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COUPS DE GUEULE


Lundi 21 juillet 2008 1 21 /07 /2008 22:26
« Cher Libé,
Voici de nombreuses années que je suis abonné (n° JO106977) à tes pages matinales, heureux souvent de cette lecture liée à mon petit déjeuner, aux biscottes et au jus d’orange ! Plus sérieusement, je suis de la génération qui t’a vu naître, grandir, tomber, te relever, souffrir, retrouver souffle à nouveau, etc… Bon an mal an, j’ai suivi ton parcours, me reconnaissant pour l’essentiel dans l’esprit et la forme du journal, pestant parfois de tes incohérences et de tes dérives, mais néanmoins fidèle lecteur. Mais voilà ! Trop, c’est trop ! La coupe est pleine. Je m’explique.
1/ Il y a un mois, tu organisais au Théâtre de Nanterre un Forum sur la Culture, qui se voulait une étape décisive dans la pensée moderne sur le sujet. Tu réunissais à cet effet une centaine d’intervenants, tous « connus » ou « reconnus » dans des duos censés formuler l’inévitable dialectique de la chose, qui finirent par poser, un « Libé » à la main, pour te permettre de réaliser une page d’autopub assez dérisoire. J’étais à Nanterre et j’en suis ressorti déçu, frustré, en rage en vérité devant tant de superficialité dans la préparation et la tenue de ces débats. J’ai bien essayé de te faire part de cette voix discordante dans la débauche d’autocélébration qui suivit (« succès unanime » etc…) mais mon message s’est évidemment perdu dans les innombrables courriel que tu reçois sans doute. Que je sache, pas un commentaire négatif n’a été publié sur cette manifestation. Comment disait-on déjà, des appréciations unanimes et sans débat ? « Stalinien » ? Tu pourras retrouver mon point de vue sur mon modeste blog : www.loizorare.com.
2/ Ce matin même, je reçois – chose rare – une lettre personnelle de ta Direction des abonnements qui, pour me dédommager d’un numéro gratuit qui fut distribué en avril dernier,  m’indique que chaque abonné (donc moi-même) se voit offrir une invitation… à Disneyland ! Je rêve ! La voici donc l’action culturelle de haut niveau, dans le temple de la modernité et de la pensée, telle que tu la conçois désormais ? Est-ce le résultat du Forum précédemment cité qui t’amène à offrir ce type de cadeau ? S’agit-il d’un accord avec la présidence de la République qui, comme chacun sait, préfère ce lieu d’élévation de l’esprit au financement des actions culturelles dans les quartiers ? Carla Bruzy, qui te fit vendre sans doute de nombreux exemplaires récemment et fréquente si souvent ces lieux, sera-t-elle associée aux festivités ? Fera-t-elle l’accueil en ton nom, pour nous dire en chantant sous un masque de Mickey, tout le bien qu’elle pense de « son mari » ?
Trêve de questions : le choix de ce dédommagement est, je le crains, un signe de plus des faiblesses qui t’atteignent désormais si souvent. En vérité, je reçois cette invitation comme une injure, une forme de mépris insupportable qui te fait croire que tes lecteurs apprécieraient « naturellement » une telle proposition. Dans la « bataille de l’imaginaire » qui constitue désormais notre environnement culturel, tu sembles choisir ton camp. Disons que ce n’est pas le mien ! Faut-il préciser que j’ai beaucoup de respect pour ceux qui trouvent leur plaisir dans la visite d’un tel lieu, mais que j’attends d’un journal comme Libé qu’il participe à la conscience du monde et de ses enjeux, notamment dans le domaine de la pensée et de la culture. Du Forum de Nanterre à Disneyland, nous en sommes loin ! »


PS. Des clips pour le Tibet
Le Théâtre du Soleil et Mémoires magnétiques viennent de mettre en ligne trois « clips » particulièrement puissants réalisés à l’occasion des prochains Jeux Olympiques de Pékin.Faites-les connaître.





Pour en savoir plus. C’est ici.

