peut-être même du théâtre ! Résumé de la chose : deux heures durant, « les amateurs de spectacle vivant et férus de théâtre sont servis : Laurent Ruquier et Jean-Luc Moreau proposent de rendre hommage aux comédiens et aux pièces phares de la saison. Sur la scène du théâtre des Variétés, les animateurs ont réuni les acteurs actuellement à l'affiche, notamment Pierre Arditi, parrain de cette deuxième édition et présent sur scène aux côtés de Clotilde Courau et Bernard Murat dans «Faisons un rêve» de Sacha Guitry. Line Renaud, Michel Sardou, Patrick Chesnais, Mélanie Thierry, Philippe Torreton et de nombreux autres artistes participent à différents sketchs et chansons qui évoquent la passion des planches… » Voilà pour la présentation. Dans les faits, se succèdent de brefs entretiens, quelques extraits et quelques gags supposés drôles dans la salle… A pleurer !
Affligeant de bonne volonté – faire aimer le théâtre, quel qu’il soit, au plus grand nombre – mélanger pour cela les genres, les styles, les qualités – on parlera de Claudel autant que de spectacles solos les plus commerciaux – est  la fausse bonne idée même qui prétend, comme dans les Molières, que «la grande famille du théâtre» serait unie dans sa diversité, mériterait d’être mieux connue (ou reconnue) et que le «service public» de la télévision se doit de lui «rendre hommage»… Foutaise ! Ce genre d’émission ne fait que développer une image superficielle et complaisante du travail théâtral, de son exigence, de son éthique et de sa nécessité, pour n’en faire qu’un catalogue de plaisirs faciles, parfois franchement indigents.
Mais l’époque est ainsi. Qui ne valorise que les parcours individuels, les têtes d’affiches, les « pièces phares » au détriment des aventures d’équipes, du sens, du travail avec les publics, de la recherche artistique… Le résultat, la notoriété, le rire gras avant le parcours artistique, l’authenticité, la démarche… Et l’on s’interroge sur la présence, par exemple, d’Olivier Py, venu présenter en trois minutes «Le Soulier de satin» de l’Odéon, pour affirmer en plus que le spectacle est complet. Pure promotion individuelle et institutionnelle en somme. Gagnera-t-il un spectateur de plus, qui passerait d’Agnès Soral bêtifiante à Jeanne Balibar ? Foutaise, vous dis-je ! Mais peut-être le théâtre lui-même (une part du moins) en est-il là ? A chercher (vainement) à élargir son public par les moyens les plus éculés du racolage télévisé ? Parions qu’il n’y gagnera rien. Au contraire, son « image » en sera plus affaiblie que jamais, toujours à la traîne d’un humour forcé et d’une efficacité facile imposée par ce genre d’émission (et tant d’autres). Quant au « service public » de la télévision, il se caricature lui-même ici, alors que l’on pourrait attendre qu’il accompagne les efforts des artistes, des enseignants, des médiateurs pour permettre l’accès à la plus grande qualité artistique. Nous en sommes loin, ce genre d’émission contredit, en vérité, l’essentiel du travail éducatif mené tout au long de l’année par tant d’énergies véritables. Que faire ?
Mes amis, restez cachés ! Metteurs en scène, comédiens, équipes théâtrales authentiques, gardez-vous de cette tentation illusoire. Réfugiez-vous dans le secret des salles de spectacles, sous vos chapiteaux ou sur vos tréteaux. Ne vous montrez jamais dans ce genre d’émission. Vous y gagnerez, à tous les coups, de la morale, de l’estime, de la justesse. Et même du public !


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Lundi 2 mars 2009 1 02 /03 /2009 14:18
Dans quelques jours sortira un film "Welcome", qui évoque la question des clandestins qui tentent de gagner l'Angleterre. La rumeur en dit beaucoup de bien. A voir... Dans le même temps, me parvient l'information ci-dessous, publiée dans Libération Lille. Choc des infos !

SOCIETE - Monique Pouille, 59 ans, épouse d'artisan peintre, parle très vite au téléphone, comme essoufflée par ce qui vient de lui arriver.  Elle a fait neuf heures de garde à vue, hier. Cette mère au foyer, membre de la paroisse de  Norrent-Fontes, près de Béthune, bénévole aux restos du coeur et bénévole de l'association Terre d'errance, organise les dons de nourriture, d'habits pour les migrants sans-abri depuis deux ans et demi. C'est elle aussi qui recharge les portables de ces errants qui tentent de gagner l'Angleterre en grimpant sur les camions de l'aire de repos de l'autoroute voisine. Hier, à 7h45 du matin, on sonne à sa porte. La Police de l'air et des frontières.

