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Mercredi 29 février 2012 3 29 /02 /Fév /2012 16:11

Dans la rubrique "Plume de campagne"

 

"Quand je serais ministre de la culture…." de Jean-Gabriel Carasso. Editions de l'Attribut, 173 p - prix : 14,50 euros.

Dans ce  jeu de rôle, caustique et plein d'humour, Jean-Gabriel Carasso se glisse dans la peau d'un ministre de la culture, fraîchement nommé. Au travers d'une salve de lettres adressées, qui au président de la République, qui aux ministères et collectivités territoriales avec lesquels il devra travailler, il dresse la critique de la politique culturelle à l'ère Sarkozy. De la "culture pour tous" à la "culture pour chacun", de l'ère du partage à celle du "chacun pour soi", le livre montre comment, en un quinquennat, la culture fut soumise à l'obligation de résultat et à la rentabilité. Nicolas Sarkozy et son ministre d'ouverture, Frédéric Mitterrand, en prennent pour leurs grades. La politique des copains, l'appauvrissement de l'identité culturelle française, les tracasseries faites aux artistes étrangers, notamment africains, l'éviction du directeur de l'Odéon, Olivier Py : autant de pierres dans le jardin de la Sarkozie. Mais le dézingage serait gratuit s'il ne se doublait d'une force de proposition(s). Journal télévisé des enfants, évaluation, non de la performance mais de la valeur (avec l'aveu de sa difficulté de mise en oeuvre), création d'un G35 (un G20 élargi sur proposition de la France aux pays africains) pour étudier un plan de solidarité Nord/Sud, transfert du ministère de la Culture de la rue de Valois à Bobigny : en 40 chapitres, ce ministre de la culture imaginaire rêve à voix haute de ce que pourrait être la Culture si le pouvoir politique à venir décidait de lui redonner la place qu'elle mérite.
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Mardi 28 février 2012 2 28 /02 /Fév /2012 21:14

Je viens d’apprendre avec tristesse le décès survenu aujourd’hui de notre ami Jean-Claude Wallach. Observateur avisé de la vie culturelle française, il m’avait invité plusieurs fois dans les formations qu’il organisait pour le CNFPT. Nous nous sommes retrouvés ensuite autour de l’aventure des Editions de l’Attribut pour lesquelles il avait signé un ouvrage remarqué : « La culture pour qui ? » Il accompagnait plus récemment Robin Renucci dans ses aventures de l’ARIA en Corse et dans le projet des Tréteaux de France. Il va nous manquer…JC-Wallach.jpg

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Mardi 28 février 2012 2 28 /02 /Fév /2012 18:23

Et le nouveau ministre de la culture est...

par Jean-Pierre Thibaudat

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C'est de la politique qui n'espère pas être tout à fait une fiction. Cela se passe au lendemain du deuxième tour, François H. gagne les élections et nomme comme ministre de la culture ….Jean-Gabriel C.

La cohorte des non-nommés

C'est la surprise générale dans les rangs des prétendants, courtisans et autres sbires constituant la garde rapprochée en matière culturelle de l'ex candidat devenu président. Un petit cercle fébrile où l'on trouvait de tout, du meilleur au pire. :

  • Martine H.,une femme qui en se maquillant tous les matins avait rêvé d'être présidente et se serait bien vue dans une autre vie occuper le ministère de la rue de Valois
  • Christophe G., un agitateur de la culture parisienne qui aimerait bien s'essuyer les pieds sur le paillalsson de la rue de Valois
  • Bernard M.,un ancien trotskyste reconverti dans le théâtre privé faisant du théâtre volontiers réactionnaire en gardant officiellement le cœur à gauche
  • Jean-Michel R.,un directeur de théâtre parisien connu pour soi entregent et son opportunisme, par ailleurs metteur en scène à chier, et le temps d'une campagne présidentielle reconverti en chauffeur de salle de l'ex candidat devenu président
  • Aurélie F.,une fille de mineurs devenue majeure et même députée
  • Olivier P d'A., un frère de, ex aubryste patenté, qui vient d'effectuer un superbe rétropédalage pour accéder au cercle rapproché de François H,
  • etc.