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Mercredi 25 juin 2008 3 25 /06 /2008 23:34
1/ Eliane a 17 ans. Elle vit à Ouagadougou, fait des études brillantes. Sa mère est médecin, a été directrice de la santé au Burkina Faso et travaille actuellement à l’OMS. Son père est fonctionnaire au ministère de la culture, conseiller du ministre. Il fit ses études en France à l’époque où existait encore une « formation internationale culture» accueillant des étudiants de diverses nationalités. Il est aujourd’hui en charge du dossier sur la « diversité culturelle » pour son pays et suit, à ce titre, les réunions intergouvernementales à l’UNESCO. Rien d’un futur travailleur clandestin du bâtiment ou de la restauration…
Cette semaine, pour encourager sa fille, il lui offre de venir avec lui à Paris, visiter la ville et rencontrer ses amis français. Il me raconte les démarches, les obstacles, la galère pour obtenir un visa, finalement réduit à … 12 jours maximum ! « Imagine notre volonté de rester quelques jours de plus, ou si nous sommes surpris par une grève quelconque… aussitôt dans l’illégalité. » Le père est écoeuré et la fille, heureuse malgré tout de sa petite semaine à Paris, n’envisage pas du tout d’y revenir pour y faire des études. Elle ira aux USA, apprendra l’anglais… ou peut-être la Chine ! Ainsi va la politique française d’immigration « choisie »…
Pour la première fois depuis fort longtemps, j’ai honte de la politique de mon pays !

2/ J’entends ce soir dans le poste que des policiers parisiens ont reçu pour ordre de contrôler particulièrement les personnes venues des pays de l’Est. Ce qui est totalement illégal… Je pense à mon oncle, décédé il y a peu à près de cent ans, qui nous racontait comment il était entré illégalement en France au début du siècle dernier, en provenance de Varsovie, qui fut un résistant très actif pendant l’occupation et ne devint Français que quelques années avant son décès ! Avec une fierté immense et un accent polonais jamais perdu !

3/ Circule sur Internet cette belle Lettre du Président Evo Morales à l’Union Européenne
que je livre à votre réflexion

« Jusqu'à la fin de la Seconde guerre mondiale, l'Europe était un continent d'émigrants. Des dizaines de millions d'Europe partirent aux  Amériques pour coloniser, échapper aux famines, aux crises financières, aux guerres ou aux totalitarismes européens et à la persécution des minorités ethniques.
Aujourd'hui, je suis avec préoccupation le processus de la dite  “directive retour”. Ce texte, validé le 5 juin passé par les  ministres de l'Intérieur des 27 pays de l'Union européenne, doit être approuvé le  18 juin par le Parlement européen. Je perçois qu'il durcit de manière drastique les conditions de détention et d'expulsion des migrants sans  papiers, quelque ait été leur temps de séjour dans les pays européens, leur situation de travail, leurs liens familiaux, leur volonté et le succès de leur intégration.
Les Européens sont arrivés dans les pays d'Amérique latine et  d'Amérique duNord, en masse, sans visa ni conditions imposées par les  autorités. Ils furent toujours bienvenus, et le demeurent, dans nos pays du continent américain, qui absorbèrent alors la misère économique européenne et ses crises politiques. Ils vinrent sur notre  continent en exploiter les richesses et les transférer en Europe, avec un coût  très élevé pour les peuples premiers de l'Amérique. Comme par exemple dans le cas de notre Cerro Rico de Potosi et de ses fabuleuses mines qui  donnèrent sa masse monétaire au continent européen entre le XVIème  et le  XIXème siècle. Les personnes, les biens, les droits des migrants  européens furent toujours respectés.
Aujourd'hui, l'Union européenne est la principale destination des  migrants du monde, conséquence de son image positive l'espace de  prospérité et de libertés publiques. L'immense majorité des migrants  viennent dans l'Union européenne pour contribuer à cette prospérité, non  pour en profiter. Ils occupent les emplois de travaux publics,  dans la  construction, les services aux personnes et dans les hôpitaux, que ne  peuvent ou ne veulent occuper les Européens. Ils contribuent au  dynamisme démographique du continent européen, à maintenir la relation  entre actifs et inactifs qui rend possible ses généreux systèmes de solidarité sociale et dynamisent le marché interne et la cohésion sociale. Les migrants offrent une solution aux problèmes démographiques et financiers de l'UE.
Pour nous, nos émigrants représentent l'aide au développement que les Européens ne nous donnent pas – vu que peu de pays atteignent réellement l'objectif minimum de 0,7% du PIB d'aide au développement. L'Amérique Latine a reçu, en 2006, 68 milliards de dollars de transferts  financiers  de ses émigrés, soit plus que le total des investissements étrangers  dans nos pays. Au niveau mondial, ces transferts atteignent 300  milliards de dollars, qui dépassent les 104 milliards de dollars   octroyés au nom de l'aide au développement. Mon propre pays, la Bolivie,  a reçu plus de 10% de son PIB en transferts de fond des migrants (1,1  milliards de dollars), soit un tiers de nos exportations annuelles de  gaz naturel.
Il apparaît que les flux de migration sont bénéfiques pour les Européens et, de manière marginale, aussi pour nous du Tiers-Monde, vu que nous perdons des millions de personnes de main-d’œuvre qualifiée en  laquelle, d'une manière ou d'une autre, nos États, bien que pauvres, ont  investi  des ressources humaines et financières. Il est regrettable que le projet de “directive retour” complique  terriblement cette réalité. Si nous concevons que chaque État ou groupe  d'États puisse définir ses politiques migratoires en toute souveraineté, nous ne pouvons accepter que les droits fondamentaux des personnes  soient déniés à nos compatriotes et à nos frères latino- américains. La " directive retour "  prévoit la possibilité d'un enfermement des migrants  sans papiers jusqu'à 18 mois avant leur expulsion – ou “éloignement”   selon le terme de la directive. 18 mois ! Sans procès ni justice !

