COUPS DE GUEULE


Jeudi 23 juin 2011 4 23 /06 /Juin /2011 18:04

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Il y avait un théâtre à Toulouse, nommé "Théâtre de la Digue", lieu historique de la décentralisation théâtrale dans cette région, puis instrument de soutien à de très nombreuses compagnies et artistes. Il comportait une bibliothèque théâtrale de premier ordre, plus de 25000 titres. En 2004, il fut interdit de recevoir du public pour des raisons de sécurité. Un projet de rénovation avait été réalisé, presque mis en oeuvre, puis suspendu.Le ministère de la culture cessa de subventionner... puis la Région Midi-Pyrénées... aujourd'hui c'est la Ville qui jette l'éponge. La Digue saute ! Toujours triste de voir disparaître un tel lieu, à la fois symbolique et actuel. Nous avions participé à la réflexion sur son devenir à l'occasion d'une étude, suggérant d'en faire une "tête de réseau" régional, "Maison du théâtre" d'un style nouveau... Les temps sont à d'autres considérations. La Région annonce un autre projet régional. Le bâtiment appartient à Etat et serait mis en vente par les domaines. « Il ne sera pas livré à un promoteur et  sa vocation restera la même » affirme le directeur régional des affaires culturelles. Bizarre, bizarre !

Lire la lettre du directeur : "Requiem pour la Digue"

 

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Lundi 6 juin 2011 1 06 /06 /Juin /2011 23:18

Vient de me parvenir cette information concernant un procès d'un autre âge, fait notamment à mon ami Carlos Fragateiro, militant du théâtre et de l'éducation, ex directeur du Théâtre national Dona Maria II de Lisbonne. Information confirmée de vive voix, à faire connaître...Image-5.jpg

 

L’auteur Margarida Santos Fonseca, l’homme de théâtre Carlos Fragateiro et le scénographe José Manuel Castanheira (tous deux anciens directeurs du Théâtre National Dona Maria II à Lisbonne au Portugal)  sont accusés par les neveux de Fernando Silva Pais (1905-1981) de diffamation et d'insulte à la mémoire du défunt. La plainte a été déposée en 2008 par Carlos Alberto Silva qui demeure à Zurich, et Berta Maria Pais Ribeiro da Silva Mano qui vit au Portugal, suite à un spectacle créé au Théâtre National Dona Maria II en 2007, A Filha Rebelde (Une Fille rebelle). Le ministère public ne soutient pas l’accusation. Le procès a débuté le 3 mai 2011 à Lisbonne dans l’indifférence générale. Il a repris le 7 juin.
 
Fernando Silva Pais a été le dernier directeur de la PIDE (Polícia Internacional e de Defesa do Estado) devenue en 1969 avec Marcelo Caetano la DGS (Direcção Geral de Segurança). La PIDE était sous Salazar (1889-1970) puis sous Caetano la police politique qui a persécuté, torturé et tué de nombreux opposants au régime. Lors de la Révolution des Oeillets en 1974, le quartier général de la PIDE-DGS fut l’un des derniers points de résistance de l’ancien régime. Fernando Silva Pais est mort en 1981, 6 mois avant l’achèvement d’un procès devant le Tribunal militaire de Lisbonne, où il a été accusé d’être notamment coresponsable sur le plan moral de l’assassinat prémédité dans un piège monté par la PIDE en Espagne en 1965 du général Humberto Delgado, opposant de Salazar.


José Pedro Castanheira et Valdemar Cruz, journalistes à Expresso, ont écrit en 2002 un ouvrage d’investigation consacré à la fille unique de Fernando Silva Pais, A Filha Rebelde (Une Fille rebelle). Rebelle à l’idéologie de son père, Annie Silva Pais a quitté en 1965 son mari (qui était l’ambassadeur suisse à la Havane), sa famille et ses amis pour devenir un protagoniste de la révolution cubaine dirigée par Fidel Castro et Ernesto Che Guevara. Notamment l’histoire dit qu’Annie Silva Pais a fait connaissance avec Che Guevara dans un bal, où ils ont dansé ensemble, scène qui a inspiré l’atmosphère générale du spectacle...
C’est l’écrivain Margarida Santos Fonseca (née en 1960) qui a écrit une adaptation de cet ouvrage d’investigation pour le Théâtre national. Le spectacle A Filha Rebelde a été mis en scène en 2007 par la metteuse en scène espagnole Helena Pimenta, avec l'actrice Ana Brandao, dans le rôle d'Annie Silva Pais. Un court passage de ce spectacle évoque la responsabilité de Fernando Silva Pais dans  la mort de Delgado en 1965. C’est ce passage qui est incriminé par la famille qui fait valoir que Silva Pais n’a pas été condamné pour ce crime. La famille veut aussi obtenir une condamnation criminelle de plusieurs passages du texte, celui notamment où Annie en parlant avec ses amies à Cuba dit que son père est le chef d’une police terrible qui peut torturer et tuer les gens seulement en raison de ce qu’ils pensent...
 
Alors que l’ouvrage était sorti en 2002 sans qu’aucune plainte ne soit déposée, le spectacle en 2007 a entraîné la plainte de la famille. Le théâtre est donc visé.
 
Au-delà de l’atteinte à la création artistique et à la liberté d’expression, qui sont mis en cause de façon inacceptable, ce procès relève d'une tentative de blanchir l'image de celui qui fut le chef de la PIDE à une sinistre période de l’histoire portugaise.