La nomination d'un oiseau rare

Et bien non. C'est Jean-Gabriel C. dont rue89 est en mesure de révéler le nom de famille : Carasso. Un oiseau rare qui dirige d'ailleurs « l'OIZeau rare », une association d'études et de recherches culturelles, auteur d'un ouvrage peu lu (par les élus et ses prédécesseurs rue de Valois) mais bien vu « Nos enfants ont-ils droit à l'art et à la culture ? » paru aux Editions de l'Attribut.

C'est chez le même éditeur que le nouveau ministre vient de faire paraître par anticipation le projet en forme de bilan de son séjour ministériel sous le titre « Quand je serai ministre de la culture… ». Un ouvrage préfacé par le meilleur ministre de la culture depuis que cette officine existe : Jack Malraux.

Tous les présidents étiquetés de gauche depuis le début de la Ve République se prénommant François (c'est une dynastie), c'est le désormais François II qui a donc nommé Jean-Gabriel C. au poste de « ministre en charge de la culture, de la jeunesse et de l'éducation durable ».

L'ouvrage du ministre, conçu de façon très originale, consiste à réunir ses lettres (au président, aux autres ministres), ses discours (congrès, inaugurations, nominations), ses interventions à l'assemblée en non-réponse aux questions posées par l'opposition. Autant de formes obligées qui ont pour vertu de préserver l'authenticité des propos de leur impeccable langue de bois, dite langue ministérielle, que chaque nouveau ministre parle spontanément, ce qui n'empêche pas quelques idées d'émerger dans le fatras.

Discours habituels et mesures inattendues

Le premier geste du nouveau ministre est de se fendre de la traditionnelle missive au Président de la République pour le remercier de l'avoir choisi et de dire sa fierté de participer à l'avènement d'une « République nouvelle solidaire et poétique ».

Le second geste, c'est de nommer des amis, des copains, aux postes de conseillers, en cela il semble marcher sur les pas de son prédécesseur, quoi qu'il en dise. Ainsi, pour n'en citer qu'un, Philipe M (érieux) devient conseiller spécial jeunesse et éducation durable, les spécialistes du dossier éducation apprécieront.

Mesure phare et spectaculaire, le ministère de la culture est délocalisé en banlieue parisienne, place Gramsci à Bobigny, dans un espace qui ne se veut pas hiératique mais « convivial ».

Autre mesure phare et spectaculaire : le théâtre du Rond-Point en bas des Champs Elysées devient le « Rond-Point des enfances », l'actuel directeur étant prié d'emporter son dynamisme médiatique à la maison des arts de Gorges-les-Gonesse où il devra réfléchir à la mise en place d'une « fabrique expérimentale des écritures de demain “. Autrement dit, il devra rédiger un rapport, fruit de longs mois d'enquête, dont l'élévation de la rémunération sera proportionnelle à la hauteur de l'étagère où le dit-rapport sera instantanément oublié (ces derniers éléments ne sont pas dans l'ouvrage mais ils en découlent de source).

L'avenir de la culture est dans les enfants

Les enfants, c'est la clef de voute du nouveau ministre. Je vous renvoie à l'ouvrage cité plus haut écrit par icelui. Cet ouvrage, actuellement en réimpression (aux frais du ministère ?), sera offert à toutes les classes de première et collège, à raison d'un par classe. Chaque lecteur pourra faire ses commentaires et apporter d'autres idées en laissant un message sur la boite de contact d'un site Internet créé à cet effet (là encore, on extrapole, mais le ministre nous y invite).

Tout feu tout enflammé, le ministre envisage une foultitude de mesures dans les écoles allant de ‘résidences d'artistes dans les établissements scolaires’ à la réalisation par les élèves de ‘ projets ’ artistiques auxquels une demi-journée par semaine sera consacrée, ‘ de la maternelle à l'université ’.

