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Jeudi 1 février 2007 4 01 /02 /Fév /2007 22:14
Qui a dit ?

"Dans les semaines qui viennent, à l'approche d'échéances décisives pour notre pays, on va beaucoup parler de la France. Dans ce débat qui s'ouvre, il faut parler beaucoup de la culture.

Car la France ne serait sans aucun doute pas la France sans une grande ambition culturelle. Notre pays est riche d'un patrimoine exceptionnel, de grandes institutions artistiques, reconnues partout à l'étranger. Dans tous les domaines, il demeure un foyer vivant de création. Ce sont des atouts de premier ordre dans le monde d'aujourd'hui.

Un monde instable, complexe, où les destins des peuples se mêlent comme jamais. Un monde où le dialogue des cultures est une nécessité vitale, pour que les différences soient un facteur d'enrichissement et de progrès et non d'incompréhension et de conflit. Un dialogue renouvelé qui est indissociable de l'affirmation forte de nos valeurs et de notre culture.

Sachons donc les défendre. Soyons fiers de notre modèle, qui fait de la culture un grand enjeu politique, au sens le plus noble du terme. Sachons le faire vivre. C'est pour cela que la France a fait reconnaître dans l'enceinte de l'UNESCO le droit de chaque Nation à définir ses propres politiques culturelles. Un droit qu'il faut maintenant conforter, consolider, notamment en relevant tous les défis du numérique. Les enjeux sont immenses, et le combat toujours à livrer, pour que la culture ne soit pas abandonnée sans frein aux forces du marché..."

La réponse et la suite ici
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Jeudi 1 février 2007 4 01 /02 /Fév /2007 11:05







Sur la question culturelle, Ségolène Royal
est la candidate à laquelle les Français font le plus confiance .
Ils sont 30% à lui faire confiance, bien plus que pour Nicolas Sarkozy (16%) et François Bayrou (15%). Les autres candidats recueillent 2 ou 3 % de citations chacun. Le score de Nicolas Sarkozy sur cette question révèle un hiatus entre sa popularité politique et sa crédibilité en matière de politique culturelle, bien moindre.
La gauche bénéficie d'un avantage relatif par rapport à la droite sur la politique culturelle .
Cette confiance accordée à la candidate socialiste ne tient pas seulement à son appartenance politique puisque 57% des Français estiment que si la gauche était au pouvoir elle mènerait une politique culturelle ni meilleure ni moins bonne que celle de la droite, tout particulièrement les ouvriers (63%) et les plus jeunes (61% des 18-24 ans). Ils sont 29% à penser que la gauche ferait mieux que la droite (dont près d4un sympathisant socialiste sur deux, 47%) et 10% à juger qu'à l?inverse elle mènerait une politique culturelle moins bonne que celle de la droite.
Une majorité des Français (56%) estiment qu'à l'avenir le financement des activités culturelles et artistiques devrait êtrre développé sur fonds publics .
Plus précisément, ils sont 31% à souhaiter le développement du financement public par les collectivités locales et 25% du financement public par l'Etat. Le financement par le privé de l'art et de la culture n'est pas très populaire. Cependant cette opinion est très clivée politiquement. Si les Français dans leur ensemble sont 18% à estimer que c'est le moyen de financement à développer en priorité, les sympathisants de droite sont 25% de cet avis, plaçant ainsi les mécènes comme premier mode de financement à développer à l'avenir, devant les financements publics par l?Etat (23%) et par les collectivités locales (22%). L'autofinancement est quant à lui considéré comme le mode de financement d?avenir de la
culture pour 16% des Français.

Ce sont les premières conclusions du sondage BVA/Orange qui vient d'être publié sur la culture et les présidentielles.

Télécharger le sondage ici.

Enfin une base scientifique pour savoir de quoi nous parlons ! Prudence cependant : je pense souvent à ce statisticien qui, dit-on, s'est noyé dans une rivière qui faisait en moyenne... 10 cm de profondeur !

Pour ceux qui veulent en savoir plus : on annonce une rencontre parisienne sur le sujet avec Jean-Marie Cavada (écurie Bayrou), une autre avec la Ségolène... On se tient au courant !