 

Le théâtre assis au banc des accusés!
 
« Les yeux d’Helena Pimenta, aujourd'hui directrice de la Compañía Nacional de Teatro Clásico (CNTC) en Espagne, brillaient d'excitation quand, à Madrid, je lui ai demandé de mettre en scène La Fille Rebelle. Je me souviens de son enthousiasme à l’idée de pouvoir parler des atmosphères de Cuba, du Portugal de Salazar et de la Révolution du 25 avril, pacifique et tolérante.
Nous avons rapidement trouvé ensemble la métaphore d'une ancienne salle de bal, lieu dans lequel Annie Silva Pais a rencontré Che Guevara.
Les 33 scènes qui composent le spectacle ont été faites et scandées dans une chorégraphie permanente accompagnée par un orchestre cubain avec  des acteurs tels que Vitor Norte interprétant le rôle de Silva Pais, Lidia Franco pour celui d’Armanda Silva Pais, Ana Brandão pour celui Annie Silva Pais ou Rui Quintas dans le rôle de Che Guevara, qui ont dansé tous ensemble.
Je croyais à un délire quand m’est parvenue l’annonce d'une procédure criminelle. J'ai appelé le journaliste José Pedro Castanheira qui m’a confirmé cette information. Ainsi depuis le 3 mai 2011 nous nous sommes trouvés  là devant la cour de justice. Le théâtre assis au banc des accusés!
La plainte est fondée sur certains mots et expressions du texte à propos de Ferdinando Silva Pais (directeur de la PIDE), passages qui auraient dû être censurés selon la volonté des plaignants.
Je n’ai pas encore réalisé ce qui doit être jugé, si c’est le texte, le spectacle ou l'histoire.
Ce matin-là du 3 mai 2011, j’avais rêvé qui je trouverai à la porte du tribunal une grand agitation et une grande indignation. Mais non. Seuls certains collègues et amis sont venus. Deux journalistes. Une journée normale, banale! Et l'interrogatoire s’est poursuivi pendant six heures. Le procès a continué le 12 et le 27 mai,  et va se poursuivre le 1er et le 7 Juin. Comme si de rien n’était…
La censure et la peur sont quelques-unes des racines de la longue dictature au Portugal. Tant d'années. Et ce fut ainsi, comme un virus infectant les générations successives, dont on peut toujours sentir la présence.
Mais, comme ce procès, rien de tout cela ne semble susciter un quelconque intérêt. Presque tout le monde est occupé ou diverti par la télévision, les élections, le FMI ...Toutes choses importantes ... cela semble clair.
Et la liberté d'expression?! Qui s'en soucie? »
José-Manuel Castanheira
 
Prière de relayer cette information de manifester votre soutien aux accusés.

 
Pour protester contre ce procès et soutenir Margarida Santos Fonseca, Carlos Fragateiro et José Manuel Castanheira, écrire aux destinataires suivants :
 
1.
Ministra da Cultura de Portugal
Dra Gabriela Canavilhas
Ministério da Cultura
Palácio Nacional da Ajuda
1349-021 Lisboa (Portugal)
Tel.: 213 614 500          
Fax: 213 649 872
gmc@mc.gov.pt
 
2.
Presidente da Repúblia Portuguesa
Dr Anibal Cavaco Silva
Palácio de Belém
Calçada da Ajuda, nº 11
1349-022  Lisboa (Portugal)
mail no site http://www.presidencia.pt/?action=3
 
3.
Presidente da Assembleia da República
Dr Jaime Gama
Palácio de S. Bento
1249-068  LISBOA
 
Telefones : 213919267/8/9
Fax : 213917434/26
Mail no site http://www.parlamento.pt/sites/PAR/PARXLEGA/Contacto/Paginas/default.aspx
 
4.
Bastonario da Ordem dos Advogados
Dr Antonio Marinho e Pinto
Largo de São Domingos, 14 - 1º
1169-60              LISBOA
1169-61             
Telefone:  218823550            
Fax:  218862403
cons.geral@cg.oa.pt
              
5.
Presidente da Sociedade Portuguesa de Autores
Dr Jose Jorge Letria
Avenida Duque de Loulé, 31
1069 - 153  Lisboa
geral@spautores.pt

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Samedi 16 avril 2011 6 16 /04 /Avr /2011 19:24

Lettre ouverte au (toujours) directeur du Théâtre de l’Odéon

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Cher Olivier Py,

nous n’avons pas le plaisir de nous connaître. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Nous n’avons échangé aucune conversation. Je ne vous ai jamais écrit. Si je souhaite aujourd’hui vous adresser ces quelques mots publiquement, c’est pour prendre ma part au débat qui s’est engagé autour de votre éviction brutale du Théâtre de l’Odéon et l’annonce de votre nomination à la direction du Festival d’Avignon. Comme beaucoup, j’ai été choqué par la manière agressive et brutale utilisée par le ministre de la culture pour vous annoncer votre éviction de l’Odéon, manière profondément méprisante pour vous mais surtout pour le public, pour l’histoire même du théâtre de l’Odéon et pour l’ensemble de ceux qui se sont battus (et se battent encore) pour une certaine éthique du théâtre public dans notre pays. J’avais donc rédigé un premier texte sur ce modeste blog… Quand j’apprends que le même ministre, constatant le grabuge déclenché dans « la profession » et au-delà, vous propose aussitôt la direction du Festival d’Avignon dès… 2014 ! Entre le rire et l’écoeurement, mon cœur balance ! Non que vous soyez indigne de prendre la direction de ce Festival, en vérité je ne veux avoir aucun avis sur cette question, mais encore une fois pour le mépris démontré par le ministre, cette fois pour le festival lui-même, (pour lequel j’ai le plus grand attachement, pour ce qu’il est et ce qu’il représente) et aussi pour l’équipe qui en assure actuellement la direction. Une évaluation ? Une réflexion ? Un débat ? Des projets ? Des propositions ? Des alternatives ? Une rupture ? Une continuité ? Que faut-il faire d’Avignon dans la décennie qui s’annonce ? De toute cela il ne sera donc jamais question : trois ans avant l’échéance, comme on offre un sucre d’orge à un enfant pour qu’il se calme, voilà que l’on vous propose la direction d’un beau jouet. Mais le pire, c’est la suite : vous acceptez !