Le numérique, ‘ l'éducation par l'image ’ sont d'autres points forts du ministre dont on se demande s'il n'est pas tout autant le ministre de l'éducation, d'ailleurs l'un des chapitres du livre a pour titre ‘ art, culture et éducation ’.

La valse très dansante des nominations

Cependant le nouveau ministre ne semble pas échapper à la politique olé-olé des nominations qui avait entaché d'encre noire indélébile le parcours déjà obscur de son prédécesseur. Si le nouveau ministre n'en passe plus par les copinages et les foucades du couple élyséen comme avant, il désigne clairement

  • ceux qu'il adore, ainsi un beau discours accompagne la grande cérémonie de remise d'une ‘ médaille collective ’ pour les 50 ans du Théâtre du Soleil
  • ceux qu‘il décore de la HMCR ( (Haut Mérite de la Culture Républicaine) en remplacemant de la dévaluée Légion d'honneur dont pouvaient s'honorer ceux qui la refusaient (liste trop longue, je vous renvoie à l'ouvrage)
  • ceux qu'il a dans le collimateur : Olivier P. (y) ne sera pas reconduit à l'issue de son premier mandat au festival d'Avignon, le ministre souhaitant des nominations désormais collégiales
  • ceux qu'ils voient cependant nommés avec un tel plaisir qu'il semble ne pas être étranger au choix de la personne :

-Edwy P. (leynel) nommé dans la plus stricte indépendance ’ par la CIA (Commission Indépendante de l'Audiovisuel) à la tête de France-Télévision, le ministre saluant au passage le départ à la retraite de Michel D.(rucker)

-Martin H. (que l'on ne présente plus) parrainant un ‘ service civique culturel ’

-Thierry P. (ariente), actuel directeur d'une école nationale de théâtre à Lyon et ex fonctionnaire du ministère de la culture, nommé (sans concertation aucune cette fois) au futur fumeux ‘ Centre National des arts de la scène et de la promotion des jeunes talents ’ en remplaçant de l'actuel et non moins fumeux Centre national du théâtre

Autant de nominations qui ne seront pas sans susciter d'âpres et âcres commentaires lesquels tourneront court car le ministre termine son ouvrage dans une jolie pirouette en donnant à lire par avance sa lettre de démission. Et en rendant publique sa déclaration de passation de pouvoir à son successeur prononcée dans le grand salon du minstère, rue Gramsci à Bobigny (ex rue de Valois à Paris), successeur dont l'embargo en vigueur à l'heure où j'écris ces lignes m'oblige à taire le nom.

 

Infos pratiques
"Quand je serai ministre de la culture..."
par Jean-Gabriel Carasso

Editions de l'Attribut, 176 p, 14,50€

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Samedi 25 février 2012 6 25 /02 /Fév /2012 22:05

Quand je serai ministre de la Culture de Jean-Gabriel Carasso

Par Jean Chollet, sur Webthea 

Voici un livre, qui sous ses habits modestes et son humour, introduit une réflexion sur les enjeux et les modes de fonctionnement de la culture. Comédien, metteur en scène, réalisateur, ancien directeur de l’ANRAT Théâtréducation (Association nationale de recherche et d’action théâtrale), Jean-Gabriel Carasso milite activement depuis plusieurs années pour un développement de l’action et des pratiques culturelles, comme en témoigne ses textes et précédents ouvrages.

Aujourd’hui, il ne va pas par quatre chemins et s’est attribué la fonction de ministre de la Culture … “de la jeunesse et de l’éducation durable”. Pourquoi pas, d’autres avant lui ont bien joué les usurpateurs sans beaucoup de scrupules. Une fiction, qui lui permet d’aborder, en quarante textes, les différents aspects de ce poste prestigieux. Les courriers au Président pour une “ République nouvelle, solidaire et poétique ”, au ministre du Budget pour “ la culture pour tout un chacun ”, une définition d’une nouvelle politique culturelle en Conseil des ministres croisent de manière savoureuse les interventions, inaugurations, nominations, promotions, communiqués et hommages inhérents à la fonction.

