La semaine dernière, j'ai causé dans le poste !C'était sur France Musique pour l'émission
"Les enfants de la musique",
entretien avec Dominique Boutel.
Voila ce que ça donne ! 4 minutes.
La semaine dernière, j'ai causé dans le poste !
Hier 9 décembre, journée nationale de la laïcité, débat public à la Mairie du XXè arrondissement à Paris. 150 à 200 personnes venues entendre divers orateurs sur le thème de la laïcité, fondement de la République. Interventions de bonne tenue et puis débat avec la salle… Et là, ça se gâte ! Tout arrive : les mosquées qui débordent de fidèles dans les rues, les mères musulmanes qui accompagnent les sorties scolaires avec un voile sur la tête, la demande faite aux enseignants de ne pas faire de contrôles les jours de fêtes religieuses… Les uns réclament une laïcité quasi intégriste : hors de toute préoccupation religieuse, quelle qu’elle soit. Les autres en appellent à tenir compte de la réalité des religions : après tout, les vacances scolaires sont bien organisées autour des fêtes religieuses catholiques…
Le débat devient totalement affectif, émotif, agressif, baignant dans l’atmosphère délétère de confusion provoquée par les discours du Président de la République sur l’importance du fait religieux, par le vote suisse sur les minarets, par le débat lancé sur l’identité nationale…
J’avoue n’avoir jamais connu une telle atmosphère de sous-entendus haineux, de rejet de l’autre, de confusion et d’exclusion. Gare !
Les idées nauséabondes que l’extrême droite a développées depuis plusieurs décennies sont en train de devenir sinon majoritaires du moins totalement « décomplexées ». Les responsables politiques qui attisent ce débat de manière incontrôlée, irresponsable et manipulatrice, jouent avec le feu. Il se peut qu’un jour ils s’y brûlent eux-mêmes !
"Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps. Vous venez de manifester votre désir d'accueillir les cendres d'Albert Camus au Panthéon, ce temple de la République au fronton duquel, chacun le sait, se trouvent inscrites ces paroles : "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante". Comment vous donner tort puisque, de fait, Camus fut un grand homme dans sa vie et dans son oeuvre et qu'une reconnaissance venue de la patrie honorerait la mémoire de ce boursier de l'éducation nationale susceptible de devenir modèle dans un monde désormais sans modèles.
De fait, pendant sa trop courte vie, il a traversé l'histoire sans jamais commettre d'erreurs : il n'a jamais, bien sûr, commis celle d'une proximité intellectuelle avec Vichy. Mieux : désireux de s'engager pour combattre l'occupant, mais refusé deux fois pour raisons de santé, il s'est tout de même illustré dans la Résistance, ce qui ne fut pas le cas de tous ses compagnons philosophes. De même, il ne fut pas non plus de ceux qui critiquaient la liberté à l'Ouest pour l'estimer totale à l'Est : il ne se commit jamais avec les régimes soviétiques ou avec le maoïsme.
Camus fut l'opposant de toutes les terreurs, de toutes les peines de mort, de tous les assassinats politiques, de tous les totalitarismes, et ne fit pas exception pour justifier les guillotines, les meurtres, ou les camps qui auraient servi ses idées. Pour cela, il fut bien un grand homme quand tant d'autres se révélèrent si petits.
Mais, Monsieur le Président, comment justifierez-vous alors votre passion pour cet homme qui, le jour du discours de Suède, a tenu à le dédier à Louis Germain, l'instituteur qui lui permit de sortir de la pauvreté et de la misère de son milieu d'origine en devenant, par la culture, les livres, l'école, le savoir, celui que l'Académie suédoise honorait ce jour du prix Nobel ?...
Les directeurs du « 104 » à Paris, lieu emblématique de la politique culturelle de la ville, viennent de jeter l’éponge en ne demandant pas le renouvellement de leur mandat. Ils estimaient avoir besoin, en plus des 8 millions d’euro injectés par la Ville, de 2 millions d’euro supplémentaires pour mener à bien leur projet. Compte tenu des baisses de recette de la municipalité, dues en grande partie à l’effondrement du marché immobilier, (est-ce la seule raison?) celle-ci s’est refusée à toute augmentation et n’en prévoit pas en 2010. Exit donc les directeurs, et avec eux un projet qui ne semble n’avoir jamais trouvé sa place véritable dans cet endroit particulièrement difficile à faire vivre.
J’étais pour ma part fort dubitatif, depuis le départ de ce projet, sur la mise en place de cette structure imposante, forcément budgétivore, tiraillée entre la
recherche d’une modernité artistique internationale, une implantation plus que difficile dans son environnement territorial, et la nécessité de trouver des ressources commerciales indispensables
pour faire fonctionner la machine. A vouloir trop en faire, le risque était grand, bien entendu, d’aller dans le mur. Nous y sommes !
A vrai dire, je ne pensais pas que cela irait aussi vite, mais la crise est venue révéler plus rapidement ce qui se cache en général par des augmentations régulières de subventions : l’inadaptation d’une structure et d’un projet aux réalités sociales et économiques d’un territoire. Pas la peine d’être grand clerc pour avoir imaginé une telle issue. Je sais que nous sommes nombreux à l’avoir prédit.