J’avoue que les bras m’en sont tombés ! J’imagine les discussions nocturnes, les messages, les textos échangés : « vas y ! » « l’occasion ne se représentera pas » et autres suggestions de même nature. Mais enfin ! Si, comme je le pense, l’éthique du théâtre public et son devenir vous importent, alors la réponse est simple : il faut refuser d’être ainsi désigné à la direction d’Avignon ! Non pour s’opposer de manière suicidaire à un ministre et un pouvoir auxquels il ne reste que quelques coups de communication pour faire croire qu’ils réfléchissent, mais pour l’honneur du théâtre public que nous défendons ensemble. Refusez cette manière de faire, proposez un véritable appel à projet (dont le vôtre, bien entendu), rendez public vos propositions, incitez au débat et à la réflexion… Vous y gagnerez en crédibilité, et surtout en honneur. Et je pense même qu’au terme de cette attitude, vous serez désigné à Avignon, largement soutenu par ceux-là même qui se sont indignés de votre éviction de l’Odéon.

Je suis, bien entendu, à votre disposition pour tenir un débat public sur cette proposition. Peut-être même en Avignon, dès l’été prochain…

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Samedi 9 avril 2011 6 09 /04 /Avr /2011 21:13

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Voilà, c’est fait, il est viré ! Circulez, il n’y a rien d’autre à voir !

Voici bien longtemps que la logique, la rigueur et la transparence ne font plus partie des éléments de réflexion qui amènent l’Etat à nommer, ici ou là, tel artiste à la tête d’un établissement national. Dernier exemple donc, Olivier Py vient d’apprendre de la bouche même du ministre de la culture qu’il ne serait pas reconduit l’an prochain à la direction du Théâtre de l’Odéon. Il sera remplacé par Luc Bondy.

La question n’est évidemment pas de savoir si son bilan est positif ou pas, s’il méritait de poursuivre, quelques temps encore, la mission qui lui avait été confiée, si le Conseil d’administration avait quelques griefs à lui opposer (il semble qu’un large accord ait été exprimé il y a peu par celui-ci)… Il n’y a bien entendu aucune raison objective à cette décision, si ce n’est le fait du Prince. Je veux, j’exécute, je nomme, je licencie…

Et le suivant, sans état d’âme sans doute, heureux de cette promotion, prend évidemment le risque de se trouver remercié à son tour sans préavis et sans raison dans quelque temps. D’autant que la limite d’âge pour la direction d’un théâtre national est de 65 ans, il ne devrait donc tenir qu’un ou deux ans… A moins que la loi elle-même ne soit adaptée… Qui sait !

Disons simplement que cette manière de faire est plus que détestable, insupportable aujourd’hui. Combien de colloques et séminaires sont organisés chaque année sur le thème de « l’évaluation » des politiques culturelles, rappelant à longueur d’année que les critères de jugement, de nomination, sont parties intégrantes de la dimension démocratique d’un projet culturel et de la légitimité même de ceux qui en ont la charge. Bavardages ! Que signifie donc ce terme barbare de « démocratie » ? La culture, pour eux, c’est comme la préfectorale ! Le Pouvoir décide. Basta ! Ce n'est pas vraiment nouveau. C'est toujours aussi triste !

 

En savoir plus sur Rue 89

 

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Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 12:04

Reçu aujourd'hui ce témoignage d'une passagère en route vers Bamako. Que ferions-nous dans cette situation ?