Mais sous ses aspects amusants, pointent des analyses et des propositions à même de nourrir un projet culturel à travers la mise en place de nouvelles structures et de nouveaux modes de fonctionnement, dont pourraient s’inspirer les candidats à la prochaine élection présidentielle. Notamment pour remplacer la politique spectacle par une véritable “ politique culturelle partagée ”. Utopie ? Pas si sûr. Mais en anticipant un appel du futur président, Jean-Gabriel Carasso a tout prévu, même les lettres de démission du ministre pour des motifs à découvrir. Une lecture tonique et piquante à ne pas rater. Quand je serai ministre de la Culture …

de Jean-Gabriel Carasso, préface de Jack Malraux,

éditions de l’attribut, 173 pages, 14,50 euros.

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Samedi 25 février 2012 6 25 /02 /Fév /2012 21:55

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Lettre d'information du réseau culture

Edito de François Deschamps 

Comment sera notre prochain ministre de la culture ?. (22/02/2012)

Il ne manque pas de culot, ce Jean-Gabriel Carasso, inlassable militant culturel  connu notamment par son engagement  le domaine de l'éducation artistique et culturelle. Son film documentaire sur Philippe Avron que j'avais vu à Avignon cet été  m'avait beaucoup touché, il devrait être montré dans tous les lycées ! Cette fois-ci, il n'hésite pas à  publier, aux Editions de l'Attribut : « Quand je serai ministre de la culture ...». Quelle impertinence !

Au premier abord, c'est une farce assez drôle, sous forme de discours ou d'interventions imaginaires, une fois nommé notre nouveau ministre. C'est amusant de reconnaitre nombre de connaissances personnelles dans la quinzaine de nominations qu'il effectue auprès de ses copains pour constituer son cabinet ou dans les distinctions honorifiques qu'il attribue (zut j'y suis pas ! et pas d'espoir non plus pour la direction d'un centre national, il les réserve, à l'exception d'un, à des moins de 35 ans !)

On y trouve bien sûr quelques piques à  l'encontre de l'action de « son » prédécesseur (notre actuel ministre donc), en revenant par exemple sur la polémique créée par le slogan « culture pour chacun »,  sur l'enseignement obligatoire de l'histoire des arts, sur l'utilisation des statistiques, sur la loi Hadopi (il prône à l'endroit du numérique les notions de démocratisation, de liberté et de création) et sur les nominations (il prévoit un processus plus démocratique pour la nomination du directeur du festival d'Avignon et des structures dépendant du ministère).

Mais mine de rien, derrière la farce, il en passe des messages ! Qu'on en juge...

 

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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 10:29

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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 13:41

 

lettre spect févr 2012

 

Prochaines présentations et signatures de

"Quand je serai ministre de la culture":

le jeudi 16 février à 19h, à la Librairie du "104" à Paris

le samedi 3 mars à 11h, Foire du Livre de Bruxelles

le jeudi 8 mars à 17h30, librairie "Contact" à Angers

le jeudi 15 mars à 19h, Librairie "Les Orgues" à Paris

 

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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 21:44

La scène se passe à Nantes, aux BIS (Biennales internationales du spectacle), ce jeudi 19 janvier. Le candidat à la Présidence de la République, François Hollande, vient de faire un (intéressant) discours sur l'enjeu culturel, puis fait le tour des stands. Il s'arrête un instant à celui des éditions de l'Attribut pour y rencontrer l'auteur (votre serviteur) du livre "Quand je serai ministre de la culture". Quelques instants de dialogue au milieu d'une foule de journalistes et de caméras, je lui offre le livre en lui indiquant que j'ai voulu alléger sa tâche en lui évitant d'avoir à choisir un ministre de la culture, puisque j'ai décidé que ce serait moi ! Je précise que le livre s'ouvre sur une "lettre au Président de la République" que j'ai écrite pour lui... Passé le moment d'étonnement que je perçois sur son visage, il s'empare du bouquin, le feuillette un peu, j'en profite pour ajouter le précédent livre "Nos enfants ont-ils droit à l'art et à la culture?". Ce thème semble l'intéresser. Il emporte le tout en me remerciant.... Fin de la rencontre.