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Mercredi 31 janvier 2007 3 31 /01 /Jan /2007 19:36
Dans un précédent article, j'évoquais la question du débat sur le non-débat concernant la place de la culture dans la campagne présidentielle. Depuis, le sujet fait l'objet de nombreuses tentatives pour ouvrir queques brèches et imposer cette thématique dans le débat public.
Notre ami EP2C suit l'affaire avec vigilance.
Il nous signale le site de "Culture critique 2007"qui traite de ce même sujet.











Aujourd'hui, nouvelle piste : le site proposé par la SACD "2007. Culture.org qui s'ouvre sur un entretien avec Jean-Claude Carrière et se propose de rassembler les propos et propositions des candidats sur le thème de la culture. Certains fiches demeurent désespérément vides...
"Qu'est-ce que la culture ? « L'ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, le jugement » dit le petit Robert. Ce site permet de confronter les idées des différents candidats, de débattre du programme culturel, de s'exprimer sur ce sujet essentiel.  Il n'y a pas de démocratie sans culture. Il n'y a pas de culture démocratique sans une véritable volonté politique au plus haut niveau." (Sophie Deschamps - Présidente de la SACD)







L'image qui me vient est celle des dauphins qui suivent parfois les gros bateaux en sautant alentours, question de se signaler à l'équipage pour espérer quelques miettes du festin...
Nous sommes des dauphins !
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Mardi 30 janvier 2007 2 30 /01 /Jan /2007 21:55
Les 22 et 23 janvier s'est tenu à Paris un "séminaire de mobilisation des cadres" concernés par l'éducation artistique et culturelle dans notre pays. "Grande messe" comme savent si bien les organiser nos administrations : défilé de discours, tables rondes, ateliers... Je m'y étais glissé le premier jour, peu enthousiaste à l'idée d'en faire un compte-rendu. François Deschamps s'y est collé avec précision sur le site
 territorial.fr
Cela me libère de l'information pour laisser place aux états d'âme et aux commentaires...
Cette manifestation laisse un goût étrange.
D'un côté, on pourrait se féliciter de voir le ministère de l'éducation nationale s'engager de la sorte sur un sujet qui nous tient à coeur depuis tant d'années...
Il ne s'est pas dit que des inepties. Preuve que les idées avancent, lentement mais surement, et que le pire n'est jamais certain. Accordons à quelques uns le bénéfice de la sincérité dans leurs disocurs et leurs engagements...
Mais en même temps, que de langue de bois, de discours énoncés pour la circonstance dont nous savons pertinemment qu'ils ne seront jamais suivis d'effets.De plus, un tel événement après des mois d'immobilismes, de reculs, de restrictions budgétaire (quoi qu'en dise le ministre de la culture, qui affirme la constance de son engagement pour mieux souligner le recul de son collègue!). A quoi rime un tel "barnum" à quelques semaines d'une élection et de la fin d'une législature ?

On pourra toujours se référer aux discours prononcés : je vous offre les photos en prime !
Pour l'éducation nationale, c'est ici









Pour la culture, c'est ici.