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"Voilà l'expérience que je viens de vivre.
Le 20 janvier, je prenais l'avion à Roissy pour rentrer à Bamako, au Mali où je vis actuellement. L'avion était prévu à 16 h 05, ... il est parti à 20 h 45. Que s'est-il passé pendant ce temps ?
D'abord nous n'avons pu embarquer qu'après une attente de ¾ d'heure... c'est tellement habituel qu'on n'y a même pas prêté attention. On s'installe dans l'avion normalement (250 passagers) et tout à coup un homme avec un brassard de la police arrive et distribue à certains passagers un trac en leur demandant de le faire circuler aux autres. Imaginez l'interrogation des passagers non francophones. Voilà quelques passages du texte :
« Vous avez peut-être été sollicité... pour vous opposer à l'embarquement d'un personne expulsée de France... qui embarquera sur ce vol.... La décision de reconduite est un acte légitime de l'Etat Français... Le délit (empêcher l'expulsion) sera puni d'une peine de 5 ans d'emprisonnement et 18000 euros d'amende, etc. »
De plus, le policier nous a précisé que l'expulsé allait manifester son opposition en criant, en hurlant, en se débattant et de s'excuser pour le désagrément... que cela ne durerait que 5 minutes et qu'après le départ de l'avion tout serait terminé.
L'expulsé est arrivé, encadré par la police et a commencé a hurlé :
« Lâchez moi, je veux pas partir... »
Aussitôt, certains passagers se sont levés, indignés par la scène imposée. Le personnel d'Air France ainsi que les policiers présents leur ont intimé l'ordre de s'asseoir sans quoi l'avion ne partirait pas et que tous les passagers seraient débarqués. Il faut préciser que jamais on n'a su les raisons de son expulsion. Devant la détermination des passagers révoltés, le commandant de bord a pris la décision de reconduire l'avion au parking et appel a été fait à la police.
On a vu tout à coup surgir une vingtaine de CRS casqués, matraque et bouclier à la main défilant en file indienne dans les travées de l'avion et se tenant, chacun à l'épaule du précédent. Jusque là tout le monde avait été très digne, mais là le débarquement de la force publique dans l'étroit espace devenait des plus comiques et pourtant on avait pas envie de rire. Les passagers qui s'opposaient à l'embarquement de l'expulsé ont été évacués de l'avion. Précision importante : le premier policier qui est intervenu (en distribuant les tracts) photographiait tout le monde en interdisant à qui que ce soit de filmer ou photographier. Un passager a d'ailleurs été expulsé pour cette seule raison. Je n'ai pas pu photographier, mais rien ne m'interdit d'écrire.
J'ajoute qu'un CRS a filmé toute la scène d'expulsion des passagers.  Une famille de maliens, les parents et 3 très jeunes enfants, est descendue de l'avion pour avoir manifesté verbalement leur opposition. Les 3 bébés n'ont pas pu manger et dormir pendant toute la durée de l'intervention (environ 4 heures). Le père était choqué par le déploiement des forces militaires devant de si jeunes enfants. Sur ordre du premier policier, les CRS se sont saisi des passagers assis qui avaient simplement manifesté leur indignation verbalement. On nous a demandé qui avait encore quelque chose à dire :
« Si vous n'êtes pas d'accord, descendez ! »
Il faut bien avouer que devant une scène aussi immonde, devant un tel déploiement de la force on (je) manque terriblement de courage. On se dégonfle et on a honte. Et on se sent extraordinairement impuissant devant « le savoir faire français en matière de maintien de l'ordre ». J'ai pensé aux gens qui, pendant la dernière guerre, étaient témoins des actions de la police de Vichy. Que faire, que dire devant un fusil ou une matraque, ou les aboiements des policiers ?
Quoi qu'ait fait cet homme, on n'avait pas à prendre 250 passagers en otages, sans leur donner les raisons de cette décision. Pourquoi ne pas nous avoir averti avant l'embarquement ? Nous aurions pu prendre notre décision en toute liberté : on cautionne, on embarque ; on ne cautionne pas, on prend un autre avion.
Pendant ce temps, des familles, des amis... nous attendaient à Bamako. Heureusement le téléphone fonctionnait. Mais que disait Air France sur son site :
« En raison de problèmes techniques l'avion a dû faire demi-tour. » 
Devra-t-on déposer plainte contre Air France comme certains l'ont fait pour les actions de la SNCF ?
Les passagers contestataires débarqués, l'expulsé a continué à protester... puis finalement a été reconduit à terre. Mais les passagers contestataires ont refusé de donner leur identité ; donc on a dû faire l'inventaire de ceux qui restaient dans l'avion et ensuite décharger tous les bagages pour en extraire ceux des débarqués. Tout ça pour ça !
Combien a coûté cette scène immonde, en argent, en stress, en mobilisation policière inutile. Car ces gens qui ont été évacués de l'avion ne sont pas des bandits, ni des rebelles, encore moins des terroristes, mais simplement des gens qui se sont indignés... N'a-t-on plus le droit aujourd'hui de s'indigner en France ?
Inévitablement des slogans radicaux ont surgis : les blancs dans leurs pays, les noirs en Afrique... De tels évènements ne peuvent qu'exacerber les extrémismes. Alors ne nous étonnons pas des prises d'otages. À mépriser des peuples, à les humilier, on ne peut qu'obtenir des révoltes aveugles et incontrôlées.
Cet évènement auquel j'ai assisté ne m'inspire pour le moment qu'une seule réflexion :
« J'ai honte, et je suis en colère. »

 

En savoir plus et voir des images sur le site des Inrocks

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Jeudi 23 septembre 2010 4 23 /09 /Sep /2010 10:18

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"Lié aux récents événements concernant la présence dans notre pays d'européens - qui ont le culot d'être Roms et plutôt pauvres-, le cirque tzigane Romanès  se voit menacé car on refuse des permis de travail aux musiciens qui participent à ce spectacle. Un spectacle de cirque poétique, festif et chaleureux qui tourne dans toute l'Europe !
Je ne suis pas un inconditionnel des pétitions, mais il me semble qu'il faut réagir à cette situation pour faire en sorte que notre pays retrouve un peu de sa dignité !"

Je fais suivre avec conviction ce bref message de mon ami FD.

Le Cirque Romanes représentait... la France à l'expo universelle de Shanghaï !

A vos claviers !

