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Jeudi 17 mai 2007 4 17 /05 /Mai /2007 22:42
nicolas.sarkozy.jpg
1/ Un homme interroge une dame maghrébine
place de l’Etoile, lors du passage du nouveau chef de l’Etat.
« Vous êtes là depuis longtemps ? »
« Je suis née ici »
« Je voulais dire… sur la place ! »
Ambiance !

2/ Lecture de la lettre de Guy Mocquet, jeune communiste assassiné à 17 ans… le jour de l’investiture du nouveau président. (Voir le point de vue de Philippe Meirieu)
Je m’interroge : qu’aurait fait en mai 68 ce fils de député communiste ? Je me souviens de débats sans fin avec les militants des Jeunesses communistes aux portes des usines Renault à Boulogne-Billancourt.
Il aurait été du côté de la révolte, sans aucun doute !

3/ A l’Elysée, journée d’investiture. La famille du président est arrivée « en troupe » (dixit Cécilia), « bousculant un peu le protocole ». Famille recomposée, deux fils d’un premier mariage pour lui, deux filles d’une première noce pour elle, et un enfant en commun.
Plus « bobo » et soixante-huitard que ça, tu meurs !

4/ 24 heures à peine après l’investiture, le gouvernement n’est pas encore nommé mais…
Cecilia et la famille se trouvent déjà au fort de Brégançon, gentilhommière réservée aux vacances présidentielles. Je suppose que Steevy, Rika Zaraï, Jean-Marie Bigard et Johnny y seront très rapidement invités. Vous avez aimé la croisière sur un yacht, vous adorerez les agapes au château !

5/ Le principe du journalisme, m’avait-on dit, c’est l’indépendance et l’objectivité. On apprend que la responsable du service politique du Point, qui avait couvert la campagne de Berluskozy, vient d’être nommée… chargée de communication à l’Elysée. Une de ses collègues, qui avait suivi celle de Ségolène Royal, aura la même fonction… à Matignon !
Vive l’Etat impartial et la république irréprochable !

6/ Enfin, on annonce un ministre porteur de sacs de riz au Quai d’Orsay. Bernard Kouchner ne se sentait pas « bien traité » par la gauche, il file à droite. Et nous, il nous traite comment ?
Où est-il l’auteur dramatique shakespearien qui nous racontera l’épidémie de retournement de vestes des députes centristes, des ex-socialistes, du penseur gauchiste ou de l’historien mitterrandiste ? Il y avait les « Judas », il y aura désormais les « Bessons » ou les « Kouchners ». La réalité dépasse la fiction !

Et moi, et moi, et moi ?
Atterré, mais pas à terre ! comme dit mon amie Kattel .
Heureux d’entendre hier soir Edwy Plenel rappeler avec force les acquis sociaux et culturels de mai 68. Heureux d’entendre qu’en prétendant vouloir « liquider » l’héritage de 68, Berluskosy ne fait que manifester la peur de son retour… qu’il provoquera probablement !
Mais l’histoire ne se répète pas. Demain est un autre jour !

Et si, paradoxalement, cette situation devenait une chance historique pour la Gauche de se reconstituer véritablement ?
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Vendredi 11 mai 2007 5 11 /05 /Mai /2007 13:02

Internet et ses blogs auront été d'une créativité spectaculaire au cours de la récente campagne électorale.

Il se pourrait que la chose se poursuive.

Exemple, ce premier site canular et cependant significatif.

A vous de jouer !

C'est ici :

header.jpg

 

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Mercredi 9 mai 2007 3 09 /05 /Mai /2007 14:29
Paul a transmis à mon ami Emile ce texte...