A lire également, le point de vue de notre ami EP2C et un renvoi intéressant sur une lecture originale de la LOLF par le célèbre Docteur Kasimir Bisou !
Désolé, je n'ai pas leurs photos !
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Dimanche 28 janvier 2007 7 28 /01 /Jan /2007 21:46
Décidément, la blogosphère est un outil formidable... Miroir du monde et de soi-même.
Voilà que mon ami EP2C m'informe aujourd'hui avoir trouvé un blog qui parle... de moi !
Aussitôt j'y cours, question de savoir non seulement ce qui se dit de mapomme mais encore s'il s'agit d'éloges ou de peaux de bananes ! Vite rassuré : c'est plutôt sympathique. Il s'agit d'un auditeur d'une conférence faite par votre serviteur en novembre dernier à Bourges, lors d'un forum organisé sur l'éducation artistique. Génial de trouver ainsi un "retour" inattendu.
Du coup, envie de répondre à l'intéressé.
D'abord le remercier de sa présence, de son attention et de ses réflexions. Ensuite pousser un peu la polémique sur les imprécisions :
- non, je n'ai jamais fait partie des "institutions périphériques du ministère de la culture", simplement animé et dirigé une association militante sur le théâtre et l'éducation pendant une douzaine d'années...
- oui, je confirme mon accord sur le fait que " Le problème n’est donc pas comment faire rentrer la culture et l’art à l’école mais comment changer l’école et la manière d’enseigner pour que le problème de l’introduction de la culture n’existe plus ! "
- non "Le seul problème (n'est pas seulement) de changer l’école, le reste n’étant que du vent", mais plutôt, en quoi et comment l'éducation artistique et culturelle (et tout ceux qui se battent pour son développement), peut être un levier pour ce changement radical espéré.
-
enfin, je récuse vivement l'argument qui prétend que " Le plus stupéfiant, c’est que ces personnages, transformés en robots de leur fonction, à aucun moment ne pensent qu’eux aussi ont des enfants, qu’eux aussi sont des parents. Ils se mettent au-dessus de ce qui n’est plus alors qu’une « populace »... Si les masques institutionnels empèchent, à l'évidence, un rapport simple et direct à la réalité de l'enfance et de l'éducation, je persite à croire que les personnes sont vulnérables et qu'un langage de vérité peut les faire évoluer. De plus, caché derrière ces quelques masques institutionnels se trouvent souvent, sur le sujet qui nous occupe, des militants sincères de la chose culturelle...
Le simplisme mène souvent à la démagogie. Gare !
Ah, j'oubliais...
Bien entendu, le lecteur ne comprendra rien à ce billet s'il ne se réfère au texte original. C'est ici.
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Mercredi 24 janvier 2007 3 24 /01 /Jan /2007 16:50
Presque dix jours sans bloguer... Un coup de fatigue du clavier ! Et pourtant il s'en passe des choses...
L'Abbé Pierre, bien sur, qui tire sa révérence. Paul LeGuen au chevet du PSG. Nicolat Hulot au chevet de la planète, qui s'abstient de se lancer dans la grande marmite des candidatures à la présidentielle.
Et Bush qui en rajoute en Irak. Sarko qui nous affirme que désormais, "tout est possible" (si "tout est possible", alors "rien n'est possible" me disait ma prof de philo !) Et Ségo, avec bravitude, que le Québec mérite la souveraineté... Et là, je comprend tout !
C'est au québec qu'a été publié un excellent livre  intitulé : "L'humanitude", sur la manière de traiter les personnes agées.  Comme quoi, l'invention d'un mot peut être d'une nécessité absolue, y compris pour parler de choses simples... On pense aussi à la "négritude" de Césaire...
En attendant, toujours aussi peu de "culturitude" dans le débat politique.
Voilà, c'était juste un petit coup de pub.
On commence l'année doucement !
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Samedi 13 janvier 2007 6 13 /01 /Jan /2007 11:25


A l’initiative des ministères de la culture et de l’éducation nationale se tenait au Centre Pompidou, du 10 au 12 janvier, un symposium européen et international sur le thème : «Evaluer les effets de l'éducation artistique et culturelle».

Plusieurs centaines de participants, chercheurs et acteurs de l’éducation artistique et culturelle, venus de 13 pays, étaient rassemblés à cette occasion.
Les traces ne manqueront pas pour ceux qui veulent en savoir plus…
Quelques impressions à chaud, non exhaustives.


1/ Une telle manifestation est un signe. 
Signe de l’avancée progressive de la prise de conscience que ce domaine mérite d’être développé. Signe que la question de l’évaluation (que l’on ne cesse de confondre avec la justification) est importante à la fois pour le domaine lui-même, et pour ceux qui en attendent toujours des preuves d’efficacité et d’efficience.
Signe aussi que le combat est (et restera) difficile pour faire admettre que la dimension sensible de l’éducation à l’art (et par l’art) devrait être un élément essentiel de notre système éducatif.