Pour signer, c'est ici

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Lundi 29 mars 2010 1 29 /03 /Mars /2010 22:28
Comment faire pour protester ?
Ici une manif traditionnelle avec dépôt de motion auprès des pouvoirs publics.
C'était aujourd'hui pour la défense de la culture, de ses moyens, de ses emplois...
2 à 3 000 personnes qui poussent ensemble un cri.
La preuve :



Ailleurs, dans une petite école, un texte s'écrit qui circule sur le Net.
Un autre cri !
Le voici.
N'arrêtons pas de protester contre la destruction de nos valeurs et de de notre système d'éducation !
Diffusons ce texte !

 
Le Poème d'un prof des écoles à Sarkozy :
Monsieur Le Président,
 
Merci de lire ce message,
Un p'tit bonheur sur une page,
Une douceur... pour l'Education Nationale.
 
Je le confie à la toile,
La grande toile du progrès,
Afin qu'il tisse les voiles...
De la solidarité,
Et qu'il rayonne aux ondes...
De l'humanité.
 
Je suis Professeur des Écoles
Dans un petit village de l'Eure,
Trois cents âmes y demeurent,
Et vingt-six élèves à l'école..
Une classe, dite « unique »,
Mais cinq cours, dits multiples...
 
Dans cette école une chance,
Un p'tit morceau de bonheur,
Qui s'écrit avec ces trois lettres :
Employée de la Vie Scolaire...
 
Pour l'Education Nationale,
Un p'tit bonheur, c'est pas banal,
Un léger baume sur le cœur
De cette Grande Dame
Un peu... bancale !
 
Notre bonheur, c'est Géraldine,
En silence elle participe
A la guérison d'la Grande Dame...
Elle est... une Valeur Ajoutée
HUMAINE rentabilité,
Et c'est du bonheur... assuré !
 
Dès le matin, elle s'active,
C'est sur le net qu'elle s'incline
Les courriers, les notes de service,
Toutes les infos de l'inspectrice,
Et celles de l'Académie....
 
Mes mots notés au brouillon,
Les compte-rendus de réunion,
Tapés, imprimés, photocopiés,
Enveloppés, adressés, timbrés,
Prêts à être distribués...
 
Encadrés, les derniers dessins des CP,
Affichés, sinon... à quoi bon dessiner ?
Un CM vient montrer son texte sur le musée,
Elle l'aide à le recopier, à taper sur le clavier...
Afin de ne pas gêner, le travail commencé,
Un autre enfant vient finir avec elle l'exercice,
Elle explique et décortique, redonne de l'énergie...
 
Rangée la bibliothèque,
Notés les livres prêtés,
Elle prépare la maquette,
La une du journal scolaire...
 
Ah! Notre petit journal
"Magique », ils l'ont appelé
Quel travail de fourmi,
J'y passerai......des nuits ?
 
Sonne la récréation, une mi-temps pour souffler,
Elle me rejoint, souriante, à la main nos deux cafés,
Quelques chaudes gorgées, entre... deux conflits à régler,
Des solutions à trouver, des mots à reformuler,
Une écorchure à soigner, une blessure à consoler...
 
Et puis... c'est reparti !
Sur les chemins de la connaissance,
Vaincre ainsi sans cesse l'ignorance,
Avec labeur, effort, sérieux,
S'ouvrir l'esprit, être curieux.
 
Ne pas oublier l'insouciance,
De tous ces êtres en enfance,
La bonne blague !... On la mettra dans le journal,
Les bons gags, et les rires, c'est vital !
 
Dans les pots
Les peintures sont bien préparées,
Quatre enfants sur un chevalet,
Deux à l'ordi pour recopier,
Les autres en dessin sur papier,
 
...Sans elle, jamais...
Ce ne serait si bien géré.
 
Le soir, coup de fil...
C'est Géraldine,
A sa voix, je perçois,
Une blessure qui abîme...
Ecoute, me dit-elle... c'est à pleurer !
Du « Pôle Emploi » j'ai reçu... un imprimé,
Dans quelques semaines, c'est marqué,
Votre contrat est terminé...
Ils me demandent ce que j'ai fait,
Pour trouver un futur emploi..
 
Sa voix se fêle... "J'ai un emploi! »
Ils me demandent ce que j'ai fait,
pour me former, pour m'insérer,
Sa voix se gèle... puis accélère: « Je... suis formée,
depuis trois ans, j'me sens utile, insérée et c'est varié,
pas bien payé, mais... j'veux rester ! »
Sa voix s'étrangle... c'est à pleurer...
 
Ils me demandent mes compétences
C'que j'ai acquis, que vais-je répondre ?
Il y a l'espace... d'UNE LIGNE
UNE LIGNE.... mais tu te rends compte !
 
J'ai honte, honte... il aurait fallu UNE PAGE
Au moins UNE PAGE pour répondre,
J'ai honte, honte... pour notre Grande Dame
 Pour ceux qui l'ont créée, l'ont fait évoluer,
Qui a tant appris aux enfants,
Qui a tant encore à leur apprendre..
 
Et Géraldine ???
On n' lui dira même pas MERCI
Bien sûr, pas de parachute doré,
Et même pas d'indemnité
Ils lui précisent... Oh!..comme ils disent
D'étudier ses droits... pour... le R.M.I.
Elle a raison... c'est à pleurer...
 