Peuple, tu es mystifié. Tu seras démystifié. J’ai élevé pour vous tout un troupeau de démystificateurs. Ils vous démystifieront. Mais il faut mystifier pour démystifier. Il nous faut une mystification nouvelle. (…) Nous allons désaliéner l’humanité. Pour désaliéner l’humanité, il faut aliéner chaque homme en particulier. (…) Nous n’allons plus persécuter, mais nous punirons et nous ferons justice. Nous ne coloniserons pas les peuples, nous les occuperons pour les libérer. Nous n’exploiterons pas les hommes, nous les ferons produire. Le travail obligatoire s’appellera travail volontaire. La guerre s’appellera la paix et tout sera changé grâce à moi et à mes oies. (…) Quant aux intellectuels… Nous les mettrons au pas de l’oie ! Vive les oies ! En démystifiant les mystifications depuis longtemps démystifiées, les intellectuels nous foutrons la paix. Ils seront niais, donc intelligents. Ils seront courageux, c’est-à-dire lâches ; lucides, c’est-à-dire aveugles. (…) Nous ferons des pas en arrière et nous serons à l’avant-garde de l’histoire !


Eugène Ionesco, Tueur sans gages

Toute ressemblance avec un discours récent est évidemment... etc !

Et bientôt dans toutes nos mairies :
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Samedi 5 mai 2007 6 05 /05 /Mai /2007 19:06

Appel d’Ariane Mnouchkine

Allez-vous vraiment faire ça ? Alors, vous allez vraiment faire ça ? Vous les plus purs que d’autres, les plus intelligents que d’autres, vous les plus subtils, vous les cohérents, vous les fins stratèges, vous allez faire ça ?

Vous, les à qui on ne la fait plus, les durs du cuir, vous allez vraiment, en ne votant pas pour elle, voter pour lui ? Vous allez vraiment faire ça ? Vous allez le faire ? Vous, les vrais de vrais de la gauche vraie, vous allez faire ça ? Pour cinq ans ! Pour cinq ans, peut-être dix, vous allez faire ça ?

Vous, les toujours déçus de tout, vous les amers, les indécis décidés, les laves plus blancs que blanc vous allez faire ça ?

Mais pourquoi ? Parce que quoi ? Parce que jupe ? Parce que talons hauts ? Parce que voix ? Parce que sourire, cheveux, boucles d’oreilles ? Parce que vraie ? Il n’y a rien qui vous aille dans son programme à elle, rien ? Pas cinquante propositions sur les cents ? Pas vingt ? Pas dix ? Pas une ? Vraiment, rien du tout ?

Trop de quoi ? Pas assez de quoi ? Pas assez à gauche ? On voudrait, quitte à tout perdre, une campagne à gauche toute ? Mais même l’extrême gauche, cette fois-ci, au deuxième tour ne joue plus à ce jeu-là. Peu importe, vous, vous allez y jouer ?

Le résultat du 21 avril 2002 ne suffit pas ? Non. On le refait en 2007, mais en mieux. Pas au premier tour, non, carrément au deuxième. C’est plus chic.

Que ceux qui ressemblent à Nicolas Sarkozy, ou qui croient qu’il leur ressemble, que ceux-là votent pour lui, quoi de plus normal. Que ceux qui lui font sincèrement confiance pour améliorer leurs dures vies, que ceux-là l’acclament et votent pour lui, quoi de plus normal. C’est même estimable. Que les grands patrons votent Nicolas Sarkozy, pas tous d’ailleurs, loin s’en faut, non, mais par exemple les grands patrons de presse, qu’on a vu se si nombreux, si heureux, à Bercy avant hier, qu’ils votent pour leur copain, qui va vraiment améliorer leurs belles vies, c’est moins estimable, mais quoi de plus normal ?

Mais vous, une respiration possible, un air nouveau, un espace de travail politique, une chance espiègle, ça ne vous dit rien ? Vraiment rien ? Mais qu’est-ce qui vous fait si peur ? Les Italiens ont enfin chassé Berlusconi, les Espagnols, après une grande douleur révélatrice, se sont débarrassés d’Aznar, et voilà que nous, à quelques milliers de voix près, nous allons repasser le plat de la droite dure ?

Il y a un pari à prendre contre une certitude sombre, et vous ne pariez pas ? Quels désirs obscurs allez-vous satisfaire ? De qui donc, de quoi êtes-vous secrètement solidaires. Ce ne peut-être du bien de ceux qui ont besoin, vitalement, de mieux être. Vitalement. Maintenant.