2/ Intrinsèque et/ou extrinsèque ?
Ce fut l’un des grands slogans de ces trois jours : l’éducation artistique et culturelle se suffit-elle à elle-même et/ou faut-il chercher sa justification dans d’autres effets sur les apprentissages, la vie en société, le civisme, etc ? Vieux débat qui appelle le recours urgent à la dialectique. Réponse : les deux mon capitaine ! Justifier l’éducation artistique et culturelle par ses seuls effets supposés sur l’apprentissage des mathématiques ou de l’histoire est aussi absurde que de ne pas observer l’évidente influence de ces pratiques (lorsqu’elles sont menées avec qualité !) sur le développement personnel et la relation générale au monde, donc aussi aux apprentissages…

3/ De quoi parle-t-on ?
Si j’en crois la diversité des situations exposées, les mêmes termes d’art et de culture  recouvrent une diversité considérable de pratiques et de conceptions. Je retiens cependant la convergence de plusieurs intervenants (américains, espagnol…) sur le principe de la trilogie : « percevoir, produire, réfléchir », ce que j’appelle « marcher sur les trois pieds ».
Mais de quel «art» parle-t-on ? De quelle «culture» ? Et de quelle «éducation» ? Ce débat reste à préciser, sans cesse…

4/ Un espace intermédiaire
J’ai été frappé par la réflexion sur l’Education artistique et culturelle comme «espace intermédiaire» entre le monde artistique et le monde éducatif. C’est en effet la seule manière, me semble-t-il, de comprendre ce que nous essayons de promouvoir, les uns et les autres, depuis tant d’années. Ni une discipline scolaire de plus, ni un travail de création véritable… Ni un enseignement, ni une production… mais un entre deux original et spécifique, qui seul permet à chacun de changer de posture (de rôle, de masque) pour se découvrir (au deux sens du terme).
On pense ici au travail de Winnicott sur le jeu (in Jeu et réalité / NRF ) et son concept d’«espace transitionnel» essentiel au développement de l’individu. L’éducation artistique et culturelle, en ce qu’elle implique de croisements entre art et éducation, enseignant et artiste, institution scolaire et structure culturelle, projet et programme, jeu et travail, sensibilité et raison… est fondamentalement un «espace intermédiaire», qui lui donne force et originalité.

5/ Qu’est-ce que la qualité ?
Autre débat essentiel, mais peu abordé : qu’est-ce que la qualité ? En art ? En éducation ? Donc en éducation artistique et culturelle ? S’agit-il de la qualité des œuvres (rencontrées ou produites) ? Qui en décide ? Sur quels critères ? Et/ou de la qualité des démarches éducatives, des processus de travail ? On pense ici à la question essentielle du « jugement » en art (Kant) et la fonction critique, si difficile à définir et à exercer.

6/ Le jugement et l’évaluation
En conséquence, la distinction entre art et culture devient plus nécessaire encore, s’agissant de l’évaluation. On pourrait avancer qu’au « jugement » en art, répond « l’évaluation » en matière culturelle. Qui peut prétendre évaluer Picasso, Mozart ou Kantor ? Qui peut juger d’une démarche éducative sans l’avoir vécue ?

7/ Et la politique dans tout ça ?
Il est intéressant d’observer comment les politiques, en France du moins, s’emparent progressivement de cette thématique, de manière parfois schizophrénique.
D’un côté, la langue de bois absolue, le discours sur la « relance » en même temps que le désintérêt et le désengagement manifeste… De l’autre, des signes divers de la prise en compte de la problématique : le décret sur le «socle commun des connaissances » a finalement retenu plusieurs réflexions sur ce thème ; un prochain séminaire interne aux deux ministères se chargera de mobiliser les cadres. La plupart des candidats évoquent, avec plus ou moins de précision, cette question… La vigilance s’impose, le pire n’est pas certain !

8/ Science et communication
Deux mots enfin sur le symposium lui-même : à la fois moment de recherche scientifique internationale et grand coup médiatique sur le sujet qui nous occupe. La encore, c’est « l’espace intermédiaire » qui est à la fois est frustrant et, dans le même temps, fait la force de l’entreprise.

Et le combat continue !
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Samedi 6 janvier 2007 6 06 /01 /Jan /2007 11:11
Voici plusieurs semaines que l’absence de débat sur les questions culturelles dans le débat politique… fait débat !
Ici et là, quelques bouées ont été lancées : La revue Cassandre, est à l’origine d’un Appel public qui rassemble plusieurs centaines de signatures. Arte et France culture ont récemment organisé un colloque intéressant sur le sujet. Les éditions de l’attribut suivirent au TEP, le 11 décembre dernier, après les publications de "Nos enfants ont-ils droit à l’art et à la culture ?" de votre serviteur, et de "La culture pour qui ?" de Jean-Claude Wallach. Télérama, sous la plume de Daniel Conrod, se fait écho de la problématique et la Lettre du spectacle recense quelques positions politiques. La liste n’est pas exhaustive. Les initiatives ne manquent pas pour tenter d’agiter le bocal. Et pourtant…