Alors qu'on demande chaque jour,
A nos élèves de dire " Bonjour »
De dire « Au revoir » et.... « Merci »
De s' respecter, d'être poli
Comme vous dites, Monsieur Sarkozy...
Que vais-je dire, à la p'tite fille,
Qui l'aut're jour, près de moi, s'est assise,
Et, tout fièrement, m'a dit :
« Tu sais, Maîtresse, moi, quand j'serai grande,
J'irai au collège, comme mon grand frère,
J'irai au lycée, j'passerai mon bac,
Et je ferai... comme Géraldine! »
 
Je sursaute... Mon coeur se serre...C'est à pleurer.
 
C.Picavet
Professeur des écoles à l'école des Livres Magiques
Saint-Grégoire du Vièvre (Eure)
 
En hommage à toutes les Géraldine, Florence, Sabrina, Laurence,Elodie,
à tous les Philippe, Sébastien, et bien d'autres qui ont valorisé
mon travail, et participé à la guérison d'la Grande Dame...
qui est encore bien malade...
 
Je ne crois pas à la peur, je crois à la force et à la magie des mots,
Et pour garder notre bonheur, il suffirait de quelque Euros...
Quel patron, quelle entreprise, après trois ans de formation,
Jetterait son salarié, pour prendre un autre, recommencer ?
Quel jardinier, quel paysan, brûlerait sa récolte mûre, après
avoir semé, soigné ?
 
Je n'ai pas fumé la moquette
Je veux seulement que l'on arrête,
De prendre les gens pour des pions,
Qu'on arrête de tourner en rond !
Torpillé le « Chagrin d'école »
En mille miettes de BONHEUR !
 
En l'honneur de tous ces p'tits bonheurs..
INONDONS LE NET
les amis, les décideurs,
les chômeurs, les travailleurs,
les directeurs, les inspecteurs,
employés et professeurs,
députés, ministres,
r'm'istes ou artistes,
chanteurs, compositeurs, rapeurs, slameurs,
radios, journaux, télés,
 
et à tous ceux qui sont... parents... d'un enfant...
enfin à chaque être humain de ce pays
qui j'espère un jour dans sa vie,
a bénéficié d'un peu de bonheur,
de cette Valeur Ajoutée
HUMAINE rentabilité,
dans le giron de la Grande Dame.
 
P.S : Ironie..... A la rentrée, c'est presque sûr
Notre petite école rurale
Sera dotée d'une Valeur Matérielle Ajoutée,
Des fonds ont été débloqués,
Huit ordinateurs et un tableau interactif
 Une « classe numérique »
Nous serons à la pointe du progrès ! Et pour cela, je serai
formée !
Mais, qui m'aidera à installer, et à gérer, sans Valeur
Humaine Ajoutée ?
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Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /Mars /2010 21:48
Information reçue aujourd'hui et qui mérite attention, en plein Salon du LIvre
  livres.jpg
Le Conseil général de Seine-Saint-Denis a informé brutalement le 10 mars dernier qu’il a décidé de ne pas inscrire la subvention annuelle de Livres au trésor au budget départemental voté le 8 avril prochain. Privée de cette subvention qui représente 70 % du budget de fonctionnement (personnel compris), la ville de Bobigny ne pourra plus faire fonctionner cette structure à vocation départementale.
Cette décision vient s’ajouter à celle déjà annoncée de réduire la subvention de fonctionnement du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis.
Une lettre ouverte, 93 personnalités du monde de l’enfance, du livre ou de l’éducation, rejoints par de nombreux autres signataires, a été adressée lundi 22 mars au Président du Conseil général, M. Bartolone, au vice-président chargé de la culture, M. Constant et au Directeur de la Culture, M. Moisselin.
 
Vous pouvez la lire sur le Blog de soutien à Livres au trésor  :
 http://soutienlivresautresor.over-blog.com
 
Manifestez votre soutien de plusieurs manières :
 
1 - Confirmez, par mel, votre souhait d’ajouter votre nom à la liste des signataires de cette lettre.
 2- ou signez la lettre et témoignez votre soutien sur le blog
 3 - Envoyez un courrier (ou copie de la lettre ouverte) directement à
Emmanuel Constant, élu chargé de la culture : econstant@cg93.fr
Vincent Moisselin, directeur de la Culture : vmoisselin@cg93.fr
Catherine Pollet, chef du Bureau du livre : capollet@cg93.fr
 
Sans oublier d’envoyer également une copie à : collectiflivresautresor@gmail.com
 
Merci pour votre soutien
Collectif Livres au trésor
Ce collectif rassemble bibliothécaire, enseignants et documentalistes de Seine-Saint-Denis
http://soutienlivresautresor.over-blog.com
 
Depuis 20 ans Livres au trésor c’est :
Un centre de ressources sur le livre et la littérature pour enfants à vocation départementale , créé en 1987 par le Conseil général de Seine-Saint-Denis en convention avec la Ville de Bobigny qui l’héberge dans sa bibliothèque et en assure le fonctionnement administratif (personnel compris)
Un rayonnement départemental, national et international via des publications de référence diffusées largement, des partenariats et une reconnaissance par les professionnels du livre : éditeurs, auteurs, illustrateurs, libraires, etc.
 