Supporterez-vous dimanche soir d’apprendre qu’il a manqué une voix ? Une seule. La votre. Je vous en supplie.
















Et  pout finir en beauté !
 

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Mercredi 2 mai 2007 3 02 /05 /Mai /2007 16:48
Ce soir, le débat.
Dernier épisode d'une longue campagne.
Moment important et peut-être crucial.
Ecouter, sans doute, mais aussi regarder.
Les corps qui bougent disent autant que les mots...










Ariane Mnouchkine nous livre son regard sur Berluskozy.
C'est ici !


Et pour rire encore un peu...

Dieu convoque Bush, Poutine et Chirac et leur dit : " J'en ai marre, vous  avez foutu le bordel sur la planète: la guerre au Liban, en Irak, en  Afghanistan , en Tchetchenie, au Soudan. J'en ai marre. Ca suffit  maintenant, vous etes des incapables, ca ne peut pas durer comme ca; je décrête que dans deux mois ce sera la fin du monde".
Bush retourne a Washington , convoque le congrès et déclare : " J'ai deux  nouvelles, une bonne et une mauvaise : la bonne, c'est que j'ai rencontré  Dieu, il existe bien comme on l'a toujours pensé, la mauvaise, c'est que  dans deux mois c'est la fin du monde...
Poutine rentre a Moscou, convoque son gouvernement et déclare:
J'ai deux nouvelles, une bonne et une mauvaise : la bonne, c'est que,  contrairement a ce que l'on a voulu nous faire croire pendant longtemps,  Dieu existe, je l'ai rencontré, et la mauvaise c'est que ce sera la fin  du monde dans deux mois...
Chirac de retour a Paris convoque la télévison et déclare : J'ai deux  bonnes nouvelles, la première c'est que la France est bien un grand pays  comme nous le pensions tous, Dieu m'a convoqué avec Bush et Poutine et  j'étais le seul chef d'état europeen à participer a cette réunion ; la  seconde, c'est que Sarkozy ne sera jamais président de la republique...
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Lundi 30 avril 2007 1 30 /04 /Avr /2007 22:34
Vu hier à la télé N.B. (Nicolo Berlusckozi – je ne l’appellerai plus que comme ça !) éructer devant une foule en délire réunissant quelques grands intellectuels français parmi lesquels : Rika Zaraï, l’humoriste raffiné Bigard et quelques autres... J’avais entendu, il y a plusieurs mois, ses interventions au Kärcher contre la «racaille», et croyais comprendre la blessure des jeunes de ces quartiers ainsi désignés. Mais non !
Je n’avais pas compris, je veux dire rien ressenti véritablement de ces injures, n’étant pas moi-même dans cette situation.
Il en va tout autrement aujourd’hui, après la charge inouïe contre « Mai 68 et ses héritiers » qui fut prononcée hier. Blessé, profondément blessé, autant que les mômes du 93.

Ainsi donc, nous serions, je serais, (je n’y peux rien, j’avais 20 ans en 68 !) responsables de tous les maux de la terre, y compris de la dérive morale, de l’abandon du travail, des parachutes en or, des échecs de l’école… Nous ne croyons en rien, même pas en nous-mêmes. J’en passe!
A vrai dire, ce tissu caricatural d’inepties et de mensonges, autant que la violence avec lesquels ils sont proférés, me laissent muet ! Glacé !
Mes parents m’avaient parlé du populisme et de la montée de la droite et de l’extrême droite dans les années 30. J’avais vu des images, diverses, des grands meetings fascistes de l’époque que je croyais, naïvement, révolue. Mais non ! Tout cela est présent, en germe, arrosé avec persévérance par une droite extrême qui se tourne désormais vers le « chef » providentiel.  Et tous ces députés centristes qui vont à la soupe ! Gare !