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Dans la foule qui le suit, une femme me demande qui je suis... "L'auteur de ce livre..."! Elle s'en empare et s'en va avec. Je lui précise que ces livres sont à vendre. Elle le repose et file. Aussitôt, une autre femme m'interpelle : "Vous avez tort, c'est la journaliste de l'AFP". Illico je reprends le livre, je fends la foule et m'empresse de lui offrir le bouquin... A deux pas, Aurélie Filippetti, en charge de la culture dans l'équipe du candidat, est en train de téléphoner sur un portable. Je m'approche, lui glisse un  bouquin sans un mot. Elle sourit et s'en va. Fin du film. Cela a duré trois minutes au plus...

J'attends le communiqué de l'AFP !

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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 21:50

En tant que (futur) ministre de la Culture

j'étais hier invité de France culture Pas-la-peine-de-crier_0.jpg

dans l'émission de Marie Richeux

"Pas la peine de crier"

un entretien sympathique et intelligent que vous pouvez écouter ou ré-écouter

ici

(l'entretien de 40' commence à 20' du début)

ainsi qu'un "post-auditum" sur  théâtre-éducation et le théâtre forum.

Merci de l'invitation dans cette émission aussi fraiche que décalée

que je vous conseille...

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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 22:06

Le dramaturge et ancien président tchèque Vaclav Havel est mort dimanche 18 décembre. L'artisan de la Révolution de velours anticommuniste de 1989 et chef de l'Etat tchécoslovaque puis tchèque de 1989 à 2003 s'est éteint dans son sommeil. Il avait 75 ans.

Nous avions participé à la reconstitution de son procès au Théâtre du Soleil, organisé par l'AIDA (Association internatinoale de défense des artistes). Nous avions lu, vu et travaillé quelques textes de son théâtre (Audience, Vernissage...) et avions pour cet homme le plus profond respect.

 

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Le 1er janvier 1989, alors qu'il vient d'être élu président de la Tchécoslovaquie Vaclav Havel s'adresse à ses concitoyens. Et pose cette question centrale de la responsabilité. Qui est responsable du totalitarisme? Chacun d'entre nous, explique-t-il avec ses mots.
Voici l'intégralité de ce discours:

«Chers concitoyens,

Depuis quarante ans, vous avez toujours entendu le premier jour de l'année, de la bouche de mes prédécesseurs, le même discours avec seulement quelques variantes: comment notre pays fleurissait, combien nous avions fabriqué de nouveaux millions de tonnes d'acier, combien nous sommes tous heureux, combien nous avons confiance en notre gouvernement et quelles belles perspectives s'ouvrent à nous!

Je suppose que vous ne m'avez pas proposé à ce poste pour que je vous mente à mon tour.

Notre pays ne fleurit pas. Le grand potentiel créateur et spirituel de nos nations n'est pas utilisé comme il se doit. Des branches entières de l'industrie produisent des choses qui n'intéressent personne, tandis que ce dont nous avons besoin nous manque toujours. L'Etat, qui s'appelle «Etat des ouvriers», humilie et exploite les ouvriers. Notre économie arriérée gaspille une énergie rare. Le pays qui pouvait être fier autrefois de l'érudition de son peuple dépense tellement peu pour l'enseignement qu'il se trouve aujourd'hui à le 72è place mondiale dans ce domaine. Nous avons pollué la terre, les rivières et les forêts que nous avaient laissées nos ancêtres, au point que nous avons aujourd'hui le plus mauvais environnement de toute l'Europe; les adultes chez nous meurent plus tôt que dans la majorité des pays européens.