Pourquoi est-ce si difficile d’enclencher un débat public véritable sur ce sujet ? Quelles sont les raisons qui rendent ce thème aussi peu porteur du point de vue politique (il faudrait dire «électoral»), alors même que la question générale de la culture, au sens des valeurs partagées d’une société, n’a jamais été aussi urgente dans la période de bouleversement anthropologique qui est la nôtre ? Pourquoi la culture demeure-t-elle "l’impensé politique de nos sociétés", selon la formule de Catherine Trauman rapportée par Jean-Claude Pompougnac ?

Les raisons sont évidemment multiples. J’oserai cependant une hypothèse principale : c’est en vérité le mot même de "culture" qui n’a plus aucun sens pour notre société. Nous passons allègrement de l’art à la culture, au culturel, à la diversité et à l’exception… De l’industrie à l’anarchie la plus vive, de la démocratisation à la démocratie, de l’institution à la friche, de la consommation à l’éducation… J’en passe ! Le terme est d’une telle polysémie, les pratiques et les conceptions si différentes, que quiconque tente de s’en emparer se trouve aussitôt pris au piège du langage. Le choix est alors tragiquement limité, pour le politique, entre le silence absolu et la généralité la plus banale.
Je me dis parfois qu’il vaut mieux qu’ils se taisent…

Sur ce thème, un livre de Marc Bélit "Le Malaise de la culture / Essais sur la crise du modèle culturel français" vient à point. Cet ouvrage, très nourri, nous offre quelques réflexions utiles, rappelant notamment l'évolution des concepts au fil de ces cinquante dernières années et les conséquences de ces glissements progressifs de la "culture" au "culturel" sur les politiques et les actions elles-mêmes. Sources du "Malaise" évoqué... (A propos, Freud publiait en 1930 un ouvrage intitulé "Le malaise dans la culture". Aucun rapport ?)

Je partage l’idée que ce n’est pas "la culture" qui est en cause, ni en malaise, mais bien le discours que l’on porte sur elle. C’est la manière de concevoir (collectivement) le processus indispensable de production et d’appropriation des langages symboliques, qui doit être revisité, reformulé, revivifié au regard de nos cinquante années de politiques publiques et des bouleversements du monde et des techniques.
Cela ne pourra se faire que sur des bases clarifiées de langage, avec la participation la plus large des artistes, des médiateurs, mais également des acteurs sociaux, éducatifs, économiques, politiques...
« Il reste à penser le monde qui apparaît sous nos yeux. Il reste à faire en sorte que se fabrique, jour après jour, le partage du sensible. » note Daniel Conrod. J’ajoute : il reste à trouver l’espace, le temps et les conditions d’un débat véritable sur la « bataille de l’imaginaire » dans laquelle nous sommes plongés. La méthode me semble plus importante que les contenus, au stade où nous en sommes.

Si ce petit bout de blog peut y contribuer !


PS : Deux information du jour en écho.

1/ L’émirat d’Abou Dhabi se paye Le Louvre. Un musée du même nom sera prochainement créé là-bas pour la modeste somme de "plus de 500 millions d’euros". Après tout, Disneyland se trouve bien sur tous les continents ! A quand une Tour Eiffel au Burkina Faso, un Château de Versailles en Somalie, un Festival d’Avignon dans le grand nord québécois ? Allez… je plaisante ! (Je suis passé une fois en escale à l’aéroport d’Abou Dhabi, ouvert 24h/24h. Il est d’une architecture surprenante et significative : c’est une gerbe de pétrole en béton !)

 2/ Pour ceux qui militent en faveur d’une urgente "éducation à l’image" : un garçon de 10 ans s’est pendu accidentellement aux Etats-Unis, le soir du nouvel an, en voulant imiter la pendaison de Saddam Hussein qu’il venait de voir à la télévision. Au Pakistan, un enfant de 9 ans s’était déjà suicidé dans les mêmes conditions. Et tous ceux qui ne sont pas morts ? C’est ce que l’on appelle des "jeux dramatiques" !