Ainsi, la crise du pétrole en 74… mai 68 !
Le chômage de masse… mai 68 !
L’urbanisme débridé de nos banlieues... mai 68 !
Les télévisions privées aux ordres de Coca Cola… mai 68 !
La Sida… mai 68 !
Les problèmes conjugaux (du ministre ?)… mai 68 !
L’interminable conflit du Moyen-Orient… mai 68 !
La dette du pays… mai 68 !
L’Europe défaillante… mai 68 !
Les tours qui s’effondrent à New-York… mai 68 !
Le capitalisme financier international… mai 68 !
Les délocalisations… mai 68 !
La misère en Afrique… mai 68 !
La chute du mur de Berlin… mai 68 !
La fin de la guerre froide et les déséquilibres du monde… mai 68 !
Le terrorisme, les guerres, les épidémies, la grippe aviaire, les spams, les textos, les nouvelles technologies… mai 68 !
Et les ratons laveurs ?

Bref, tout ce qui fonde les difficultés du moment serait imputable à une génération entière !

Je me souviens pourtant d’une explosion de luttes sociales, d’usines et de facultés en grèves, d’un peuple comme jamais solidaire, de dialogues inouïs aux coins des rues, de nuits passées avec les travailleurs de Renault Billancourt, d’un rêve de justice et de bonheur partagé par une grande part de la jeunesse du monde… et, très vite, la « ruée vers l’ordre », les élections, la peur, et la majorité absolue de la droite au pouvoir…

Je me souviens des progrès sociaux, de l’avortement, de la contraception, de la peine de mort abolie, des radios libres, de la majorité à 18 ans, du développement culturel, de la fin de la guerre du Vietnam… rien de cela n’aurait été réalisé sans mai 68. Et que dire de l’unanimisme aujourd’hui proclamé sur la nécessité d’une éducation artistique généralisée, thème et combat totalement immergés dans « l’esprit de 68 », qui fut aussi celui de 36, de l’éducation populaire, de l’éducation active…

Bref, « mai 68 » fut un moment de l’histoire sociale, culturelle et politique que personne, même Berluskozy, n’arrivera à « kärcheriser ».

Aller, juste pour le plaisir, avant qu’ils ne soient définitivement interdits à la diffusion (je rassure les plus jeunes, personne ne confondait ces slogans poétiques avec une quelconque réalité…) quelques phrases de l’époque :

* Il est interdit d'interdire.
* L'imagination prend le pouvoir !
* À bas la société spectaculaire marchande.
* Je prends mes désirs pour des réalités car je crois en la réalité de mes désirs.
* Vivre sans temps mort et jouir sans entrave.
* L'ennui est contre-révolutionnaire.
* Nous ne voulons pas d'un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque de mourir d'ennui
* Plébiscite : qu'on dise oui qu'on dise non, il fait de nous des cons.
* Ne négociez pas avec les patrons. Abolissez-les.
* Le patron a besoin de toi, tu n'as pas besoin de lui.
* Veuillez laisser le Parti communiste aussi net en sortant que vous voudriez le trouver en y entrant.
* Je suis marxiste tendance Groucho.
* Soyez réalistes, demandez l'impossible.
* On achète ton bonheur. Vole-le.
* Sous les pavés, la plage
* Imagine : c'est la guerre et personne n'y va !
* Laissez la peur du rouge aux bêtes à cornes.
* Les murs ont la parole.
* Élections, piège à cons.
* Prenez vos désirs pour la réalité.
* Cours camarade, le vieux monde est derrière toi.

Demain, 1er mai. Je vous en offre un brin !











* Ce n’est qu’un début, continuons le combat !



Et pour s'amuser un peu, à découper :
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Jeudi 26 avril 2007 4 26 /04 /Avr /2007 23:52
(clique sur l'image)
Ce mercredi 25 avril 2007, Roxanne a vu le jour à Paris.
Sophie et Jean, ses parents sont heureux.
Nous aussi...
Moins de 24h et la voilà déjà sur le net.
Qui dit mieux !
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Mercredi 25 avril 2007 3 25 /04 /Avr /2007 12:53




Ces images de Berluskozy et bien d'autres, se trouvent sur le site
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Vendredi 20 avril 2007 5 20 /04 /Avr /2007 18:35
Vu hier  le film
"Les LIP, l'imagination au pouvoir",
de Christian Rouaud.