Permettez-moi d'exprimer une petite impression personnelle: récemment, alors que je me rendais à Bratislava en avion, j'ai trouvé un peu de temps, entre diverses discussions, pour jeter un coup d'œil par le hublot. J'ai vu le complexe de l'entreprise Slovnaft et, tout à côté, la grande agglomération de Petrzalka. Ce coup d'œil m'a suffi pour comprendre que pendant des dizaines d'années, nos hommes d'Etat et nos personnalités politiques n'ont pas regardé ou n'ont pas voulu regarder par les hublots de leurs avions. Aucune statistique dont nous disposons n'aurait permis de comprendre plus vite et plus facilement la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Mais tout cela n'est pas encore l'essentiel. Le pire est que nous vivons dans un milieu moral pourri. Nous sommes malades moralement parce que nous sommes habitués à dire blanc et à penser noir, à ne pas prêter attention l'un à l'autre, à ne nous occuper que de nous-mêmes. Des expressions comme l'amour, l'amitié, la pitié, l'humilité ou le pardon ont perdu leur profondeur et leur dimension et ne signifient pour nombre d'entre nous qu'une sorte de particularité psychologique aussi désuète que des salutations oubliées du temps passé, un peu risibles à l'heure des ordinateurs et des fusées cosmiques.

Peu d'entre nous ont été capables d'exprimer à haute voix que les puissants ne devraient pas être omnipuissants et que les fermes spéciales qui leur fournissent des produits écologiquement purs et de qualité devraient plutôt envoyer ces produits dans les écoles, les maisons d'enfants et les hôpitaux, dans la mesure où notre agriculture n'est pas capable de les offrir à tous.

Le régime au pouvoir jusqu'ici - armé de son idéologie fière et intolérante- a rabaissé l'homme au niveau d'une force de production et la nature à celui de moyen de production. Il a sapé ainsi leur principe et leur rapport mutuel. Il a transformé des personnes douées et jouissant de leurs droits, travaillant intelligemment dans leur pays, en boulons d'une machine monstrueusement grande, grondante et puante, dont personne ne sait quel est le sens véritable. Elle ne sait rien faire d'autre que s'user elle-même, et avec elle tous ses boulons, lentement mais irrésistiblement.

Si je parle de climat pourri, je ne parle pas seulement de messieurs qui mangent des légumes écologiquement purs et qui ne regardent pas par les hublots de leurs avions. Je parle de nous. Nous qui nous sommes tous habitués au système totalitaire, nous qui l'avons accepté comme un fait immuable, donc entretenu par nos soins. Autrement dit: nous tous -bien qu'à des degrés différents- nous sommes responsables de la dérive de la machine totalitaire. Nous ne sommes pas seulement ses victimes, mais nous sommes tous en même temps ses co-créateurs.

Pourquoi parler ainsi? Parce qu'il ne serait pas raisonnable de considérer le triste héritage des dernières quarante années comme quelque chose d'étranger, légué par un parent lointain. Nous devons au contraire accepter cet héritage comme quelque chose que nous avons nous-mêmes commis contre nous. Si nous le prenons ainsi, nous comprendrons qu'il dépend de nous tous d'en faire quelque chose. Nous ne pouvons pas faire porter la responsabilité de tout cela sur les gouvernants précédents, non seulement parce que cela ne répondrait pas à la vérité, mais encore parce que cela affaiblirait le devoir qui se pose aujourd'hui à chacun de nous, le devoir d'agir indépendamment, librement, raisonnablement et vite.

Détrompons-nous, le meilleur gouvernement, le meilleur parlement et le meilleur président ne peuvent pas à eux seuls faire grand chose. Et ce serait très injuste d'attendre la solution d'eux seulement. La liberté et la démocratie, cela signifie la participation et la responsabilité de tous.

Si nous nous en rendons compte, toutes les horreurs dont hérite la nouvelle démocratie tchécoslovaque ne nous sembleront pas aussi épouvantables. Si nous nous en rendons compte, l'espoir reviendra dans nos cœurs.»
1er janvier 1990

 

Ce discours est reproduit dans un livre de Christian Duplan et Vincent Giret, «La Vie en rouge, ils ont fait tomber le communisme 1944-1989», réédité aux Editions du Seuil en 2009. (cité par François Bonnet /Médiapart)

 

Pour en savoir plus sur son théâtre, voir l'article de Jean-Pierre Thibaudat

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