Et maintenant ?
Deux options principales s’offrent aux décideurs.
La première sera de rechercher au plus vite (s’il n’est déjà choisi !) un nouveau directeur du lieu, qui soit un gestionnaire, sorte de grand intendant qui aura pour mission de ne pas réclamer d’augmentation de budget et de faire au mieux avec les moyens du bord. Il conservera à l’évidence une part d’action artistique et de travail culturel, sans laquelle tout cela n’aurait plus aucun sens, mais il sera condamné à valoriser l’espace par la multiplication des locations et autres événements de toute nature – cela a déjà commencé - qui permettront de conforter autant le budget général que l’image de la structure. Rien de neuf dans ce paysage ! On fera naviguer le navire par petit vent…
Nous en suggérons une seconde, plus improbable mais tellement plus excitante, qui serait de prendre acte de la fausse route empruntée par ce premier projet et d’en imaginer une autre, radicalement différente mais fondamentalement indispensable pour Paris : créer un véritable lieu artistique et culturel majeur tourné vers l’enfance et la jeunesse, l'offrir à la population parisienne, tout en lui donnant une dimension nationale et internationale.
Plusieurs projets de ce type ont existé :
Ce fut un temps la proposition de Jack Lang d’un « Théâtre national des enfants », qui resta éphémère.
Ce fut ensuite l’idée envisagée pour le Théâtre de la Gaieté Lyrique, qui s’est embourbée dans un projet infaisable et jamais terminé.
Ce fut également l’idée proposée pour la reconversion du Palais de Porte Dorée, lorsqu’il fut question d’en finir avec le Musée des Arts Africains et
Océaniens : en faire un « Beaubourg de l’enfance », lieu de création artistique, de diffusion culturelle et de formation des éducateurs, à deux pas du Bois de Vincennes, du zoo et
de l’Aquarium si fréquenté par les familles. En vain !
Ce fut enfin la proposition que nous avions portée pour le Théâtre du Rond-Point : en faire le « Carrefour des arts, carrefour des âges », lieu de tous les arts de la scène en direction de l’enfance et des familles. Sans succès !
Aujourd’hui, avec le « 104 », une nouvelle opportunité se présente, qu’il faudrait saisir avec audace : réaliser à Paris la « Cité des arts et de l’enfance », telle qu’elle n’existe nulle part au monde.
Consacrer l’ensemble des moyens, des énergies et des partenariats (ils seraient nombreux sur un tel projet) à interroger par la pratique tout ce qui touche à la création artistique en direction de l’enfance et des familles : quelles formes, quelles techniques, quels contenus, quels publics, quelles médiations ?
A l’heure où partout se développent des activités de ce type, pourquoi ne pas faire de Paris à la fois la vitrine internationale et le centre expérimental de ces activités tournées vers l’enfance, dans tous les domaines artistiques : arts plastiques, cinéma, musique, danse, théâtre, littérature, marionnettes, cirque, nouvelles technologies… J’en passe !
On imagine tout ce qu’un tel projet pourrait mobiliser comme créativité, mais également comme publics, à la fois de proximité et plus largement de la capitale, de la région et d’ailleurs…
On imagine les commandes faites aux artistes, les aides à la création, les manifestations originales autour de ce thème…
On imagine tout le travail possible avec les étudiants, les enseignants, les éducateurs, les parents, sur l’indispensable médiation qu’ils pourraient y exercer…
On imagine combien les dimensions scolaire, sociale, éducative, viendrait se mêler aux préoccupations artistiques…
On imagine les stages et ateliers de formation, indispensables aux jeunes enseignants et aux animateurs des centres de loisirs, réalisés avec les artistes eux-mêmes…
On imagine une « télévision du 104 » réalisée par les enfants eux-mêmes, devenus à la fois journalistes et réalisateurs, fonctionnant en permanence sur Internet…
On imagine le Festival International de l’Enfant Spectateur et Acteur (FIESTA !) qui marquerait au « 104 » un temps fort biennal…
On imagine…
De l’audace Monsieur Delanoë, de l’audace Monsieur Girard…
Aujourd'hui l’Etat prétend faire de « l’éducation artistique et culturelle » une priorité nationale sans faire preuve du moindre esprit créatif, se réfugiant principalement dans un « enseignement de l’histoire des arts » qui a toutes les chances de démobiliser une grande part des enseignants et des enfants. La Ville de Paris ne pourrait-elle se montrer véritablement inventive, ambitieuse, tournée vers l’avenir, soucieuse de la construction culturelle de l'enfance et de la jeunesse ?
Il faut faire du « 104 »
la Cité des arts et de l’enfance !
A tous ceux qui partagent ce projet, nous proposons de signer et de faire signer ici ce
message .
Dès que nous aurons atteint les 104 signatures, nous l'adresserons au Maire de Paris et à son adjoint à la culture.
A vos claviers ! Le débat est ouvert. Vos commentaires sont
bienvenus.
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