A ne rater sous aucun prétexte !

Petit rappel pour les plus jeunes : en 1973, pour défendre leurs emplois, les ouvriers de l'usine d'horlogerie LIP à Besançon ont mené une lutte exemplaire pendant plusieurs mois. Ils ont occupé leur usine, remis la production en marche, séquéstré le stock de montres et vendu ces marchandises. "On fabrique, on vend, on se paie".
Cet été là, nous étions partis avec quelques amis tourner un film dans la Drôme, sur la Résistance. Le film n'a jamais vu le jour. Après d'âpres débats internes, nous avions décidé d'aller rencontrer la résistance des LIP plutôt que d'évoquer celle du passé...
Le film croise des images d'archive et des entretiens avec certaines figures de ce combat. Un grand moment d'émotion, de réflexion et de dignité. Un rappel salutaire de ce qui fonde la solidarité humaine, à l'approche d'une élection importante.
Le slogan principal des LIP était : "ensemble, tout est possible"  !
Le même que l'on trouve aujourd'hui sur les affiches du candidat NS. !
Claude Neuschwander, dernier patron de l'usine, explique que ce moment fut celui "du passage du capitalisme familial au capitalisme financier".
Trente années plus tard, les questions demeurent.
Plus vives encore !
Alors...



Votez utile... plutôt que de voter futile !



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Jeudi 19 avril 2007 4 19 /04 /Avr /2007 14:46


Le 16 mars 2007 au Théâtre des Bouffes du Nord, la revue Cassandre organisait une « prise de paroles » autour de l’Appel lancé sur la culture. Nous y avons participé. Les textes des interventions sont disponibles ici.

Marie-José Mondzain, philosophe, fit une intervention remarquée. Extraits.


" Chacun d’entre nous essaye de faire avec ses moyens, là où il est.
Ça commence avec le voisinage, ça se poursuit dans le lieu de travail, ça se continue dans des moments de transmission de la culture, et mieux encore, dans des œuvres d’arts. (…) ça se joue dans des petits gestes. Une sorte de force des choses faibles, des petites choses, du tissu associatif.
(…) Nous sommes très nombreux à être seuls. Donc nous ne sommes pas seuls. On est très nombreux à se questionner et à faire ce qu’on peut. Ce constat est majeur par rapport à la question à envoyer à la future présidence : « Et vous, qu’est-ce que vous allez faire ? » (…) Ce n’est pas ce que nous allons demander à ceux qui vont prendre le pouvoir qui est important, c’est ce que nous allons leur opposer, chaque jour, chaque heure, à chaque moment, de force de résistance, en tant que créateur, enseignant, cuisinière, mère de famille. Qu’importe. La capacité d’exercer sa liberté est donnée à chacun. Elle n’est pas réservée aux artistes.

(…) Malheureusement, le mot culture est en train d’en prendre un sacré coup.
Lorsqu’on dit, d’un commun accord, que le mot « culture » n’apparaît pas dans la campagne,
je dis : « Mais bon dieu, on ne parle que de ça ! » Le mot culture est devenu celui derrière lequel, dans cette campagne, veut se dissimuler l’effondrement du politique.
On ne fait pas appel au «milieu» de la culture ou de l’art. On fait appel à des artistes, ou autoproclamés comme tels, courtisans ou partisans, et on leur demande d’accompagner cet effondrement du politique. C’est terrible. Il faut reprendre les mots.
Qu’on puisse faire comme je l'ai entendu ce matin à la radio, le compte rendu d’un débat qui a eu lieu sur l’expression « éducation artistique et culturelle », je me dis : mais attendez, « éducation culturelle », ça veut dire quoi ? Il y a une éducation non culturelle ? Qu'est ce qu'une éducation qui ne serait plus culturelle ?
L’éducation consiste à construire la culture. Qu’est-ce que c’est qu’un programme d’« éducation culturelle » ? On s’habitue à dire des choses qui ne veulent rien dire. Lorsqu’on ne veut plus rien dire, on cache un vide. C’est le vide politique. Éducation, art, culture, sont des enjeux d’une extrême gravité. Ce n’est pas en jonglant avec des substantifs et des adjectifs, comme « politique culturelle», qu’on s’en sortira.