Depuis 20 ans Livres au trésor c’est, en actes :
Un lieu d’information, de formation, de conseils, d’échanges et de réflexion sur le livre et la littérature de jeunesse, les pratiques de lecture des enfants, les enjeux de la lecture publique ;
Un site Internet mis à jour quotidiennement diffusant des informations sur l’actualité du livre jeunesse et des bibliothèques du département : critiques de livres, biographies d’auteurs, bibliographies thématiques, articles de réflexion… donnant à voir ce qu’il y a de plus intéressant dans une production exponentielle
Une mission assumée de transversalité, de mutualisation des savoirs et savoir-faire des différentes professions ayant pour point de rencontre la littérature de jeunesse : bibliothécaires, enseignants, libraires, animateurs, étudiants, documentalistes, conteurs, auteurs, etc.
Un renouvellement permanent des actions pour répondre au besoins des professionnels, s’adapter à l’actualité de la littérature de jeunesse et prendre en compte l’évolution des pratiques culturelles notamment l’essor du multimédia
Un réseau qui œuvre pour le maillage du territoire départemental sur la question de la littérature de jeunesse et pour un plan de conservation partagée des livres pour enfants au niveau régional
Des partenariats avec l’Inspection académique de Seine-Saint-Denis, l’IUFM, le CRDP, le Rectorat, la Bibliothèque nationale de France-Centre national du livre pour enfants, le Bureau du livre et le Bureau du spectacle vivant du 93, le MOTIF, les instituts culturels en France, les services culturels municipaux, les théâtres jeune public…
 
Depuis 20 ans, Livres au trésor c’est, en chiffres :
40 000 livres pour enfants et ouvrages professionnels mis à la disposition du public 20 heures par semaine
10 000 visiteurs mensuels uniques sur le site Internet
7 000 exemplaires de la sélection annuelle distribuées auprès de 900 lieux d’accueil de la petite enfance, 800 groupes scolaires, 200 CDI de collèges et lycées, les bibliothèques municipales de 39 villes en Seine-Saint-Denis
5 000 professionnels abonnés à la lettre d’information
1 000 usagers accueillis chaque année pour consulter les documents sur place
400 bibliothécaires du département concernés par 4 groupes de travail soit 100 séances chaque année et plusieurs journées d’étude
20 sessions de formation sur la littérature de jeunesse auprès des enseignants, formateurs, professionnels de l’enfance chaque année
4 emplois permanents.
 
Livres au trésor, centre de ressources en Seine-Saint-Denis sur le livre de jeunesse
Une initiative du Conseil général et de la Ville de Bobigny
Bibliothèque municipale- 4 rue de l’Union 93000 Bobigny
www.livresautresor.net
 

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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 20:32
La revue Cassandre Hors Champ lance un appel pour un débat public sur la cutlure.
On signe !

Cassandre.jpg
Impossible absence


L’absence actuelle de vrai débat public sur la place de l’art et de la culture dans notre société est un symptôme historique extrêmement inquiétant.
Elle annonce, pour la première fois depuis la Libération, le risque d’abandon d’une part fondamentale de l’histoire de notre pays.
Une part de notre histoire dont est issue la valeur accordée aux choses de l’esprit, à travers notre littérature, notre théâtre, les arts et leur circulation, dans la vision du monde que nous partageons et la place que nous avons su leur donner dans notre vie réelle. Cette absence fait planer la menace d’une défaite devant l’invasion délétère de l’esprit marchand imposée par ce que l’on nomme « globalisation ».
Les politiques qui refusent l’ordre néolibéral doivent le comprendre : non seulement la culture - au sens le plus large du mot -, est un enjeu fondamental de civilisation, mais c’est aussi pour eux un atout politique majeur.
Comme le dit le grand dramaturge Edward Bond, « que nous resterait-il aujourd’hui des Grecs s’ils ne nous avaient laissé une philosophie, un théâtre, une mythologie, des temples, des statues ? » Autrement dit un immense arrière-plan artistique et culturel créé à partir d’outils symboliques : une langue, des codes, des signes qui nous relient à une mémoire commune, à une volonté d’être ensemble et de rencontrer l’autre, de se frotter à l’inconnu, qui nous constituent en tant qu’êtres pensant, rêvant, imaginant, désirant, créant, construisant l’improbable avenir.
Ce sont ces outils qui nous permettent de nous penser, de nous ressentir, autrement qu’en tant que consommateurs ou marchands…
Notre histoire récente fut traversée de soubresauts où cette aspiration - ce désir collectif, parfois confus, souvent éclatant et vibrant - s’est manifestée. Des outils ont été construits avec le Conseil National de la Résistance. C’est ce que l’on appelle «le service public de la culture ». Il ne s’agit, en réalité, de rien d’autre que la manifestation concrète, politique, d’une volonté de donner à l’esprit sa vraie valeur dans la collectivité.
Ce service public, qui en France fut incarné par un ministère de la Culture, est en passe d’être démantelé.
Deux événements peu commentés, font figure de symptôme.
Au moment précis où plusieurs études alertent sur la désaffection de la lecture parmi les jeunes Français, la direction du Livre du Ministère a été supprimée l’automne dernier ; celles du théâtre, de la musique, de la danse et des arts plastiques ont depuis subi le même sort.
Dans le cadre d’une révision générale des politiques publiques qui veut tout soumettre, y compris l’inquantifiable, à la «rationalité économique », l’ensemble des directions artistiques sont réduites à une Direction générale de la création artistique, coincée entre une Direction des patrimoines et celle des médias et des industries culturelles.
On peut craindre que l’art ne soit plus la priorité de ce ministère...
La même rationalité économique a présidé aux débats du Forum d’Avignon : « économie et culture », présenté comme un «Davos de la culture ». Le symbole est fort. Au moment où la « crise » prouve l’inanité des dogmes néolibéraux qui dominent l’Europe, la culture devient l’ultime nappe phréatique où puiser, au service d’intérêts qui lui sont totalement étrangers.
Quel crédit porter à une « économie créative » initiée par des dirigeants d’entreprises comme Nicolas Seydoux, Didier Lombard et Axel Ganz ? Que peut véhiculer une telle « culture », réduite et instrumentalisée par les impératifs d’une «économie de la connaissance ? »
Dans l’Europe néolibérale, un faisceau de signes innombrables converge vers la destruction de ce que nous appelons l’humain. Brutalité d’une main, propagande de l’autre, encouragement général à cesser de penser et échanger. Cet encerclement qui concerne tous les aspects de nos vies tend à faire de chacun un individu dénué de sens collectif. On peut s’inquiéter de ce qu’il adviendrait d’une civilisation déjà très altérée par un individualisme stérile, une fois amputée ce qu’il lui reste de capacité à utiliser le symbole comme moyen d’échange et de construction d’une richesse culturelle commune.
À leur échelle, de nombreuses collectivités territoriales, avec des politiques qui prennent en compte différents niveaux de l’action artistique et culturelle et pallient les désengagements de l’État, tentent de résister à ce rouleau-compresseur. Comment pourront-elles agir demain, face à un gouvernement qui risque de les priver de toute marge de manœuvre en leur déniant la compétence culturelle ?
Il est temps de l’affirmer : nous avons ici des valeurs essentielles à défendre et à promouvoir.
Ces valeurs, ne doivent pas, sous peine d’effacement, se soumettre à la tyrannie du chiffre. Voici un débat public qui mérite vraiment d’être ouvert !