Tel qu'il est le projet de directive viole clairement les articles 2, 3, 5, 6, 7, 8 et 9 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948. Et en particulier l'article 13 qui énonce :
  “1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat.
  2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.” Et, pire que tout, il existe la possibilité  d'emprisonner des mères de familles et des mineurs, sans prendre en   compte leur situation familiale ou scolaire, dans ces centres de  rétention où nous savons que surviennent des dépressions, des grèves de la faim, des suicides. Comment pouvons-nous accepter sans réagir que  soient concentrés dans ces camps nos compatriotes et frères  latino-américains sans papiers, dont l'immense majorité travaille et s'intègre depuis des années ?
De quel côté est aujourd'hui le devoir d'ingérence humanitaire ? Où est la “liberté de circuler”, la protection   contre les emprisonnements arbitraires ?
 Parallèlement, l'Union européenne tente de convaincre la Communauté Andine des Nations (Bolivie, Colombie, Équateur, Pérou) de signer un  “Accord d'association” qui inclue en son troisième pilier un traité de libre-échange, de même nature et contenu que ceux qu'imposent les États-Unis. Nous subissons une intense pression de la Commission  européenne pour accepter des conditions de profonde libéralisation pour le commerce, les services financiers, la propriété intellectuelle  ou nos  services publics. De plus, au nom de la “protection juridique”, on nous  reproche notre processus de nationalisation de l'eau, du gaz et des télécommunications réalisés le Jour des travailleurs. Je demande, dans  ce cas : où est la “sécurité juridique” pour nos femmes, adolescents, enfants et travailleurs qui recherchent un horizon meilleur en Europe ?
Promouvoir d'un côté la liberté de circulation des marchandises et desflux financiers, alors qu'en face nous voyons des emprisonnements  sans jugement pour nos frères qui ont essayé de circuler librement... Ceci  est nier les fondements de la liberté et des droits démocratiques.
Dans ces conditions, si cette “directive retour” devait être approuvée, nous serions dans l'impossibilité éthique d'approfondir les négociations  avec l'Union européenne et nous nous réservons le droit d'imposer aux   citoyens européens les mêmes obligations de visas qui nous
ont été  imposées le 1er avril 2007, selon le principe diplomatique de réciprocité. Nous ne l'avions pas exercé jusqu'à maintenant, attendant justement des signaux positifs de l'UE.
Le monde, ses continents, ses océans, ses pôles, connaissent d'importantes difficultés globales : le réchauffement global, la pollution, la disparition lente mais sûre des ressources  énergétiques et de la biodiversité alors qu'augmentent la faim et la misère dans tous  les pays, fragilisant nos sociétés. Faire des migrants, qu'ils soient sans papiers ou non, les boucs émissaires de ces problèmes globaux,  n'est   en rien une solution. Cela ne correspond à aucune réalité. Les problèmes   de cohésion sociale dont souffre l'Europe ne sont pas la faute des   migrants, sinon le résultat du modèle de développement imposé par le Nord, qui détruit la planète et démembre les sociétés des hommes.
Au nom du peuple de Bolivie, de tous mes frères du continent et des régions du monde comme le Maghreb et les pays de l'Afrique, je fais appe à la conscience des dirigeants et députés européens, des  peuples, citoyens et militants d'Europe, pour que ne soit pas approuvée le texte  de la “directive retour”. Telle que nous la connaissons aujourd'hui,   c'est une directive de la honte. J'appelle aussi l'Union européenne à  élaborer, dans les prochains mois, une politique migratoire respectueuse  des droits de l'Homme, qui permette le maintien de cette dynamique profitable pour les deux continents, qui répare une fois pour toutes   l'énorme dette historique, économique et écologique que les pays  d'Europe ont envers une grande partie du Tiers-Monde, et qui ferme définitivement les veines toujours ouvertes de l'Amérique latine.
Vous  ne pouvez pas faillir aujourd'hui dans vos “politiques d'intégration” comme vous avez échoué avec votre supposée “mission civilisatrice” du temps des colonies.
Recevez tous, autorités, eurodéputés, camarades, un fraternel salut depuis la Bolivie. Et en particulier notre solidarité envers tous les “clandestins”.