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Vendredi 29 décembre 2006 5 29 /12 /Déc /2006 21:45


Terminer l'année 2006 en musique :
c'est possible, en écoutant le clip proposé par EP2C, ou encore, celui qui nous vient de Ouagadougou par ZEDESS.

Pour ceux qui préfèrent la méditation politique, je vous invite à la lecture de l'éditorial du Monde daté du samedi 30 décembre. Un texte intelligent qui nous rappelle que : "Avant donc que le duel "Sarko-Ségo" ne capte toute l'attention, et ne recentre celle-ci sur le bon vieux village gaulois, n'oublions pas que la Terre tourne !"
BONNES FETES à tous
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Dimanche 24 décembre 2006 7 24 /12 /Déc /2006 15:35
La fin d'année est propisce aux rangements. Dans le cadre de ce grand mouvement de clarification, je retrouve incidemment le texte ci-dessous, un des premiers que j'ai rédigé, qui fut publié dans la revue de l'ATAC (Association technique pour l'action culturelle, aujourd'hui disparue) dans le début des années 70... (Ceux qui pourraient me dire la date exacte me rendraient service). Les mots d'auourd'hui ne sont plus ceux-là, mais les contradictions ont-elles pour autant disparu ? Je vous laisse le soin d'en juger...


VIVE LA CREANIMATION

(lettre ouverte à certains camarades professionnels et quelques autres)

Trop, c'est trop! Je craque.
On le croyait sorti par la porte ... Le voilà qui revient.
Par la fenêtre.
On le croyait devenu raisonnable.
Sinon raisonnable, du moins modeste. Ou tolérant.
Mais non.
Il est de retour.
Agressif plus que jamais.
(Mais pourquoi donc ?)
Je le retrouve partout,
de réunions en colloques, de séminaires en discussions de bistrot ...
Le «Créateur» est parmi nous.

Il y a quelque temps, un vieux débat nous animait (!).
Vous souvenez-vous ?
C'était en quelle année déjà ?
Il y avait ceux de la CREATION
et ceux de l'ANIMATION.
Les CULTURELS et les SOCIAUX-CULS
les ARTISTES ... et les BOYS-SCOUTS
(à moins que ce ne soient des «instits»  ou des «curés» ... )
Chacun campait irrémédiablement sur ses positions, traitant l'autre d'élitiste
ou de réactionnaire, de populiste
ou d'irresponsable ...
J'en passe.
C'était la guerre.

Puis, vint le temps de la nuance.
On convint ici et là (ici ou là), que l'on avait peut-être exagéré.
Qu'après tout, les choses pouvaient sans doute (dialectique oblige) co-habiter.
Que l'opposition entre les deux pratiques n'était pas forcément définitive.
On procéda donc à une paix temporaire.
D'autant plus aisée que quelques crédits venaient permettre aux uns et aux autres d'affirmer leurs identités.
De l'os unique à partager, nous passions au repas, frugal mais spécifique, pour chacun.
De quoi apaiser le chenil.

Naïf. J'y ai cru.
Moi qui pratiquait tantôt une forme, tantôt l'autre.
Et souvent les deux à la fois, quand ce n'était pas une troisième, mêlant dans un même projet des aspects de CREATION (je veux dire de parole propre à notre groupe) et d'ANIMATION (la parole d'un autre groupe), j'avais baissé  ma garde.
Relâché l'attention.
Le combat n'avait-il pas cessé?
N'en étions-nous pas à des notions nouvelles de «développement» ou «d'intervention culturelle»,
qui devait permettre de travailler sur des objectifs différents (en tout cas différemment exprimés) ?

C'est-à-dire de découvrir (de CREER) des FORMES d'action novatrices ?

Naïf. J'y ai cru.

Mais voilà que quelques réunions nous rassemblent à nouveau, ici et là, pour débattre des orientations, de tel ou tel projet ministériel.
Colloquer, réfléchir?
Stupeur.
Ça repart.
La guerre n'est pas finie.
Ils sont toujours là. ,
Les «Créateurs» sont parmi nous.