Rancière a dit quelque chose de très intéressant : que la démocratie n’est pas l’exercice du pouvoir. Ce qui se joue en ce moment de la politique concerne l’exercice du pouvoir. Et l’art concerne l’exercice de la liberté. Ce qui se joue dans ces deux exercices est incompatible, et cette incompatibilité est capitale pour construire la richesse de la culture.
La culture est le mode sur lequel les oeuvres de l’art parviennent à ceux à qui elles sont offertes, de sorte qu’elle leur rend le possible exercice de leur liberté.
La culture est le mode sur lequel on permet aux oeuvres, qui ne sont pas faites pour exercer un pouvoir, d’atteindre ceux qui veulent se réapproprier leur capacité d’agir là où ils sont.
Ça peut être une façon pour les uns, de permettre à d’autres de devenir aussi artistes.
Mais ce n’est pas la seule question. L’art ne permet pas à chacun de devenir créateur.
Par la voie de la culture et du partage du sensible, c'est-à-dire d’un partage de l’émotion et du sens (les deux registres présents derrière le mot « sensible »), l’art permet de se réapproprier quelque chose qu’on nous enlève chaque jour d’avantage : la capacité d’inaugurer quelque chose, d’être, d’agir. D’être la cause de nos actes, de ne pas être l’effet d’un désir qui n’est pas le nôtre.

(…) la mercantilisation et l’effondrement du politique, le fait que les oeuvres deviennent des marchandises, que les noms des artistes vont être gérés comme des marques, les oeuvres comme des brevets, tout cela provient du fait que le monde économique se substitue à la vie collective.
Il faut redire avec insistance qu’il n’y a pas de politique culturelle. La culture est un geste politique.

(…) L’éducation artistique, c’est savoir si, quand on s’adresse à des enfants depuis l’école maternelle, on les met en situation de s’approprier leur capacité inaugurale à agir.
(…) Ce qu'il faut, c'est leur permettre de se réapproprier la parole, pour construire un langage. Que la construction de ce langage permette le partage de ce qu’on aime et de ce qu’on n’aime pas. Sur cette base – apprendre à écouter, prendre le temps de voir – on peut aller vers les grands rendez-vous du regard, de l’oreille, du corps. L’éducation ne doit être ni artistique ni culturelle. Elle est politique. Elle construit des sujets qui peuvent se parler et s’écouter, pour partager, dans un cheminement qui respecte les sensibilités, les origines de chacun, pour aller vers ces catégories que nous appelons - sans défaillir – universelles.

(…) Cette campagne présidentielle ne met pas en jeu des enjeux culturels, elle se sert de la culture. Les principaux candidats ont fait des choix néo-libéraux, et nous savons qu'à des titres différents et avec des ruses variées, ils traiteront l’art et la culture comme des marchandises. Nous sommes partis pour nous battre longtemps, et nous ne devons pas lâcher. Il y a quelque temps, Stéphane Hessel et son groupe de résistants avaient fait circuler sur internet un très beau témoignage. C’était au moment des luttes des lycéens et des étudiants au sujet des contrats de précarité. On voyait cette vidéo où ces gens qui ont en moyenne 80 ans, disaient : « Battez-vous, luttez, parce que créer c’est résister, penser c’est résister, résister c’est penser et c’est créer. Si vous ne résistez pas, que vous ne créez pas et que vous ne pensez pas, alors ce que nous avons fait contre le nazisme n’a plus aucun sens. Nous, les vieux, qui allons mourir, on vous demande de préserver le sens de ce que nous avons fait à ce moment ».

Quelques images de la rencontre sont ici.
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