  Evo Morales Ayma
   Président de la République de Bolivie

Appel aux parlementaires européens
à signer sur: http://www.directivedelahonte.org

4/ Dernière nouvelle : ABOUBACAR COULIBALY, 34 ans, faisait l'objet d'une interdiction du territoire prononcée à Créteil en octobre 2005 à la suite de condamnations. Après le suicide de son ex-compagne, il s'était vu confier en mars 2006 la garde de son fils dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative, renouvelée à plusieurs reprises par un juge des enfants d'Angers (Maine-et-Loire). Il travaillait depuis plus d'un an et son expulsion samedi dernier vers la Côte d'Ivoire, a laissé Joris, son fils de 10 ans, un peu plus orphelin qu'avant .
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Mardi 17 juin 2008 2 17 /06 /2008 15:49
Je n'en crois pas mes yeux ! Aujourd'hui encore, dans Libé, deux pages consacrées au "FORUM SUR LA CULTURE" tenu à Nanterre. On pourrait s'attendre à quelques textes de synthèse, deux ou trois prises de position, un résumé, quelques prespectives... bref, de quoi nourrir un peu la "communauté des lecteurs" dont on nous parle beaucoup mais qui n'était pas présente ces trois jours. Mais non ! A la place de ces éléments, seulement une galerie de photo de tous les intervenants, tenant chacun un "Libé" à la main ! Une fois encore, le journal se regarde le nombril, tout esbaudit d'avoir pu réunir autant de génies de la pensée critique un week-end en banlieue parisienne. A vrai dire, ils auraient dû aller plus loin... Je ne connais pas le nom de ce photographe qui fait poser nus des centaines d'individus pour faire des pubs, mais ça au moins ça aurait eu de la gueule ! Imaginez : Darcos, Lang, Guillaume Durand, BHL, Guiano posant nus avec seulement Libé en guise de cache sexe sur la grande dalle de la Défense ! De cela au moins, la presse se serait emparée et la "communauté des lecteurs" se serait interrogée sur le sens "culturel" de l'affaire ! Pour un prochain "foirum" peut-être ?

Et pendant ce temps-là à Toulouse, les Assises de la culture se poursuivent. Hier une salle pleine pour traiter des rapports entre le centre et la périphérie, une écoute remarquable, des paroles et des témoignages justes et une pensée commune qui se construit progressivement. A suivre !


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Mardi 25 mars 2008 2 25 /03 /2008 11:13
Voici un message  pertinent des élèves du lycée Bellevue d'Albi :
"Nos dirigeants semblent penser que l'éducation des jeunes français n'est pas une chose primordiale. Chaque année les moyens attribués par l'Etat à nos établissements sont plus faibles. Actuellement, devant la nécessité d'enseigner les matières obligatoires, dans des conditions toujours plus difficiles pour les enseignants comme pour les élèves, les moyens sont insuffisants pour maintenir les options facultatives dans notre lycée. Ainsi dans l'état actuel des choses la section facultative des arts plastiques, l'option théâtre, le russe et l'italien LV3 vont être supprimés à la rentrée prochaine. Nous avons réalisé deux vidéos qui doivent être diffusées le plus largement possible."

Acte 1 :


Acte 2 :


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Lundi 17 mars 2008 1 17 /03 /2008 09:02
resf_nhabite_plus_ladresse_balez_1_4.thumbnail.jpg Une contre-proposition circule sur le Net que je ne peux résister à vous faire connaître :
 
" Désormais chaque année, à partir de  la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se verront confier  la mémoire d'un des 11 000 enfants victimes des lois  Sarkozy-Hortefeux contre l'immigration. Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l'existence d'un enfant renvoyé par avion dans son pays. Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui."

 Je vous invite recopier le texte ci-dessus sur 2 cartes postales, une pour chacun, et à les envoyer aux 2 éminents personnages ci-dessous :

  Monsieur le Président de la République
55 rue Faubourg St Honoré
75008 PARIS
 
 Monsieur le Ministre de l'Immigration
101 rue deGrenelle
75700 PARIS

 N'hésitez pas à diffuser largement cet appel autour de vous !