Naïf, toujours, je m'interroge.
Mais qu'ont-ils donc de différent de moi ?
Qui les a fait «Créateurs»?
Quand le sont-ils devenus  ?
Comment?
Devient-on «Créateur» du jour au lendemain?
Y a-t-il une école du «Créateur»? (dirigée par Dieu le Père ?)
Une formation ? Des diplômes ?
Ou bien naît-on «Créateur»?
Est-on «Créateur» à plein temps ou à mi-temps ?
Reste-t-on «Créateur» en conduisant les camions, en préparant les demandes de subventions, en clouant les décors ?
Qui donc me dira si je suis «Créateur»?
Mes collègues ?
Mes copains ?
Mon ministère ?
Colette TRUC ou Michel MACHIN ?

Trêve de questions.
Quand ils me décrivent leur travail d'écriture, de mise en scène, de jeu théâtral,
je constate que je fais la même chose.
Si donc ils s'auto-proclament «Créateurs» en fonction de ces activités,
alors, à l'évidence, je le suis avec eux.
Et mes copains-collègues-camarades aussi.
Pleinement.
Puisque nous écrivons, réalisons, jouons des spectacles.
Quand ils décrivent encore ce qu'ils entendent par l'ANIMATION,
c'est-à-dire former, informer, proposer, animer des groupes d'individus les plus divers,
dans des formes multiples...
je m'y reconnais également.
Totalement.
Puisque nous faisons cela. Aussi.
Me voilà donc ANIMATEUR.

Mais qu'ils prétendent opposer une fonction à l'autre, voir les hiérarchiser (ils s'en défendent trop pour que cela se masque), et l'inquiétude me gagne.
Qu'ils affirment, enfin, que l'on ne saurait confondre le «Créateur» avec tout autre intervenant culturel... me voilà dans l'angoisse !
Serais-je donc un «cas» particulier, atteint de je ne sais quelle schizophrénie professionnelle ?
Ou encore, une sorte de «bâtard» culturel (on sait ce que valent les bâtards ?), qui ne pourrait jamais atteindre la «pureté» du «Créateur» ?

Soyons clair.
Je ne me sens à l'évidence, ni bâtard, ni schizophrène.
Et j'ai la sensation totale de n'avoir qu'une seule et même activité : le Théâtre,
qu'il soit mené par un groupe d'enfants, de malades, de syndicalistes ... ou de comédiens.
La sensation, aussi, de trouver partout le même intérêt, la même richesse, le même potentiel d'invention, de progrès et de développement.
de CREATION...

En faisant,
Et en faisant faire.

Que certains prétendent donc s'approprier le terme
(et tout ce qu'il représente de valeurs «supérieures»),
pour le réduire à leur propre travail. Voilà bien une position outrée.
Et inadmissible.

Il n'y a pas d'un côté, le «Créateurs» «venu d'ailleurs» et de l'autre le reste.
Il n'y a pas d'homme ou de femme, qui puisse s'auto-déclarer «Créateurs» à vie.
Il y a des gens qui pratiquent le Théâtre, dans des conditions et suivant des projets différents.
Ils sont donc «Créateurs» le temps de cette action.
Certains le font avec génie ...
D'autres avec talent...
D'autres avec métier avec chance ...
avec bonne volonté .
Avec obstination ...
Avec tout cela à la fois, de temps en temps.

Certains ne souhaitent le pratiquer qu'avec des acteurs professionnels et dans des institutions précises appelées THEATRES. .
C'est, bien entendu, leur droit le plus absolu.
Mais de grâce, qu'ils n'en confisquent pas pour autant les termes de «Créateur»
et de Création.

J'ai bien conscience de leur demander là un effort surhumain, qu'ils n'arriveront sans doute jamais à accomplir.

En attendant, et pour faciliter la chose, je propose donc aux autres, à tous ceux pour qui la pratique théâtrale ne forme qu'une seule et même activité,
qu'ils l'accomplissent entre professionnels ou avec des non-acteurs,
d'adopter avec moi le noble titre de CREANIMEUR, pour définir notre fonction.

Nous pourrons ainsi être ce que nous sommes.
Et faire ce que l'on fait.
Sans qu'à chaque instant, l'angoisse d'être autre chose
ne nous reprenne.

VIVE LA CREANIMATION !

Un CREANIMEUR professionnel
Jean Gabriel CARASSO


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