Pour signer cet appel, c'est ici

Les premiers signataires :

Danielle Mitterrand (Présidente de la fondation France-Libertés)
Stéphane Hessel (diplomate, ancien déporté et grand résistant ayant contribué à la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme)
Roland Gori (psychanalyste, professeur des universités, initiateur de l’Appel des Appels)
Bernard Lubat (musicien multi-instrumentiste, chanteur, fondateur du festival d’Uzeste et de la Cie Lubat)
Marcel Gauchet (historien, philosophe, directeur d’études à l’EHESS, rédacteur en chef de la revue Débat)
Nicolas Frize (compositeur, membre de la LDH)
Bernard Stiegler (philosophe, directeur de l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou)
Valérie de Saint-Do (co-directrice de Cassandre/Horschamp)
Nicolas Roméas (directeur et fondateur de Cassandre/Horschamp)
Barbara Cassin (philosophe, philologue, directrice de recherche au CNRS)
Philippe Meirieu (professeur en sciences de l’éducation, responsable pédagogique de la chaîne Cap TV, directeur de collection chez ESF Editeurs)
Bernard Bloch (metteur en scène, comédien, directeur artistique du Réseau (théâtre), membre fondateur de la coopérative artistique de production CAP Etoile)
Robin Renucci (comédien, réalisateur, fondateur de L’ARIA Association des Rencontres Internationales Artistiques)
Julien Blaine (poète et performeur, fondateur de la revue Doc(k)s, des Rencontres internationales de poésie de Tarascon et du Centre international de poésie de Marseille)
Jean-Gabriel Carasso (auteur, réalisateur, responsable de l’Oizeau rare, association de recherches culturelles)
Philippe Avron (auteur interprète)
Robert Abirached (écrivain, historien, critique théâtral, ancien directeur du théâtre et des spectacles au ministère de la culture)
Françoise Fanfelle (Moissac - Infirmière retraitée)
Samuel Wahl (journaliste)
Pépito Mateo (conteur, acteur et écrivain)
Olivier Perrot (Plasticien photographe - Vitry sur Seine)
Édith Rappoport (ancienne conseillère à la DRAC Île-de-France)
Bruno Boussagol (Metteur en scène)
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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 13:54

Hier 9 décembre, journée nationale de la laïcité, débat public à la Mairie du XXè arrondissement à Paris. 150 à 200 personnes venues entendre divers orateurs sur le thème de la laïcité, fondement de la République. Interventions de bonne tenue et puis débat avec la salle… Et là, ça se gâte ! Tout arrive : les mosquées qui débordent de fidèles dans les rues, les mères musulmanes qui accompagnent les sorties scolaires avec un voile sur la tête, la demande faite aux enseignants de ne pas faire de contrôles les jours de fêtes religieuses… Les uns réclament une laïcité quasi intégriste : hors de toute préoccupation religieuse, quelle qu’elle soit. Les autres en appellent à tenir compte de la réalité des religions : après tout, les vacances scolaires sont bien organisées autour des fêtes religieuses catholiques…

Le débat devient totalement affectif, émotif, agressif, baignant dans l’atmosphère délétère de confusion provoquée par les discours du Président de la République sur l’importance du fait religieux, par le vote suisse sur les minarets, par le débat lancé sur l’identité nationale…

J’avoue n’avoir jamais connu une telle atmosphère de sous-entendus haineux, de rejet de l’autre, de confusion et d’exclusion. Gare !

Les idées nauséabondes que l’extrême droite a développées depuis plusieurs décennies sont en train de devenir sinon majoritaires du moins totalement « décomplexées ». Les responsables politiques qui attisent ce débat de manière incontrôlée, irresponsable et manipulatrice, jouent avec le feu. Il se peut qu’un jour ils s’y brûlent eux-mêmes !

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