Pour en savoir plus : RESF
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Dimanche 13 janvier 2008 7 13 /01 /2008 23:08
On croit rêver ! Passer près de quarante année à se battre pour faire avancer la question de l’éducation artistique et culturelle, y consacrer un nombre incalculable de stages, de colloques, d’assises nationales et internationales, rédiger des articles, écrire des livres… pour en arriver là ! Parmi les 16 indicateurs retenus pour l’évaluation du ministère de la culture (voir Le Monde du 12/1/08)  : « la proportion de jeunes d'âge scolaire qui ont bénéficié d'une action éducative et culturelle de la part d'une structure subventionnée par le ministère » et le « nombre d'établissements scolaires qui intègrent un volet artistique à leur projet d'établissement ». Il faut se pincer pour y croire !
culture-apprend.JPG
Questions :
Qu’est-ce qu’une action éducative et culturelle de la part d’une structure subventionnée par le ministère ?
La visite d’un lieu, une rencontre avec un artiste, une séance de spectacle ?
Une heure d’atelier ?
Un parcours d’une année ?
Un mois d’atelier ?
Une classe culturelle ?
Un voyage à Londres ?
Une conférence sur la préhistoire ?
Combien en faudrait-il pour toucher tous les enfants scolarisés (nombre d'élèves dans le premier et second degré 12 111 900) ?
Où sont les personnels formés pour atteindre un objectif  de généralisation ?
Quels sont les critères d’efficacité pédagogique ?
De qualité artistique ?
Quelles sont les démarches d’évaluation ?
Qui va les conduire ?
De quels outils le ministère de la culture dispose-t-il pour piloter une telle politique ?
Comment va-t-il motiver des enseignants ?
Quel type de conventions peut-il passer avec les collectivités territoriales ?
Avec les établissements scolaires ?
Avec les IUFM ?
Avec les associations ?
Quels budgets sont disponibles ?
Sur quelles bases ?
Quels objectifs ?
Quels critères ?
Selon quel calendrier ?
Un an ?
Cinq ans ?
Dix ans ?
Qu’est-ce qu’un volet artistique d’établissement ?
Repeindre le mur de la cour ?
Faire un concours de dessin ?
Monter une chorale ?
Avec tous les élèves ?
Avec les volontaires… mais alors les autres ?
Faut-il fermer les ateliers existants (il ne concernent que quelques élèves) ?
Monter un spectacle dans un stade avec tous les élèves ?
Et Jean-Marie Bigard en animateur ?
Sur quelles bases peut-être négocié un tel « volet » ?
Quelle est la formation des chefs d’établissement pour cela ?
Etc…

Foutaise que cette approche strictement quantitative qui ne tient aucun compte des démarches engagées, de la fragilité et de l’incertitude de la chose artistique, du droit à l’erreur, de la pédagogie de projet, de la durée indispensable, de la formation (initiale et continue) incontournable…
J’avais écrit un jour : « la politique, c’est comme la photographie, il y deux manière de la rater ». Soit on est « sous-exposé » et le sujet traité reste dans l’ombre – ce fut le cas de très nombreuses années pour notre domaine ; soit on est « sur-exposé », priorité affichée à grands tambours médiatiques, sans que les moyens (structurels, humains, financiers…) ne soient disponibles. Nous y sommes !
Le « résultat » est donc connu d’avance. Soit il sera impressionnant du point de vue du chiffre, et nous avons toutes les chances qu’il soit alors catastrophique du point de vue de la qualité des actions et des démarches. Soit il est modeste et insuffisant, et il servira de prétexte à je ne sais quel remaniement. On changera l’entraîneur faute de buts marqués, mais rien ne garantira que le suivant fasse mieux ! Et pour cause…
En vérité, la « culture du résultat » n’est que… le résultat de la culture… TF1 !
Audimat avant tout. Du chiffre, des quotas, des pourcentages, des parts de marché…
Peu importe le sens, la démarche, les risque, la création…
Ainsi va le Berluskozysme triomphant.
Avouons que le découragement nous guette devant tant de simplisme et de veulerie.
Que peut-on faire ?
Argumenter, parler, écrire, protester… Sans doute !
Nous n’avons d’autre choix que de hausser la voix, autant que possible.

C’est ce que je tenterai de faire ce jeudi 17 janvier à Nantes, invité aux BIS pour une table-ronde sur « une vraie politique de l’éducation artistique ».
France Culture consacre ce jour-là son émission « Tout arrive » (Arnaud Laporte) à 12h, à la question de l’éducation artistique. J’y suis invité !

A vos casques !



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