Pigeonnier. Elle raconte : «Ils m'ont dit "on vient vous chercher pour vous mettre en garde à vue, pour flagrant délit d'aide aux personnes en situation irrégulière"». Elle ajoute : «Quand j'ai ouvert la porte ils sont tout suite entrés dans le couloir. Je pense qu'ils croyaient trouver des réfugiés chez moi». Les policiers tombent sur trois portables, en charge sur la table du salon. Ils prennent les portables, fouillent la maison, le garage, la voiture, «et même le pigeonnier de mon mari, il est colombophile». Ils autorisent Monique Pouille à faire «un petit brin de toilette» avant de partir, «une femme policier m'attendait derrière la porte de la salle de bains». Elle ressort avec un pull à capuche. «Ils m'ont dit que ça ne serait pas accepté en garde à vue, à cause du cordon.»

Fan-club. A Coquelles, la garde à vue commence. «Ils ont dit que j'avais eu de la chance de ne pas être menottée». La police aurait ajouté qu'elle devait  «coopérer». «Ils m'ont dit qu'ils étaient courant de toutUne femme policier m'a demandé "Alors, ça s'est bien passé le concours de colombophilie de votre mari?" C'était une conversation que j'avais eu avec des bénévoles de l'association quelques jours plus tôt au téléphone. Je suis tombée des nues».

 Ils posent des questions sur les migrants, un par un. Comment s'appelle-t-il? Depuis combien de temps est-il là? «Ils m'ont dit "vous faites ça pour la bonne cause, mais il faut faire attention à ne pas aider les passeurs". Il m'ont dit que je pouvais continuer à recharger les portables, mais pas ceux des passeurs, ceux qui sont bien habillés, et qui sont là depuis longtemps. Moi je ne m'occupe pas de ça? J'aide les gens sans poser de questions». Vers 14h30, les policiers lui annoncent que son «fan-club» est dehors. «C'était une cinquantaine de personnes qui étaient venues me soutenir». Elle est libre vers 17h. Sans charges, ni mise en examen, pour l'instant. 

«Bande organisée». «Nous l'avons récupérée en larmes» raconte Me Bruno Dubout, avocat de l'association Terre d'errance. «Monique Pouille en garde à vue, c'est une aberration. Elle n'est pas armée pour ça. Elle fait partie de ces gens qui aident les migrants parce qu'ils font de l'humanitaire. Parce qu'ils se disent "On ne peut pas laisser crever les gens au bout de notre jardin"». Monique Pouille ajoute :  «Je suis la seule bénévole qui habite Norrent Fontes. Une garde à vue, ce n'est pas rien. Je me demande comment les gens vont réagir. Ce n'est pas facile à vivre»

A la Police de l'air et des frontières de Coquelles, on indique que la garde à vue a eu lieu dans le cadre d'une commission rogatoire ordonnée par le juge d'instruction Vignau à Béthune, «pour aide au séjour irrégulier en bande organisée». Au cabinet de l'instruction, on n'a «aucune information à donner à ce sujet». On risque en théorie jusqu'à 10 ans de prison pour aide au séjour irrégulier en bande organisée.

Dans un communiqué, le curé de la paroisse, le père Delannoy s'indigne : «C’est la politique du chiffre qui prime , M. Besson a demandé qu’on intensifie la lutte contre les réseaux mafieux, qui arrête t-on?  Une simple habitante qui a un cœur d’or et qui n'en peut plus de voir des jeunes qui ont l’âge de ses fils passer devant sa maison bravant le froid. Il est certainement plus facile de rester au chaud dans sa maison bien installé devant son écran que d’agir. Heureusement que dans notre monde il y a encore des Monique.»

Alors, elle continue? Elle pense que oui. Puis elle ajoute : «Mon mari m'a dit "tu ne fais rien de mal, tu continues" Mais si je suis enfermée, y'a personne qui y va à ma place...».

26/02/2009 LIBE LILLE

Haydée Sabéran

__._,_.___

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE

Dimanche 1 mars 2009 7 01 /03 /2009 10:13
Le projet de loi "Création et Internet" ou "HADOPI" a été voté au Sénat le 30 octobre 2008 et sera bientôt examiné à l'Assemblée nationale. Elle a pour objet de mettre en oeuvre la « riposte graduée » visant à couper l'accès aux internautes suspectés de partage d'oeuvres sans autorisation.

Une autorité (l'HADOPI), instaurée par le texte, agira sur dénonciation d'acteurs privés travaillant pour les industries du divertissement (syndicats professionnels, enquêteurs privés). L'HADOPI sera chargée, en se basant sur ces preuves sans valeur, d'envoyer des courriers d'accusation menaçant les utilisateurs de sanctions. En cas de récidive, leur déconnexion d'Internet est ordonnée sans possibilité de se reconnecter pour une durée allant jusque 12 mois. Il n'est possible de contester ces accusations qu'une fois la sanction prononcée.

HADOPI - Le Net en France : black-out
Ce dispositif pose de nombreuses questions d'ordre économique, technique et juridique, mais également des questions relatives au respect des droits et libertés fondamentales des citoyens.

La Quadrature du net propose une campagne de "black out" que nous vous invitons à relayer.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : COUPS DE GUEULE
 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés